Minerais critiques : L’Union européenne lance PanAfGeo+ Invest pour rattraper son retard en Afrique

0
3

Entre le rouleau compresseur chinois et la force de frappe financière américaine, l’Union européenne (UE) tente une percée stratégique en Afrique. Avec le lancement de PanAfGeo+ Invest, Bruxelles veut transformer ses années de coopération géologique en contrats miniers concrets pour sécuriser sa transition énergétique.

L’heure n’est plus seulement à la formation technique. Avec le lancement officiel de PanAfGeo+ Invest la semaine dernière, l’Union européenne passe à la vitesse supérieure. Ce nouvel outil financier a pour mission d’identifier et de soutenir les projets miniers africains qui présentent un intérêt stratégique pour l’industrie européenne.

Ce programme s’inscrit dans la lignée directe de PanAfGeo+ (actif depuis 2016) et du projet AfricaMaVal achevé en 2025. Mais là où les précédentes initiatives se concentraient sur la gouvernance et la géoscience, ce nouveau volet cible l’investissement direct. Les premiers pays dans le viseur sont la République démocratique du Congo, la Namibie et l’Afrique du Sud, trois piliers de l’extraction minière mondiale.

L’Afrique, épicentre d’une compétition féroce

Le contexte est électrique. L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques. Lithium, graphite, terres rares, ces ressources sont les nouveaux pétroles indispensables aux véhicules électriques et aux énergies renouvelables.

Pourtant, l’Europe semble essoufflée dans cette course de fond. Alors que la Chine verrouille les chaînes d’approvisionnement depuis des décennies, les États-Unis multiplient les financements agressifs via des agences comme la DFC ou l’USTDA. Cette attractivité américaine crée d’ailleurs des ondes de choc. La société britannique Pensana a récemment délaissé son projet de raffinerie au Royaume-Uni pour se tourner vers Washington, attirée par des soutiens financiers bien supérieurs à l’offre européenne.

Le Japon et la Chine : Des concurrents solidement ancrés

L’UE ne lutte pas seulement contre les États-Unis. Le Japon, via l’entreprise publique JOGMEC, s’est déjà positionné avec force dans la filière des terres rares en Namibie. Quant à la Chine, elle reste le leader incontesté, maîtrisant à la fois l’extraction et le raffinage sur une grande partie du continent.

Pour ne pas être reléguée au second plan, Bruxelles mise sur son initiative Global Gateway. L’objectif est de proposer un modèle de partenariat fondé sur la durabilité et la transparence, espérant ainsi séduire des nations africaines soucieuses de ne plus être de simples exportatrices de matières brutes.

Un enjeu de souveraineté pour deux continents

Pour l’Europe, l’enjeu est de garantir un accès sûr et durable à ces métaux pour éviter une panne sèche industrielle. Pour les pays africains, cette rivalité entre grandes puissances est une opportunité historique. L’enjeu pour les gouvernements locaux consiste à transformer cette convoitise mondiale en levier de développement, en exigeant une valorisation locale des ressources et des retombées économiques plus équitables.

Françoise ESSONO

 

Leave a reply