Bénin : Les mangroves de Ouidah menacées par les coupes de palétuviers

Dans les lagunes de Ouidah, au sud du Bénin, les mangroves reculent sous la pression des activités humaines. Dans plusieurs villages des arrondissements de Houakpè-Daho et de Djègbadji, des poches entières de palétuviers sont détruites pour servir notamment de bois de chauffe ou à la fabrication d’« acadja », des dispositifs de pêche constitués de branchages immergés.
Le constat a été établi lors d’une patrouille fluviale sur les lagunes de Houakpè-Daho et de Ouidah. À Sèyigbé, Azizakouè et Toligbé, plusieurs zones présentent des traces de coupes. Même situation à Kouvènanfidé, Mêko, Dégouè et Aïdo, dans l’arrondissement de Djègbadji.
Pour les populations riveraines, la dégradation est devenue suffisamment visible pour susciter l’inquiétude. « Depuis quelques semaines, nous avons constaté que la coupe des mangroves a pris de l’ampleur », témoigne Nicolas Alomasso, pêcheur rencontré à Kouvènanfidé. À Sèyigbé, le chef du village, Adolphe Lissassi, dit avoir été « abattu » par l’ampleur des dégâts.
Les palétuviers transformés en outils de pêche
La pression exercée sur les mangroves est notamment liée à la recherche de poissons. Dans certaines zones où les ressources halieutiques se raréfient, des pêcheurs utilisent les branches de palétuviers pour aménager des « acadja », destinés à attirer et concentrer les poissons. « Les mangroves constituent une richesse, mais certaines personnes ne le savent pas et vont les couper pour en faire leur acadja », explique Hippolyte Somessi, pêcheur à Djègbadji.
À cette utilisation s’ajoute le prélèvement de bois destiné à l’énergie domestique. Pour Josias Madogotcha, environnementaliste chargé du suivi-évaluation et de la conservation des espèces menacées à l’ONG Action Plus, les habitudes doivent évoluer. La pression actuelle n’est plus comparable à celle exercée il y a plusieurs décennies, alors que les populations dépendantes des ressources de la mangrove étaient moins nombreuses.
Un écosystème essentiel aux communautés
La destruction des palétuviers ne menace pas seulement le couvert végétal. Les mangroves constituent des zones de refuge et de reproduction pour de nombreuses espèces. Poissons, oiseaux, crocodiles, varans et singes y trouvent des conditions favorables à leur survie. Pour les pêcheurs, la disparition de ces espaces pourrait également affecter directement les ressources halieutiques. Les mangroves offrent en effet des habitats indispensables à certaines étapes du développement des poissons.
Leur rôle dépasse cependant la seule biodiversité. Ces écosystèmes côtiers stockent d’importantes quantités de carbone et contribuent à limiter les effets de certains aléas climatiques. Ils jouent également un rôle de filtre naturel en retenant une partie des déchets et des matières transportées par les eaux de ruissellement avant leur arrivée dans les lagunes. « Elles ont une forte capacité de stockage de carbone et protègent les populations côtières contre les aléas climatiques », souligne Madogotcha.
Des efforts de conservation fragilisés
Face à la dégradation, des ONG et les autorités locales multiplient les actions de sensibilisation et les patrouilles. Mais les pratiques interdites persistent. Les coupes de palétuviers pour le bois-énergie et l’installation d’acadja continuent dans certains secteurs malgré les campagnes de sensibilisation. La réglementation béninoise prévoit pourtant une protection spécifique. La loi n°2018-10 du 2 juillet 2018 relative à la protection, l’aménagement et la mise en valeur de la zone du littoral classe notamment les espaces de mangroves bordant les plans et cours d’eau parmi les espaces sensibles protégés.
Une partie de ces écosystèmes se trouve également dans le périmètre du site Ramsar 1017, qui couvre notamment la lagune côtière de Djègbadji. À travers la Convention de Ramsar de 1971, le Bénin s’est engagé à favoriser la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides. Pour les acteurs de la conservation, la sensibilisation doit désormais être accompagnée de sanctions effectives. « Il faut commencer par appliquer la loi à ceux qui persistent malgré les mises en garde », estime Madogotcha, qui redoute que les investissements consacrés à la restauration des mangroves restent sans effets si les pratiques destructrices se poursuivent.
Une répression qui peine à convaincre
La difficulté tient aussi à l’efficacité de la chaîne de contrôle. Au cours d’une patrouille, un pêcheur a été surpris en train d’utiliser un acadja fabriqué à partir de branches de palétuviers. Son compagnon a pris la fuite avec la pirogue et les poissons après avoir aperçu les patrouilleurs. Le pêcheur interpellé reconnaît le caractère interdit de cette pratique, en vigueur depuis 2017. Mais son témoignage met en lumière une autre faiblesse : selon lui, des personnes arrêtées par le passé ont été relâchées après leur présentation aux agents compétents, avant de reprendre leurs activités quelques semaines plus tard.
Cette expérience l’aurait finalement conduit à abandonner les opérations de contrôle pour retourner lui-même à la pêche. Une situation qui illustre le principal défi auquel sont confrontées les mangroves de Ouidah : protéger durablement un écosystème reconnu comme stratégique, alors que la pression économique et les failles dans l’application des règles continuent de favoriser sa destruction.
Jean NDI



















Green And Health news a été crée afin de contribuer au developpement médiatique au Cameroun.