Filière oléagineuse : Opalm s’empare de l’usine Socapalm d’Eséka pour doper la production nationale

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Le paysage de l’huile de palme camerounais se redessine. Le leader du secteur, Socapalm, vient d’officialiser la cession de ses actifs à Eséka au profit de l’ambitieux nouvel acteur Opalm. Une opération qui marque le point de départ d’un plan d’investissement de 45 milliards FCFA visant à réduire drastiquement la dépendance du pays aux importations.

​L’annonce est tombée ce 18 février 2026 via un communiqué officiel : la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm), filiale du géant luxembourgeois Socfin, se sépare de sa plantation et, surtout, de son huilerie industrielle située à Eséka, dans la région du Centre.

​Si le montant de la transaction reste confidentiel, les contours de l’accord révèlent une priorité accordée à la continuité opérationnelle. Contrairement aux restructurations brutales, cette cession se veut exemplaire sur le plan social. Socapalm assure que l’intégralité du personnel sera transférée vers Opalm avec un maintien total des acquis : ancienneté, fonctions et avantages sociaux. Pour sceller cette transition, une « prime de transition » sera versée aux employés, qui ont déjà rencontré leurs nouveaux dirigeants le jour même de l’annonce.

Moderniser pour tripler les capacités

​Pour Opalm, cette acquisition n’est pas une simple extension de patrimoine, mais le pivot de sa stratégie industrielle. Alors que l’entreprise avait initialement prévu la construction d’une usine ex-nihilo dans le Nyong-et-Kellé, le rachat de l’outil existant de la Socapalm permet de gagner un temps précieux.

​L’objectif affiché par la direction d’Opalm est clair : moderniser l’infrastructure actuelle pour tripler ses capacités de production. Cet investissement s’inscrit dans le cadre de la convention de 45 milliards FCFA signée avec l’État camerounais en décembre 2025, prévoyant à terme la mise en service de cinq unités de production à travers le pays.

​Le défi du déficit : combler un gouffre de 300 000 tonnes

​Le Cameroun fait face à une équation complexe. Malgré son potentiel, le pays accuse un déficit annuel de 300 000 tonnes d’huile de palme. Une pénurie qui asphyxie l’industrie locale (savonneries et raffineries), laquelle ne tourne qu’à 40 % ou 50 % de son potentiel. « Le programme Opalm se propose d’augmenter de 108 000 tonnes les capacités disponibles pour les industries locales, soit une réduction du déficit d’environ 50 % », a martelé Tarek Daoud, Directeur Général d’Opalm.

Souveraineté économique et balance commerciale

​Au-delà de l’enjeu industriel, c’est une bataille pour les devises qui se joue. Chaque année, l’État injecte environ 100 milliards FCFA pour importer les huiles nécessaires à la consommation nationale.

​Le ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, ne cache pas son optimisme : avec une capacité de raffinage nationale de 1,2 million de tonnes, le projet Opalm est le levier attendu pour permettre aux usines de transformation de enfin « tourner à plein régime ». En produisant localement, le Cameroun espère rééquilibrer une balance commerciale structurellement déficitaire et protéger ses réserves de change.

L’investissement d’Opalm est l’un des plus importants de la décennie dans le secteur agro-industriel camerounais, visant à transformer le pays de pays importateur à acteur autosuffisant sur le marché des oléagineux.

Jean NDI

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