Secteur minier : Le MINMIDT projette de collecter 2 tonnes d’or par an en misant sur la légalité

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Lors de sa prise de parole très attendue, le 9 juin dernier, au grand rendez-vous de l’action gouvernementale, Fuh Calystus Gentry est revenu sur les principaux projets miniers en cours à travers le pays, la reprise en main de l’exploitation semi-mécanisée de l’or au Cameroun ainsi que sur l’accélération de l’industrialisation.

Le Salon de l’action gouvernementale (SAGO) 2026 fait la part belle au thème : « Partenariat État-secteur privé : levier d’un Cameroun émergent ». Une orientation loin d’être anodine, qui intervient au moment où le Cameroun a intégré, en 2025, le cercle très restreint des pays miniers grâce à l’implémentation de cinq projets majeurs. Il s’agit notamment du projet d’exploitation du fer de Bipindi-Grand Zambi, du projet d’exploitation du fer de Kribi-Lobé, du projet d’exploitation industrielle de la bauxite de Minim-Martap, du projet d’exploitation industrielle du marbre de Bidzar et du projet d’exploitation de l’or de Colomine. Autant de réalisations qui matérialisent concrètement la vision des grandes ambitions du président de la République.

Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calystus Gentry, a dressé dans son exposé l’état des lieux des projets en 2026. Parmi les priorités figurent les projets d’exploitation de l’or de Bétaré-Oya ainsi que ceux du fer de Mbalam et de Ngovayang. Il a tenu à préciser que ces deux derniers projets, dont celui de Mbalam actuellement en construction, seront davantage articulés afin de résoudre les contraintes de transport, notamment grâce au rail.

Le ministre a également annoncé trois projets d’exploitation de l’or, dont deux dans la partie septentrionale du pays, à Mborguéné et Bibémi, avec des ressources estimées à environ deux millions d’onces d’or.

Par ailleurs, révèle-t-il, « notre pays est très sollicité par de nombreuses grandes sociétés mondiales pour le développement des terres rares et des minerais critiques. Nous sommes donc en très bonne position ».

Mauvais temps pour les circuits parallèles de l’orpaillage

Le sujet de l’or, qui fait largement les choux gras de l’actualité au Cameroun, a été longuement abordé par Fuh Calystus Gentry. S’agissant du bilan actuel, il a révélé qu’avec une collecte de moins de 1 500 kg d’or sur plusieurs années, le Cameroun peine à progresser, d’où l’urgence d’un retour à la légalité.

Le MINMIDT mise, dans le cadre de cette restructuration, sur la lutte contre la contrebande, la fermeture des sites illégaux et l’instauration de mesures destinées à sécuriser les recettes de l’État. Selon Fuh Calystus Gentry, désormais : « Les impôts, c’est-à-dire les taxes à l’exportation, seront collectés à la source. Cela signifie que lorsqu’une société semi-mécanisée produit, la SONAMINES collecte 25 %, mais également 5 % au titre du droit d’exportation. »

Dans la même dynamique, explique-t-il : « Si je produis 10 kilos et que je ne déclare que 600 grammes, je paierai les taxes à l’exportation uniquement sur ces 600 grammes. » Encore faut-il que l’or extrait corresponde effectivement à celui qui est déclaré. Pour cela, rassure-t-il, les équipes du MINMIDT sont déployées sur le terrain afin de procéder aux vérifications nécessaires. Le ministre entend ainsi mettre un terme à la sous-déclaration qui fragilise le secteur aurifère.

Sur le plan juridique, il rappelle l’obligation du respect de la majorité camerounaise dans le capital social des entreprises bénéficiant d’une autorisation d’exploitation semi-mécanisée. La loi fixe à 51 % la part minimale détenue par les Camerounais.

Sur le plan technique, le ministre impose à tous les opérateurs le respect du seuil minimal de production fixé à 5 kg par mois pour chaque site d’exploitation disposant de dix « boles ».

Sur le plan technologique, il instaure, après six mois d’exploitation, la migration vers un système de traitement du gravier minéralisé en vase clos. Une technologie qui permettra de réduire les atteintes à l’environnement.

Enfin, sur le plan environnemental, les frais de caution sont fixés à 63 millions de FCFA, sous réserve de la remise en état des sites exploités.

Au total, les mesures draconiennes prises lors des récentes descentes du MINMIDT dans les sites miniers ont permis de détecter près de 200 sociétés exerçant illégalement l’exploitation semi-mécanisée de l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. « Au moment où je vous parle, 110 sociétés ont déjà été traduites en justice, 31 ont accepté de se conformer à la réglementation et les autres paieront les amendes. Les échantillons seront envoyés à l’étranger pour vérifier le taux réel de récupération. La science ne trompe pas », a insisté le ministre.

À travers ces mesures de transparence, le Cameroun pourrait franchir le cap des 2 tonnes d’or collectées par an via la SONAMINES. Par ailleurs, pour 100 sites régularisés, les recettes générées pourraient dépasser 8 milliards de FCFA.

Cap sur l’industrialisation

Le MINMIDT, Fuh Calystus Gentry, n’a pas mâché ses mots pour déclarer que l’industrie camerounaise est en pleine expansion. Le Cameroun entend sortir du modèle d’exportation des matières premières brutes afin de développer des chaînes de valeur locales. Il cite notamment les filières argile-carreaux, bauxite-alumine-aluminium ainsi que calcaire-clinker-ciment.

Concernant la filière bois, le ministre affirme que les financements de la Banque mondiale sont déjà disponibles pour soutenir la politique d’import-substitution. Des négociations sont également très avancées avec des partenaires étrangers dans la filière textile en vue de la relance de la CICAM.

Dans l’agroalimentaire, les structures de transformation locale du cacao prennent progressivement forme. Le technopôle agro-industriel de Ouassa-Babouté, à Njoteng, poursuivra son développement, tout comme plusieurs projets liés à l’énergie domestique.

Au registre des perspectives, le MINMIDT annonce le lancement imminent de parcs industriels, tout en recherchant des financements avec l’appui du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF).

Fuh Calystus Gentry durcit visiblement le ton : « Nous devons transformer localement pour retenir la valeur ajoutée. » Toutefois, il faudra appliquer sans état d’âme ni favoritisme le principe de légalité dans les circuits artisanaux et semi-mécanisés de l’exploitation minière, au bénéfice de l’État.

Germaine Ngo Holl

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