Filière aurifère : Le marché mondial entre dans une zone de turbulence

0
12

Après avoir enchaîné les sommets historiques en 2025, le marché mondial de l’or traverse une phase de consolidation en 2026. Entre tensions géopolitiques, incertitudes sur la politique monétaire américaine, évolution des achats des banques centrales et volatilité des marchés financiers, le métal jaune peine à retrouver la dynamique exceptionnelle qui avait fait de lui l’un des actifs les plus performants de l’année précédente. Les analystes restent toutefois partagés sur les perspectives du second semestre.

L’année 2025 restera gravée comme l’une des plus spectaculaires de l’histoire récente du marché de l’or. En l’espace de douze mois, le métal précieux a enregistré 53 records historiques et affiché une progression supérieure à 60 %, portée par une combinaison de tensions géopolitiques, d’achats massifs des banques centrales et d’une forte demande des investisseurs en quête de valeurs refuges.

Fort de cette dynamique, le marché semblait bien parti pour prolonger son envolée en 2026. Dès la fin du mois de janvier, le prix de l’once d’or atteignait un nouveau sommet historique de 5 500 dollars, alimentant les prévisions les plus optimistes des grandes banques d’investissement et des institutions spécialisées.

Mais quelques mois plus tard, le scénario a sensiblement évolué. Après ce départ fulgurant, les cours se sont montrés beaucoup plus erratiques, alternant hausses et replis avant de s’établir autour de 4 000 dollars l’once au début du mois de juillet.

Une correction après une envolée historique

Les premières semaines de 2026 ont été marquées par un mouvement classique de prises de bénéfices. Après avoir profité de la flambée des prix enregistrée en 2025 et au début de la nouvelle année, de nombreux investisseurs ont choisi de sécuriser leurs gains.

Dès le début du mois de février, le prix de l’or était retombé aux environs de 4 640 dollars l’once. Cette correction a ouvert une période de forte volatilité durant laquelle le marché a multiplié les allers-retours autour du seuil psychologique des 5 000 dollars.

Selon le World Gold Council, les cours affichaient, au début du mois de juillet, un recul d’environ 7 % par rapport au niveau atteint en début d’année. De son côté, Reuters relevait que le métal jaune s’orientait vers sa première baisse trimestrielle depuis 2024, ainsi que vers son recul trimestriel le plus marqué depuis le deuxième trimestre 2013. Cette évolution contraste fortement avec la trajectoire exceptionnelle observée l’année précédente, lorsque le marché avait progressé presque sans interruption.

Les tensions géopolitiques n’ont pas soutenu les prix

Contrairement aux mécanismes habituels, les tensions militaires apparues entre les États-Unis et l’Iran à la fin du mois de février n’ont pas favorisé une nouvelle flambée de l’or. Traditionnellement considéré comme une valeur refuge, le métal jaune bénéficie généralement des périodes d’instabilité internationale. Cette fois, la réaction des marchés a été différente. Les inquiétudes suscitées par les perturbations autour du détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial des hydrocarbures, ont provoqué une hausse des prix du pétrole. Cette situation a ravivé les craintes d’une résurgence de l’inflation mondiale.

Les investisseurs ont alors commencé à anticiper un maintien prolongé, voire un relèvement, des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine. Or, des taux d’intérêt élevés augmentent l’attractivité des obligations et des autres actifs rémunérateurs, réduisant mécaniquement l’intérêt de détenir de l’or, un actif qui ne génère ni intérêts ni dividendes. Cette combinaison de facteurs a progressivement pesé sur les cours, qui sont tombés aux alentours de 4 300 dollars à la fin du mois de mars avant de poursuivre leur recul vers 4 000 dollars au début du mois de juin.

Les banques centrales ralentissent leurs achats

Autre facteur ayant contribué à cette phase de consolidation : le ralentissement des acquisitions d’or par les banques centrales. Selon JP Morgan, les achats officiels ont diminué au cours du premier trimestre 2026, rompant avec la dynamique exceptionnelle observée ces dernières années.

Entre les périodes 2016-2020 et 2021-2025, les achats réalisés par les banques centrales avaient plus que doublé, devenant l’un des principaux moteurs de la hausse des prix. Le début de l’année 2026 a également été marqué par plusieurs opérations de vente déclarées, notamment par les banques centrales de la Turquie et de la Russie. Même si ces volumes restent limités à l’échelle mondiale, ils ont contribué à renforcer les anticipations baissières sur le marché.

Des perspectives encore très partagées

À l’approche du second semestre, les institutions financières affichent des scénarios contrastés. Le World Gold Council estime que le prix de l’or pourrait retrouver le seuil des 4 500 dollars l’once, voire davantage, si l’environnement économique mondial venait à se dégrader, si les anticipations de baisse des taux américains se confirmaient ou encore si les banques centrales reprenaient leurs achats à un rythme soutenu.

À l’inverse, une économie mondiale plus robuste, accompagnée de rendements obligataires durablement élevés, pourrait continuer à exercer une pression sur le métal précieux.

Parmi les grandes institutions financières, JP Morgan affiche le scénario le plus optimiste. La banque américaine anticipe un prix moyen de 6 000 dollars l’once au dernier trimestre 2026 avant une progression vers 6 300 dollars d’ici la fin de l’année 2027. Cette prévision repose notamment sur une détente des tensions au Moyen-Orient, susceptible de réduire les pressions inflationnistes liées au marché pétrolier, ainsi que sur une éventuelle évolution de la politique monétaire américaine.

Toutefois, la banque souligne que les décisions de la Réserve fédérale restent particulièrement difficiles à anticiper dans un contexte économique mondial toujours marqué par de nombreuses incertitudes.

UBS privilégie un scénario plus prudent

À l’inverse, la banque suisse UBS adopte une approche plus conservatrice. Dans ses dernières prévisions, publiées à la mi-juin, elle envisage une évolution des cours comprise entre 3 850 et 4 000 dollars l’once à court terme avant une remontée progressive vers 5 200 dollars sur les douze prochains mois.

Malgré ces différences d’appréciation, les principaux analystes convergent sur un point : le marché de l’or reste étroitement dépendant de plusieurs variables majeures, notamment l’évolution des conflits géopolitiques, la trajectoire de l’inflation, les décisions de politique monétaire des grandes banques centrales et le comportement des investisseurs institutionnels.

Un marché stratégique pour les producteurs africains

L’évolution des cours de l’or revêt également une importance particulière pour le continent africain, où plusieurs grands pays producteurs ont engagé ces dernières années des réformes destinées à accroître les revenus tirés de l’exploitation aurifère.

Dans un contexte de prix historiquement élevés, de nombreux gouvernements cherchent à renforcer leur contrôle sur la filière, à augmenter les recettes fiscales et à développer davantage la transformation locale des ressources minières.

La trajectoire du marché au cours des prochains mois sera donc suivie avec attention, tant par les investisseurs que par les États producteurs. Si le métal jaune conserve son statut de valeur refuge, les nombreux facteurs économiques et géopolitiques qui influencent désormais son évolution laissent présager une seconde moitié d’année encore marquée par une forte volatilité.

Jean NDI

Leave a reply