Minéraux critique : L’Afrique veut convertir son potentiel minier en croissance durable

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L’Afrique entend profiter de l’intérêt grandissant des grandes puissances pour ses ressources minières sans s’enfermer dans une logique de blocs. Au cœur de la compétition mondiale pour les minéraux critiques indispensables à la transition énergétique, les pays producteurs cherchent désormais à convertir cette forte demande en investissements industriels, en emplois et en recettes publiques. C’est l’un des principaux enseignements du rapport que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) présentera lors de la neuvième édition de Mining on Top Africa (MOTA), prévue les 7 et 8 juillet 2026 à Paris.

Intitulé autour des défis et perspectives du secteur minier africain, ce rapport met en avant une idée de plus en plus défendue par les gouvernements africains : « il y a de la place pour tout le monde ». Une formule qui traduit la volonté du continent de collaborer avec l’ensemble de ses partenaires, tout en affirmant davantage ses propres priorités économiques.

L’accélération de la transition énergétique mondiale a renforcé la valeur stratégique de minerais comme le cobalt, le lithium, le graphite, le cuivre ou encore le nickel. Face à la domination de la Chine dans plusieurs segments de la chaîne de valeur, notamment le raffinage et la transformation des minerais, les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et les pays du Golfe multiplient les initiatives afin de sécuriser leurs approvisionnements en Afrique.

Cette concurrence offre aux États africains une capacité de négociation qu’ils n’avaient pas jusqu’ici. L’objectif n’est plus uniquement d’exporter des minerais bruts, mais d’obtenir davantage de retombées économiques grâce au développement d’industries locales, au transfert de technologies, à l’emploi et au renforcement du contenu local.

Pour Karim Dahou, directeur adjoint de la Direction des relations mondiales et de la coopération à l’OCDE, les pays africains ne doivent plus être perçus comme de simples spectateurs de cette rivalité géopolitique. Selon lui, ils cherchent avant tout à diversifier leurs partenaires commerciaux afin de réduire leur dépendance à quelques acheteurs et de renforcer leur pouvoir de négociation.

Miser sur la transformation locale

Plusieurs pays ont déjà engagé des réformes visant à accroître la valeur ajoutée générée sur leur territoire. La République démocratique du Congo a ainsi suspendu en 2025 les exportations de cobalt avant d’instaurer un système de quotas destiné à mieux réguler le marché et à soutenir les prix. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à développer une industrie locale de transformation.

Le Zimbabwe suit une démarche similaire en interdisant l’exportation de minerais de lithium bruts ou simplement concentrés afin d’inciter les investisseurs à installer des unités de traitement sur place.

D’autres pays comme la Namibie, le Ghana, la Zambie, l’Afrique du Sud ou encore le Mozambique développent également des politiques destinées à favoriser la transformation locale de minerais stratégiques tels que le graphite, le cuivre ou le lithium.

Ces initiatives traduisent une volonté commune : capter une part plus importante de la richesse générée par les ressources naturelles plutôt que de se limiter au rôle de fournisseurs de matières premières.

Des politiques qui exigent des investissements

L’OCDE estime néanmoins que les restrictions à l’exportation ne constituent pas, à elles seules, une solution durable. Si elles peuvent favoriser l’émergence d’une industrie locale lorsqu’elles sont bien planifiées, elles risquent également de réduire les volumes disponibles sur les marchés internationaux, d’alimenter la volatilité des prix et de décourager certains investisseurs.

Pour produire les effets attendus, ces politiques doivent s’inscrire dans une véritable stratégie industrielle intégrant le développement des infrastructures énergétiques, des réseaux de transport, des compétences techniques, des capacités de financement et des débouchés commerciaux. Sans ces conditions, les ambitions de transformation locale pourraient rapidement se heurter aux réalités économiques et industrielles.

L’investissement responsable au cœur des débats

La compétition mondiale autour des minéraux critiques soulève également des interrogations sur les conditions dans lesquelles les projets miniers sont développés. Certains accords récents conclus entre des États africains et leurs partenaires internationaux, notamment le pacte américano-congolais, font l’objet de critiques d’organisations de la société civile qui dénoncent des garanties insuffisantes en matière de protection de l’environnement, de respect des droits humains et de gouvernance.

Pour l’OCDE, ces préoccupations ne doivent pas être considérées comme secondaires. Selon Karim Dahou, un investissement responsable constitue aujourd’hui une condition essentielle pour garantir la stabilité des approvisionnements, attirer les financements internationaux et assurer la pérennité des projets miniers.

Transformer l’opportunité en développement durable

Au-delà de la rivalité entre grandes puissances, les minéraux critiques offrent surtout à l’Afrique une occasion de redéfinir sa place dans l’économie mondiale. En développant des chaînes de valeur locales, en diversifiant leurs partenaires et en renforçant les exigences en matière de gouvernance, les pays producteurs disposent d’une opportunité historique pour transformer leurs ressources naturelles en véritable moteur de développement économique. Le défi consistera désormais à concilier souveraineté, attractivité des investissements et création durable de valeur au bénéfice des populations.

Françoise ESSONO

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