Aviculture : Le Nigeria et la Chine s’allient dans un projet avicole géant de 900 millions de dollars

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Le Nigeria passe à la vitesse supérieure pour combler son déficit en protéines animales. En partenariat avec des investisseurs chinois, le géant ouest-africain prépare le lancement d’un programme d’investissement massif de 900 millions USD (environ 540 milliards FCFA). L’objectif est de bâtir une industrie avicole totalement intégrée pour éradiquer les importations illégales et garantir la sécurité alimentaire de ses 200 millions d’habitants.

Révélé le 25 mars 2026 par Joseph Tegbe, responsable du partenariat stratégique Nigeria-Chine, le plan repose sur un maillage territorial stratégique. Le pays prévoit l’implantation d’une ferme avicole intégrée dans chacune de ses six zones géopolitiques. Chaque unité de production, évaluée à 150 millions USD, sera un modèle d’autonomie. « Lorsque nous atteindrons 6 millions d’œufs par jour, chacune des fermes devra compter 1 million de poules pondeuses et 300 000 poulets de chair. Chacune de ces fermes avicoles devra disposer de sa propre centrale électrique, de son abattoir et de son couvoir. Chaque ferme avicole intégrera une stratégie d’intégration en amont, car nous ne voulons pas mettre en place une ferme et devoir importer les matières premières pour l’alimentation. », affirme le responsable

Pour éviter la dépendance aux intrants importés, le projet intègre une stratégie d’intégration en amont dont chaque complexe sera adossé à une exploitation agricole de 10 000 hectares dédiée à la culture du maïs et du soja, piliers de l’alimentation animale.

Un financement hybride et un transfert vers le privé

Le montage financier de cette ambition est mixte. Le gouvernement nigérian financera intégralement les deux premières fermes pour lancer la dynamique. Les quatre suivantes bénéficieront d’un cofinancement dont 85 % apportés par les partenaires chinois et 15 % par l’État nigérian. « Dans une première phase, nous assurons un financement intégral… Ensuite, la phase suivante reposera sur un financement conjoint, avec une contribution des partenaires chinois. Ce financement sera étalé sur dix ans, avec un moratoire de trois ans », confie M. Tegbe.

Ce prêt, étalé sur dix ans avec un moratoire de trois ans, s’accompagne d’une vision à long terme. Une fois les installations opérationnelles, le gouvernement prévoit de transférer la gestion de ces actifs à des opérateurs privés locaux pour garantir leur pérennité et leur rentabilité.

Lutter contre l’importation illégale et les défis structurels

Bien que l’importation de viande de poulet soit interdite au Nigeria depuis 2003, le marché noir reste florissant. Selon le groupe Olam Agri, entre 150 et 200 millions USD de volaille entrent illégalement dans le pays chaque année, signe que la production locale actuelle (700 000 tonnes de viande) reste insuffisante.

L’industrie locale fait face à des obstacles persistants. Le maïs et le soja représentent souvent le principal poste de dépense des éleveurs ; les risques de maladies animales et les failles de biosécurité pèsent sur les rendements ; l’accès au crédit est un frein majeur pour les petits exploitants du secteur.

Avec un cheptel de près de 810 millions de têtes en 2024, la volaille est déjà le segment le plus dynamique de l’élevage nigérian (7 % du PIB). Ce méga-projet avec la Chine pourrait enfin permettre au Nigeria de transformer son potentiel en une puissance avicole capable de nourrir sa population tout en créant des milliers d’emplois ruraux.

Jean NDI

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