Cacao camerounais : Le prix reste loin de ses records historiques malgré un gain de 150 FCFA

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Malgré une légère embellie des prix bord champ constatée à la mi-mars 2026 dans les bassins de production du Cameroun, les cours restent très éloignés des prévisions gouvernementales. En cause : un basculement du marché international vers un excédent de production, porté notamment par la montée en puissance de l’Équateur.

​Le secteur cacaoyer camerounais traverse une phase de turbulences paradoxales. Selon les dernières données compilées par le Système d’information des filières (SIF), sous l’égide de l’Office national du cacao et du café (ONCC), une hausse timide mais réelle a été enregistrée le 19 mars 2026. Le kilogramme de fèves se négocie désormais entre 1 200 et 1 300 FCFA, marquant une progression de 150 FCFA par rapport au mois précédent, où les prix stagnaient entre 1 050 et 1 150 FCFA.

Un fossé entre réalité du terrain et ambitions nationales

​Si ce redressement progressif apporte un souffle d’air aux producteurs, il souligne surtout l’écart abyssal avec les projections initiales de Yaoundé. Pour la campagne 2025-2026, le gouvernement camerounais tablait sur une fourchette ambitieuse située entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme.

​À plus de sept mois du lancement de la saison, l’objectif semble hors de portée. On est loin des sommets historiques de la saison 2023-2024, où les cours avaient atteint le pic inédit de 6 000 FCFA/kg, avant de refluer légèrement à 5 400 FCFA/kg l’année suivante. Cette chute brutale de la valeur de l’or brun local met à mal les prévisions budgétaires et les espoirs de revenus des ménages ruraux.

​La fin du cycle de pénurie mondiale

​L’explication de ce marasme ne se trouve pas dans les plantations camerounaises, mais sur l’échiquier mondial. Après trois campagnes marquées par un déficit chronique qui avait dopé les prix, la donne a changé. La production mondiale pour 2025-2026 s’annonce excédentaire.

​Cette dynamique de surplus, amorcée dès la saison 2024-2025, est largement alimentée par les performances exceptionnelles de l’Amérique latine. L’Équateur, en particulier, affiche une croissance telle qu’il menace désormais de déloger le Ghana de sa position de deuxième producteur mondial.

Des perspectives sous pression

​Pour les analystes des matières premières, cet excédent d’offre agit comme un plafond de verre sur les cours mondiaux. Tant que le marché restera saturé par les fèves équatoriennes et le redressement des vergers ouest-africains, les prix dans les pays producteurs comme le Cameroun resteront sous pression.

​Le défi pour la filière locale sera de naviguer dans cette conjoncture internationale morose tout au long de la campagne actuelle, alors que les mécanismes de régulation et de soutien aux producteurs sont mis à rude épreuve par cette volatilité imprévue.

Jean NDI

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