Cameroun : Quand le dérèglement climatique bride le géant hydroélectrique de Nachtigal

Mis en service en mai 2025, le barrage hydroélectrique de Nachtigal subit de plein fouet les effets d’une sécheresse prolongée sur le fleuve Sanaga. À ce déficit d’eau s’ajoutent des chantiers de transport d’électricité inachevés, maintenant le pays sous la menace de délestages récurrents.
Le barrage hydroélectrique de Nachtigal, fleuron énergétique situé au nord-est de Yaoundé et d’une capacité théorique de 420 mégawatts (MW), ne tourne pas à son plein potentiel. La cause ? Une situation hydrologique particulièrement défavorable sur le fleuve Sanaga, principal réservoir d’eau du pays du haut de ses 918 kilomètres.
Le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a tiré la sonnette d’alarme le 21 septembre 2026 lors d’un échange avec une délégation du Fonds monétaire international (FMI). Selon l’exploitant Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), filiale du groupe français EDF, l’année 2026 a été marquée par une saison sèche anormalement longue et un niveau d’eau historiquement bas.
Une production bridée par le débit du fleuve
Pour fournir la totalité de ses 420 MW, l’ouvrage doit être alimenté par un débit de 980 m³/s. Or, l’étiage sévère a contraint la société Electricity Development Corporation (EDC) à revoir ces chiffres à la baisse. Durant les sept mois de la grande saison sèche, EDC tablait sur un apport quotidien de 650 m³/s pour garantir une puissance ajustée de 278 MW. En réalité, le volume moyen capté n’a été que de 600 m³/s en 2026.
Comme le rappelle le Pr Joseph Kenfack, enseignant à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, la puissance d’une centrale est directement proportionnelle au débit disponible en amont du fleuve sur des centaines de kilomètres. Les pluies locales enregistrées au niveau du site de la centrale restent trop marginales pour compense ce manque d’eau à l’échelle du bassin.
Malgré ces contraintes, la centrale continue d’injecter une part essentielle d’électricité dans le Réseau interconnecté Sud (RIS), qui alimente sept des dix régions du pays. Selon la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), Nachtigal a produit 2 065 GWh en 2025 (soit 30 % de l’énergie du RIS) et 1 305 GWh entre janvier et août 2026.
Le goulot d’étranglement du réseau de transport
Si le manque d’eau réduit la capacité théorique de la centrale, il n’explique pas à lui seul la poursuite des coupures de courant qui frappent la capitale et la zone industrielle de Douala. Le véritable défi réside désormais dans l’infrastructure d’évacuation : les corridors de transport de l’électricité ne sont pas encore achevés, empêchant d’acheminer efficacement l’énergie disponible vers les bassins de forte consommation où la demande reste supérieure à l’offre.
Afin de rassurer les partenaires financiers, le gouvernement mise sur l’accélération des travaux de maintenance, le renforcement des postes de transformation et la sécurisation du réseau de distribution pour stabiliser durablement l’approvisionnement électrique des ménages et des entreprises.
Jean NDI



















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