Ceux que Lisette Claudia TAME NJAMBE a formés

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Aucune école camerounaise n’enseigne les métiers de la transformation agro industrielle. Sur les sites de Mbankomo, Ngolambélé et Bandenkop, Lisette Claudia TAME NJAMBE forme, depuis 2021, des techniciens venus d’autres horizons. Portraits croisés d’une chaîne de transmission de compétences qui grandit avec l’entreprise.

Un métier qu’aucune école n’enseignait

Il n’existe, au Cameroun, aucune filière académique consacrée à la conduite d’une ligne de broyage de fèves de cacao, à la maintenance d’un séchoir industriel de fruits ou au pilotage d’une chaîne de conditionnement de céréales. Ces métiers, pourtant essentiels au fonctionnement des sites de Mbankomo, de Ngolambélé et de Bandenkop, n’ont pas été trouvés tout formés sur le marché du travail. Ils ont été construits, un technicien après l’autre, à l’intérieur même des usines.

Depuis 2021, plusieurs centaines de personnes sont ainsi passées par les lignes de production d’Africa Processing Company SA puis de Meta Invest SA, sans expérience préalable du secteur industriel, et en sont ressorties, au fil des mois, avec un savoir faire technique qu’aucun diplôme camerounais ne sanctionne encore.

Trois trajectoires, une même méthode

Sur le site de Mbankomo, un jeune agent de maintenance raconte être arrivé sans formation technique particulière, après avoir travaillé quelques années dans la mécanique automobile informelle. Il a d’abord observé les équipes déjà en place, puis a été progressivement intégré aux interventions sur les équipements de broyage, jusqu’à devenir, moins de deux ans plus tard, référent maintenance de son atelier.

À Ngolambélé, une responsable de ligne de conditionnement décrit un parcours similaire. Recrutée sans expérience industrielle, elle a suivi une formation interne structurée en plusieurs paliers, portant sur la qualité, la traçabilité et la sécurité alimentaire, avant de se voir confier la supervision d’une équipe d’une dizaine de personnes. Elle insiste sur un point : la formation ne s’est jamais arrêtée à l’acquisition d’un geste technique. Elle a intégré, dès le départ, les exigences de certification qui permettent aujourd’hui aux produits de l’entreprise d’être exportés vers l’Asie et l’Europe.

Sur le site plus récent de Bandenkop, un technicien affecté à la ligne de fruits séchés évoque un parcours accéléré, mené en parallèle du démarrage de l’usine elle même. Formé sur le tas par des collègues venus de Mbankomo pour transmettre leur expérience, il incarne une dynamique que l’entreprise revendique désormais comme une méthode : chaque nouveau site s’appuie sur les compétences formées dans les sites précédents, qui deviennent à leur tour formateurs.

« Nous devons démystifier l’industrie, et démontrer que tout commence avec une ou deux machines. »

Une compétence qui reste au pays

Ce dispositif de formation interne répond à une préoccupation que Lisette Claudia TAME NJAMBE formule régulièrement : celle de l’exode rural. Un jeune formé à un métier industriel qualifié dans sa propre région n’a plus de raison impérieuse de partir chercher, à Douala ou à Yaoundé, une opportunité que son territoire ne lui offrait pas hier encore. La compétence acquise dans l’usine reste dans la région. Elle irrigue, au fil des années, un tissu de savoir faire local que ni une délocalisation ni une crise conjoncturelle ne peuvent effacer d’un coup.

Les responsables des ressources humaines des trois sites évoquent un taux de rétention élevé parmi les techniciens formés en interne, signe que l’investissement consenti dans leur montée en compétence trouve, en retour, une fidélité durable. Beaucoup de ceux qui ont appris leur métier sur les lignes de Mbankomo se retrouvent aujourd’hui référents ou formateurs sur les sites plus récents, transmettant à leur tour ce qu’ils ont eux mêmes appris sans école.

Une chaîne de transmission qui grandit avec l’entreprise

À mesure que de nouveaux sites s’ouvrent à travers le pays, cette chaîne de transmission interne devient, selon plusieurs responsables d’exploitation, l’un des actifs les moins visibles mais les plus déterminants de l’entreprise. Elle permet à chaque nouvelle usine de démarrer sa production avec un socle de compétences déjà éprouvées, plutôt que de repartir de zéro à chaque implantation.

Pour Lisette Claudia TAME NJAMBE, cette dynamique dépasse le seul cadre de la gestion des ressources humaines. Elle y voit une des conditions de la réussite de son ambition la plus large : industrialiser progressivement plusieurs régions du Cameroun sans jamais dépendre d’une main d’œuvre qualifiée importée de l’extérieur. Chaque technicien formé sur ses lignes de production devient, à sa manière, une brique supplémentaire de cette ambition.