Cameroun : La hausse du coût des carburants complique la réduction du déficit budgétaire

Le Cameroun pourrait ne pas atteindre son objectif de réduction du déficit budgétaire à 1,7 % du PIB en 2026. Après être passé de 1,5 % du PIB en 2024 à 2,1 % en 2025, le déficit devrait encore se creuser cette année, selon les premières conclusions de la mission d’évaluation post-financement du Fonds monétaire international (FMI), conduite à Yaoundé du 17 au 30 septembre 2026.
Pour Christine Dieterich, cheffe de la mission, « une nouvelle détérioration modérée est attendue en 2026 », principalement en raison de la remontée des cours internationaux du pétrole et de ses conséquences sur les subventions aux carburants. Le FMI n’a pas encore communiqué de nouvelle estimation chiffrée du déficit, mais son diagnostic s’éloigne du scénario établi quelques mois plus tôt.
En mars dernier, à l’issue de la revue au titre de l’Article IV, le Fonds tablait encore sur un déficit ramené à 1,7 % du PIB en 2026. Il estimait alors que l’augmentation des recettes pétrolières pourrait compenser une partie du coût du maintien des prix administrés à la pompe. La situation s’est toutefois inversée avec l’évolution des cours internationaux.
Le gasoil, principal foyer de tension
Les données de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) illustrent cette nouvelle pression. Le coût d’importation du gasoil est passé de 653,85 FCFA le litre en juillet à 860,10 FCFA en septembre, avant d’atteindre 974,93 FCFA en octobre. En trois mois, la hausse atteint 321,08 FCFA, soit 49,1 %. Dans le même temps, le prix réglementé à la pompe à Douala reste fixé à 828 FCFA le litre. Pour contenir l’écart entre le coût réel du produit et le prix payé par les consommateurs, le soutien de l’État inscrit dans la structure tarifaire est passé de 109,22 FCFA par litre en juillet à 315,47 FCFA en septembre, puis à 430,30 FCFA en octobre.
La pression s’étend aux autres produits pétroliers. En octobre, le soutien/remboursement de l’État atteint 205,76 FCFA par litre pour le super et 660,09 FCFA pour le pétrole lampant, alors que leurs prix à la pompe demeurent respectivement à 840 FCFA et 350 FCFA. Ces montants représentent toutefois des compensations unitaires et ne correspondent pas directement à la facture budgétaire finale. Celle-ci dépend notamment des volumes concernés et des paiements effectivement exécutés.
Un retournement après une subvention quasi nulle en 2025
Cette situation tranche avec celle observée en 2025. Dans son évaluation de mars 2026, le FMI estimait que la subvention de facto avait pratiquement disparu, les cours internationaux étant alors inférieurs aux prix administrés. Le coût budgétaire des subventions, qui représentait environ 4 % du PIB en 2022, était ainsi tombé sous 1 % en 2024.
Le retour de prix internationaux plus élevés a cependant changé la donne. Le FMI considère désormais les subventions comme « importantes » et réitère sa recommandation d’instaurer un mécanisme automatique d’ajustement des prix, accompagné de mesures ciblées en faveur des ménages vulnérables.
Plus de 3 100 milliards FCFA à mobiliser
La dégradation des perspectives intervient alors que le budget 2026 prévoit déjà un déficit de 631 milliards de FCFA. Les recettes sont projetées à 5 731,1 milliards de FCFA pour des dépenses de 6 278 milliards. Les besoins de financement de l’État sont cependant nettement supérieurs au seul déficit budgétaire. Le Trésor doit notamment consacrer 1 870,6 milliards de FCFA au remboursement de la dette structurée et 498,8 milliards à l’apurement des restes à payer. En intégrant les crédits de TVA et les besoins des correspondants du Trésor, les besoins totaux de financement atteignent 3 104,2 milliards de FCFA en 2026.
Face à ces contraintes, le FMI préconise un resserrement budgétaire, une mobilisation accrue des recettes intérieures et le recours prioritaire aux financements concessionnels. L’institution maintient par ailleurs le Cameroun dans une situation de risque élevé de surendettement.
Des perspectives de croissance moins favorables
Le cadrage budgétaire est également fragilisé par des perspectives de croissance moins dynamiques. La loi de finances 2026 repose sur une progression du PIB de 4,3 %. Le FMI estime désormais la croissance de 2025 à 3,5 % et anticipe un léger ralentissement en 2026. Cette appréciation diffère du scénario présenté en mars, qui prévoyait une croissance de 3,1 % en 2025 puis une accélération à 3,3 % en 2026. Le Fonds explique notamment l’affaiblissement des perspectives par le recul de la production d’hydrocarbures et les retards enregistrés dans le renforcement des capacités de transport de l’électricité.
Le nouveau cadrage macroéconomique devrait être détaillé dans le rapport complet de l’évaluation post-financement. Son examen par le conseil d’administration du FMI est attendu en décembre 2026.
Jean NDI



















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