Climat en Afrique centrale : L’alerte rouge des scientifiques face au spectre de l’aridité

Alors que l’attention climatique se porte souvent sur le Sahel ou l’Afrique australe, une étude inédite lève le voile sur les menaces critiques qui pèsent sur le bassin de l’Afrique centrale. Entre chute drastique des précipitations et explosion des températures, les experts redoutent une extension massive des zones arides d’ici la fin du siècle.
L’Afrique centrale, poumon vert du continent et sanctuaire d’une biodiversité mondiale unique, sort de l’angle mort de la recherche climatique. Si la région bénéficie d’une image de terre d’eau et de forêts denses, l’équilibre hydrologique qui porte ses économies est aujourd’hui sur le fil du rasoir. Une nouvelle étude, menée par un consortium de chercheurs africains dans le cadre du Laboratoire Mixte International (LMI) Nexus, révèle que le dérèglement climatique pourrait redessiner brutalement la géographie de la région.
Un modèle économique sous perfusion de pluie
Le constat de départ est sans appel. L’Afrique centrale est une colosse aux pieds d’argile. Son économie repose quasi exclusivement sur l’agriculture et la foresterie. Or, cette agriculture est majoritairement pluviale. Sans systèmes d’irrigation modernes, des millions d’agriculteurs dépendent du bon vouloir du ciel. « Les populations sont directement impactées par la modification de la disponibilité de l’eau, ce qui accentue les risques de stress hydrique et d’insécurité alimentaire », prévient Arona Djedhiou, climatologue à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Pour ce spécialiste, la hausse des températures n’est pas qu’un chiffre : c’est une menace directe sur la survie des systèmes productifs locaux.
Deux scénarios, deux destins
Pour anticiper l’avenir, l’équipe scientifique a utilisé des modèles régionaux de haute résolution, comparant deux trajectoires du GIEC notamment le scénario RCP 2.6 (Optimiste) pour une limitation drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ici, les variations restent érables ; le scénario RCP 8.5 (Pessimiste) pour la poursuite du rythme actuel des émissions (« Business as usual »). C’est ici que les projections deviennent alarmantes.
Sous le scénario pessimiste, les indicateurs virent au rouge vif pour des pays comme le Cameroun, le Tchad, le Gabon ou encore la RDC. On observera une baisse de précipitations pouvant atteindre -40 %, transformant des zones autrefois fertiles en terres assoiffées. Une poussée de température de +3 à +4 °C, particulièrement sévère dans le nord du Cameroun et le sud du Tchad. Sous l’effet de la chaleur, l’eau s’évapore des sols 30 % plus vite, asséchant les terres arables à une vitesse record.
Le résultat le plus frappant de l’étude concerne la métamorphose du paysage. Thierry C. Fotso Nguemo, climatologue à l’Institut national de cartographie (INC) à Yaoundé, souligne un basculement majeur : « Le résultat phare concerne l’analyse de l’aridité. Dans le scénario RCP 8.5, on voit que l’étendue spatiale des zones arides augmenterait de 25 %. On a donc intérêt à adopter les comportements qui tendent à limiter le réchauffement climatique vers une trajectoire similaire à celle décrite par le scénario RCP2.6 » a-t-il déclaré.
Un quart de territoire supplémentaire pourrait donc basculer dans l’aridité, poussant les écosystèmes et les populations vers leurs limites de résilience.
Ces résultats sonnent comme un plaidoyer pour une justice climatique renforcée. Sans politiques internationales ambitieuses pour stabiliser le réchauffement, l’Afrique centrale pourrait voir ses ressources en eau et sa souveraineté alimentaire s’évaporer.
L’étude rappelle une vérité cinglante. Pour cette région du monde, la transition écologique n’est plus une option diplomatique, mais une nécessité vitale pour éviter un basculement irréversible vers la sécheresse chronique
Jean NDI
Crédit image : ONG CARE



















Green And Health news a été crée afin de contribuer au developpement médiatique au Cameroun.