Insecte ravageur : Le Foreur du Manguier menace de décimer les baobabs africains

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Une étude récente publiée dans Global Ecology and Conservation révèle une menace inédite pour l’un des symboles les plus emblématiques de l’Afrique : le baobab (Adansonia digitata L). Pour la première fois, le longicorne Batocera rufomaculata a été identifié comme responsable de la mort de spécimens adultes au Sultanat d’Oman. Si ce ravageur atteint le continent africain, les conséquences écologiques et économiques pourraient être catastrophiques.

Originaire d’Asie du Sud-Est, le Batocera rufomaculata, plus connu sous le nom de foreur du manguier, est un coléoptère d’une efficacité redoutable. Grand, robuste et nocturne, ce longicorne peut parcourir jusqu’à 14 kilomètres en une seule nuit, colonisant de nouveaux territoires avec une rapidité déconcertante. Les femelles pondent dans des incisions de l’écorce. Les larves creusent ensuite des galeries massives en zigzag, dévorant le bois de cœur.

Si sa présence était déjà documentée sur les manguiers en Inde ou les figuiers au Moyen-Orient, son passage sur le baobab (Adansonia digitata L.) marque un tournant biologique majeur.

Un laboratoire du désastre au foyer d’Oman

Dans la vallée semi-aride de Wadi Hinna (Dhofar), une population isolée de baobabs introduite par l’homme il y a plusieurs siècles subit une attaque sans précédent. Entre 2021 et 2025, 6 % des arbres examinés sont morts par effondrement ; 13 % des arbres sont actuellement infestés. Contrairement à d’autres espèces, le baobab ne présente pas de flétrissement immédiat de la cime. Les larves liquéfient l’intérieur du tronc, provoquant la rupture brutale de l’arbre sous son propre poids. Le Musée d’histoire naturelle Ditsong de Pretoria a confirmé l’identité du coléoptère après analyse de spécimens prélevés sur site.

La biologie unique du baobab joue contre lui. Son bois, composé principalement d’air et d’eau, offre un milieu tendre et humide idéal pour le développement larvaire. Là où un insecte ne causerait que des dégâts localisés sur un arbre fruitier classique, il ravage ici des pans entiers de la structure interne du géant végétal.

Un enjeu économique et écologique pour l’Afrique

Le baobab n’est pas qu’un arbre, c’est un pilier de l’économie rurale africaine. Des dizaines de milliers de personnes dépendent de la vente des fruits, de l’huile et de la poudre (secteurs agroalimentaire et cosmétique). C’est une espèce clé des savanes, offrant abri et nourriture à une faune variée. Le ravageur est présent à Madagascar (où vivent 6 espèces endémiques de baobabs), à Maurice et à la Réunion, mais n’a pas encore atteint le continent africain.

Mesures de lutte et recommandations

À Oman, un programme d’urgence a été déployé avec le soutien des populations locales notamment le retrait manuel des larves au crochet et badigeonnage des troncs à la chaux ; l’utilisation d’insecticides systémiques ; l’installation de pièges lumineux nocturnes pour capturer les adultes.

Pour l’Afrique, les experts recommandent de sensibiliser les autorités portuaires au contrôle des plantes ornementales et agricoles importées ; étudier de toute urgence des prédateurs naturels (acariens comme Proctolaclans bickelyi) pour une lutte biologique à grande échelle ; inspecter prioritairement les populations de baobabs proches des zones déjà infestées par le coléoptère.

Françoise ESSONO

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