Huile de palme : Le Cameroun veut importer 200 000 tonnes en 2023

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C’est le 5 octobre dernier à Yaoundé, au cours d’une conférence de presse de l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc) que l’annonce a été faite. Au lieu des 143 000 tonnes d’importations initialement prévues pour l’année 2023, le gouvernement camerounais a finalement autorisé des importations d’un volume de 200 000 tonnes d’huile de palme pour l’année 2023.

Au cours d’une conférence de presse, l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc) note que ces importations qui se font généralement au taux de douane réduit de 5% et en exonération de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ont été revues à la hausse en raison de l’accroissement de la demande dans les industries de transformation qui s’amoncellent dans le pays, alors que la production nationale d’huile de palme ne s’accélère guère.

Avec ce volume d’importations autorisées, le Cameroun établit ainsi un nouveau record, après les 143 000 tonnes de l’année 2022. « Ces importations qui s’imposent à ce jour, sont une mesure conjoncturelle, appliquée dans l’attente du relèvement de la production nationale d’huile de palme brute, et ne constituent en rien une violation de la politique d’import-substitution », précise Jacquis Kemleu Tchabgou, le secrétaire général de l’Asroc. Ce dernier précise d’ailleurs que « le déficit structurel de plus de 160 000 tonnes désormais évoqué (…) va continuer à s’accroître si rien n’est fait en urgence, au regard de la demande et du relèvement de la capacité de transformation des unités existantes, et l’entrée en scène de nouvelles ».

Un déficit croissant

« Le déficit structurel dont nous parlons souvent est un déficit nominal, qui est différent du déficit réel. Ce déficit nominal est calculé sur la base de 50% des capacités des entreprises de transformation. Sur la base des capacités réelles des transformateurs, le déficit est effectivement beaucoup plus important », précise souvent Emmanuel Koulou Ada, le président du Comité de régulation de la filière des oléagineux. En effet, indique l’Asroc, la demande des unités de transformation d’huile de palme brute, qui se multiplient au Cameroun ces dernières années, culmine actuellement à plus d’un million de tonnes par an. Pourtant, selon les pointages du ministère de l’Agriculture, l’offre locale de cette matière première, elle, est passée de 343 000 tonnes en 2014 à 413 000 tonnes en 2018. Elle est projetée à 450 000 tonnes en 2024 par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac).

Face à ce déficit qui croît sans cesse, passant par exemple de 130 000 tonnes en 2020 à 160 000 tonnes en 2022, les industries de transformation ont de plus en plus de mal à s’approvisionner. « À titre d’illustration, la production nationale mensuelle, projetée et à distribuer pour le compte du mois de septembre 2023 était de 3 709 tonnes, à répartir à 17 transformateurs, pour une demande mensuelle de 147 161 tonnes », révèle le SG de l’Asroc. En plus d’autoriser des importations de plus en plus massives d’huile de palme, pour faciliter l’approvisionnement des industries, le gouvernement a, en plus, mis en place la politique des quotas. Les pouvoirs publics justifient cette décision par le dessein de garantir une répartition des stocks de matières premières disponibles (importations et production locales), en fonction des capacités de production des unités industrielles.

Concurrence déloyale

Tolérée au départ, cette politique des quotas est de plus en plus contestée par des acteurs de la filière. « La pratique des quotas sur une matière première locale ne devrait pas exister dans une économie libérale. Cela se comprend davantage sur une matière première importée », soutient une source autorisée au sein de la filière, pour qui les quotas instaurent de fait une concurrence déloyale entre les industriels. « De facto, entre deux opérateurs, celui qui a un quota plus important, ou alors un quota qui représente souvent le double voire le triple de son concurrent, comme c’est le cas actuellement, peut mieux se développer. Ce qui n’est pas possible pour le concurrent, malgré les investissements, l’innovation et le déploiement commercial qui peut être le sien », poursuit la même source.

Afin de pouvoir compléter les quotas à eux attribués auprès des producteurs industriels d’huile de palme brute, les raffineurs n’hésitent pas souvent à recourir aux propriétaires des plantations villageoises, dont les superficies représentent quasiment le double de celles des plantations industrielles au Cameroun. Mais, apprend-on de sources internes à la filière, les quantités d’huile de palme captées auprès de ces producteurs, qui disposent généralement de pressoirs artisanaux dotés de taux d’extraction d’huile de palme largement inférieurs à ceux des producteurs industriels, sont dérisoires. Ce d’autant que, souffle une source interne à la filière, le gros de l’huile de palme issue des pressoirs artisanaux est destiné aux savonneries, qui tolèrent l’utilisation d’une huile de palme de moins bonne qualité, ce qui n’est pas le cas des raffineries.

« Dans la mesure où presque toute l’huile produite dans les pressoirs artisanaux est achetée par les savonneries, rien n’explique que lors de la distribution des quotas sur la production des plantations industrielles, la répartition se fasse encore à parts égales entre les raffineurs et les savonneries. Compte tenu de la qualité de l’huile dont ont besoin les savonneries, il serait plus judicieux, par exemple, d’affecter les cargaisons importées aux savonneries, et de réserver exclusivement aux raffineurs l’huile de palme brute de bonne qualité produite dans les plantations industrielles du pays », suggère un opérateur.

Source : Investir au Cameroun

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