RDC : Une mine de cobalt empoisonne les communautés locales

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Dans un rapport publié le 9 mars 2026, Environmental Investigation Agency (EIA) annonce qu’une mine de cobalt approvisionnant les principaux constructeurs automobiles occidentaux aurait empoisonné les communautés locales et déplacées des milliers de personnes. Un rapport accablant qui met en cause la mine de Tenke Fungurume, gérée par le géant CMOC. Pollution massive au dioxyde de soufre, crises sanitaires et déplacements de populations, l’envers du décor des véhicules électriques vendus en Occident interroge la responsabilité des grands constructeurs.

​L’utopie de la “voiture propre” se heurte à une réalité brutale dans le bassin minier de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que le cobalt est le métal indispensable aux batteries des véhicules électriques, son extraction à Tenke Fungurume (TFM) l’une des plus grandes mines au monde est aujourd’hui au cœur d’un scandale sanitaire et environnemental sans précédent.

​Une usine titanesque aux effets toxiques

​Depuis 2023, une unité de traitement de la taille de 500 terrains de football domine le paysage. Mais derrière cette prouesse industrielle, l’enquête de l’EIA et de l’ONG PremiCongo décrit un calvaire quotidien pour les 10 000 personnes déplacées ou riveraines.

​Les accusations sont graves. Des émissions massives de dioxyde de soufre (SO2) auraient provoqué une vague de symptômes alarmants. Les dossiers médicaux analysés révèlent des vomissements de sang, des toux chroniques, ainsi qu’une hausse préoccupante des fausses couches et des malformations congénitales. « Beaucoup prétendent être motivés par le « zéro émission nette » et par l’innovation, mais ces réalisations n’ont aucun sens si elles se font au détriment de la santé des membres des communautés locales et du choix délibéré de ne pas utiliser les technologies existantes pour améliorer les chaînes d’approvisionnement », martèle Alexander von Bismarck, de l’EIA.

​Le déni de l’entreprise face aux preuves

​Sollicitée, la direction de TFM rejette en bloc ces conclusions. Selon l’entreprise, les relevés effectués entre fin 2024 et début 2025 n’indiquent aucun dépassement des seuils de pollution. Le groupe affirme appliquer une politique de sécurité stricte, autorisant tout employé à interrompre un travail jugé dangereux.

​Pourtant, la crédibilité des certifications internationales est aujourd’hui entachée. TFM a reçu en 2024 le label Copper Mark, censé garantir le respect des normes ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Un label qui semble en totale contradiction avec les constatations de terrain de juillet 2025.

​La responsabilité des constructeurs occidentaux en question

​L’enquête établit un lien direct entre cette mine et les chaînes d’approvisionnement de géants tels que BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen et Stellantis (Peugeot). Si aucun de ces groupes ne nie se fournir à TFM, leurs réactions varient. Mercedes-Benz a ouvert un dialogue direct avec TFM suite au rapport. BMW déclare enquêter systématiquement sur tout signe de violation. Stellantis confirme le lien et admet que des maladies graves liées à la pollution ont été identifiées. En ce qui concerne Volkswagen, aucune réaction officielle enregistrée à ce jour. « La transition énergétique est essentielle pour répondre à la crise climatique, mais la demande croissante en cobalt ne peut être satisfaite au détriment des vies et des moyens de subsistance en RDC, estime Alexander von Bismarck. Que certaines des plus grandes marques automobiles au monde refusant d’assumer ne seraient-ce qu’un niveau minimal de responsabilité vis-à-vis de leur chaîne d’approvisionnement est choquant » peut-on lire dans le communiqué publié par L’EIA.

Vers une gouvernance plus stricte ?

​Le rapport de l’EIA appelle à un renforcement urgent de la législation. Pour les auteurs, le slogan “zéro émission nette” perd tout son sens si l’innovation technologique ignore les souffrances des communautés locales.

​L’enjeu est désormais législatif : imposer une traçabilité réelle et une surveillance indépendante de la qualité de l’air, pour que la transition énergétique ne soit pas synonyme d’une nouvelle ère d’exploitation minière débridée.

Albert BOMBA

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