Safou : La menace climatique provoque la chute de production au Cameroun

À Andock, dans la région du Centre, les agriculteurs sont désespérés. Leurs plantations de safous, qui étaient autrefois la principale source de revenus, sont en train de mourir sous les effets du changement climatique. Les arbres sont desséchés, sans feuilles ni sève, et les fleurs sont absentes sur les branches.
Dans la localité d’Andock, les agriculteurs sont dans le désarroi face à leurs plantations qui croulent dans les effets du changement climatique. Les arbres sont desséchés, sans feuilles ni sève. Les fleurs censées précéder l’apparition des fruits, sont absentes sur les branches. Pourtant, il y a cinq ans encore, la situation était loin d’être celle que ces agriculteurs affrontent aujourd’hui dans leurs vergers.
Elisabeth Manga, une productrice de safous de 55 ans, se souvient de l’époque où ses plantations étaient florissantes. Elle raconte que la floraison débutait généralement en décembre pour prendre fin en janvier. Puis, s’ensuivait l’apparition des fruits qui atteignaient leur maturité en mai, afin d’être vendus. « Un seul arbre pouvait me donner 300 000 francs CFA (600 USD). Ma production annuelle se chiffrait en millions de francs CFA (des milliers d’USD). Mon mari n’a pas le cacao et il est à la retraite depuis longtemps. Ce sont ces safous qui nous permettaient d’envoyer nos enfants à l’école, surtout que l’enseignement supérieur coûte cher, je ne vous apprends rien. Mais actuellement, ça ne va vraiment pas, les arbres ne produisent plus » a-t-elle affirmé au micro de Mongabay.
Aujourd’hui, la situation demeure dramatique. Les producteurs de safous d’Andock ont essayé toutes sortes de méthodes pour redonner vie à leurs plantations, mais sans succès. Ils ont utilisé des produits chimiques, des fongicides et même des pratiques traditionnelles, mais rien ne semble fonctionner. « Nos aïeux avaient des techniques qui marchaient à leur époque. Lorsqu’un arbre fruitier avait cessé de produire de façon prématurée, ils trouvaient toujours une solution. Il était par exemple question, après plusieurs rites, de faire grimper, sur les arbres concernés, le fils d’une femme originaire du village et n’étant pas allé en mariage. Quelques semaines plus tard, le problème était résolu et l’arbre recommençait à produire. Je maîtrise toutes ces choses, que j’ai déjà essayées sans succès. Je pense que le problème se trouve ailleurs. J’ai aussi essayé certains produits que ma fille m’a conseillé, après ses renseignements à Yaoundé, notamment divers genres de fongicides que j’ai aspergés à plusieurs reprises, rien ne fonctionne », relate Manga.
Henry Koungou, un autre producteur de safous et de cacao à Andock, est également en difficulté après avoir essayé les méthodes traditionnelles et modernes sans succès. « Mes revenus annuels ont diminué d’environ 50 % en raison de la mort progressive de ma plantation de safous », affirme-t-il. « Du haut de mes 64 ans, je pratique l’agriculture depuis mon enfance. Je n’ai toujours vécu que de ça. Donc, je maitrise un peu les produits et autres. J’ai acheté certains fongicides destinés exclusivement aux safous, sans suite. Je me dis que le problème est un peu plus profond. En plus, les vendeurs nous donnent des recommandations qui sont difficiles à respecter. Ils nous disent par exemple d’asperger le produit sur le tronc dès que celui-ci commence à fleurir. Mais s’il ne fleurit pas, on fait comment ? Ou alors d’asperger le produit après une fine pluie. Et s’il n’y a pas une fine pluie ? C’est compliqué », rajoute Koungou au micro de Mongabay.
Les producteurs de safous d’Andock sont désormais contraints de se tourner vers d’autres activités pour survivre. Manga s’est lancé dans la production d’huile de palmiste, tandis que son mari se consacre à la production de vin de palme qu’il transforme ensuite en odontol, une boisson traditionnelle très consommée par les villageois, même si sa production reste interdite dans le pays. Koungou, quant à lui, concentre désormais toute son énergie sur sa plantation de cacao qui, selon lui, est aussi en difficulté à cause des effets du changement climatique.
En continuant à pratiquer d’autres activités, les producteurs de safous d’Andock lancent un appel à l’aide au gouvernement. « C’est vous qui êtes là-bas à Yaoundé et Douala, mon fils ! l’État dit quoi à propos de ça ? Parce que je sais que vous ressentez aussi ce vide de safous là-bas. Les acheteurs viennent ici chaque année, mais depuis quelque temps, ils rentrent bredouilles. Nous n’avons rien à leur vendre, puisque les arbres ne produisent pas » souligne-t-il.
Le Cameroun est un important bassin de production de safous en Afrique, et la perte de ces plantations pourrait avoir des conséquences économiques et sociales importantes. Il est urgent que le gouvernement prenne des mesures pour aider les producteurs de safous d’Andock à redonner vie à leurs plantations.
Selon l’Institut national de la statistique (INS), entre 1990 et 2000, la production annuelle était estimée à 16 000 tonnes. Dans le pays, ce fruit, encore appelé prune, est beaucoup cultivé dans les régions du Centre, du Sud et de l’Est. La production camerounaise est surtout exportée dans la sous-région, notamment au Gabon et en Guinée-Équatoriale. Ce fruit produit au Cameroun est aussi consommé dans certains pays européens comme la France, la Belgique et l’Allemagne.
Albert BOMBA



















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