Secteur du ciment : Le naufrage industriel de Medcem Cameroun à Douala

Inaugurée en grande pompe en 2016 avec l’ambition de bousculer le marché du ciment, l’usine Medcem est aujourd’hui à l’arrêt. Entre approximations administratives, catastrophes climatiques et défauts d’aménagement, retour sur un investissement de 13 milliards FCFA qui prend l’eau.
Le dernier rapport d’évaluation de la Stratégie Nationale de Développement (SND-30) pointe un doigt accusateur : la cimenterie Medcem Cameroun, située dans la zone portuaire de Douala, a cessé ses activités. Cependant, le document officiel reste évasif, évoquant un arrêt sur la période 2020-2025 sans plus de précisions.
Pourtant, la réalité du calendrier semble différente. Selon les informations des sources proches du dossier, le clap de fin effectif aurait retenti en novembre 2023. Ce décalage entre les registres administratifs et la réalité opérationnelle soulève des questions sur le suivi réel des fleurons industriels du pays.
Le climat et l’urbanisme : les bourreaux de l’usine
Pourquoi une usine capable de produire jusqu’à 1 million de tonnes de ciment par an s’est-elle tue ? La réponse est à chercher dans le sol et le ciel de Douala. Le site est victime d’une vulnérabilité structurelle face aux inondations, aggravée par des travaux de génie civil environnants. Des pluies torrentielles ont provoqué l’effondrement de structures de stockage et la destruction de stocks massifs de matières premières. Les travaux réalisés par le Port Autonome de Douala (PAD) ont placé la route à un niveau supérieur à celui de l’usine. Résultat, le site Medcem est devenu un déversoir naturel pour les eaux de ruissellement, inondant jusqu’aux bureaux administratifs. « Dans ces conditions, il n’était plus judicieux de poursuivre les activités », confie une source interne sous couvert d’anonymat.
Un gâchis économique et social
Le projet Medcem était pourtant né sous une bonne étoile. Fruit d’un joint-venture entre le Turc Eren Holding et le groupe camerounais Quifeurou, l’investissement de 13 milliards FCFA promettait 250 emplois directs et 700 emplois indirects ; une concurrence frontale avec les géants Cimencam et Dangote ; un prix attractif de 4 550 FCFA le sac de 50 kg.
Aujourd’hui, le bilan social est lourd. Une grande partie du personnel est au chômage technique, tandis qu’un service minimum tente tant bien que mal de veiller sur des installations à l’abandon.
L’échec des incitations sans suivi
L’affaire Medcem est symptomatique d’un mal plus profond. L’entreprise a bénéficié des larges avantages de la loi de 2013 sur l’investissement privé (exonérations fiscales de 5 à 10 ans). Pourtant, ces cadeaux fiscaux n’ont pas suffi à protéger l’investissement contre les réalités infrastructurelles.
L’industrialisation prônée par la SND-30 ne peut se limiter à l’octroi d’agréments. Elle nécessite un suivi post-investissement rigoureux et une coordination étroite entre les aménageurs (comme le PAD) et les industriels pour garantir la viabilité des sites.
Françoise ESSONO



















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