Trafic de pangolins : La génétique remonte la piste des réseaux criminels en Afrique

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Le pangolin est aujourd’hui le mammifère le plus braconné au monde. Face à l’ampleur de ce trafic international, le “Pangolin Trafficking Project” utilise désormais l’ADN pour cartographier les routes illégales et identifier les zones de braconnage critiques, du Cameroun jusqu’en Asie.

Le projet, porté par des universités de Californie et de Hong Kong, collabore avec des experts locaux comme le Pr Eric Bertrand Fokam de l’Université de Buéa. L’objectif est de transformer chaque saisie en une source d’information stratégique. La génétique permet de relier les écailles saisies sur les marchés mondiaux à leur lieu d’origine exact en forêt. Selon le Pr Eric Bertrand Fokam, ces données orientent plus efficacement les interventions des éco-gardes et des services de sécurité sur le terrain. Animal inoffensif et incapable de se défendre, le pangolin est une cible facile pour le braconnage à grande échelle. Ses écailles et sa chair alimentent la pharmacopée traditionnelle, l’industrie cosmétique et les marchés alimentaires, principalement au Viêt Nam et en Chine.

Des chiffres qui donnent le vertige

Le dernier rapport de la CITES publié le 21 février 2026, révèle l’ampleur du désastre écologique. Entre 2016 et 2024, plus de 2 200 saisies ont été enregistrées dans 49 pays, représentant environ 553 000 pangolins ou équivalents en écailles. Le Cameroun, le Nigeria, le Mozambique et la République du Congo sont identifiés comme les principaux points de départ ou de transit vers l’Asie.

Révélations sur les routes du trafic en Afrique centrale

Une étude des chercheurs du Pangolin Trafficking Project, portant sur 562 pangolins publiée dans la revue Scientific Reports en 2024 a permis de démanteler, sur le papier, les circuits d’approvisionnement complexes à l’intérieur du continent. Les analyses montrent que certains marchés camerounais vendent des pangolins capturés à plus de 600 kilomètres, notamment en provenance de Guinée équatoriale. Établie à partir de 111 spécimens sauvages, cette carte sert de base de données pour identifier instantanément la provenance de toute nouvelle saisie. L’identification précise de l’origine permet aux États de collaborer pour démanteler les réseaux criminels qui traversent les frontières.

Un outil de décision stratégique

Pour le Pr Fokam, l’apport de la science est déterminant pour passer d’une lutte réactive à une stratégie proactive. « C’est un rôle clé que joue la science, car l’identification de l’origine des pangolins, victimes de trafic, permet de renforcer la lutte transfrontalière contre la criminalité liée aux espèces sauvages, en repérant les zones critiques de braconnage et en ciblant plus efficacement les interventions des autorités », conclut-il.

Pour le Cameroun et ses voisins, la protection du pangolin n’est pas seulement un enjeu de conservation, c’est un combat pour la souveraineté de leurs ressources face à une criminalité transfrontalière organisée.

Albert BOMBA

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