Biodiversité : Ces plantes camerounaises que l’art veut sauver de l’oubli

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À travers l’exposition photographique « Le Déclic », l’artiste-documentaliste Christina Abena invite le public à découvrir des plantes rares, menacées et parfois endémiques du Cameroun. Une démarche à la croisée de l’art, de la science et de la sensibilisation à la conservation.

Certaines espèces végétales peuvent côtoyer les populations sans jamais attirer leur attention. C’est précisément cette forme d’invisibilité que Christina Abena cherche à briser avec « Le Déclic », une exposition photographique consacrée à des plantes rares et menacées présentes au Cameroun. Présentée à A(fro)TOPOS Cultural Lab, à Yaoundé, du 1er octobre au 23 décembre 2026, l’exposition place ces végétaux au centre du regard.

Pour l’artiste-documentaliste, le projet est né d’une découverte personnelle. Formée dans le domaine de l’environnement et habituée au travail de terrain, elle a rencontré au cours de ses recherches des espèces dont elle ignorait jusqu’alors l’existence et surtout la vulnérabilité. Cette rencontre a provoqué ce qu’elle appelle son « déclic », transformant progressivement son intérêt scientifique en démarche photographique. « Nous devons protéger ces espèces. Seulement, nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne connaissons pas », explique Christina Abena. À travers son objectif, elle veut donc rendre visibles des formes de vie qui restent largement méconnues du grand public.

Des espèces confinées à des territoires restreints

Le projet s’intéresse à huit espèces menacées, dont certaines sont présentes dans des espaces géographiques très limités. Le dossier de l’exposition souligne notamment le cas de certaines Podostemaceae, des plantes liées aux roches des rapides et des chutes d’eau. La modification de leurs habitats peut ainsi compromettre directement leur survie.

Christina Abena a notamment mené son travail sur le pont de Kikot, dans les massifs de Ngovayang, au Parc national de Mpem et Djim ainsi que sur la Sanaga. Ces différents sites lui ont permis de photographier les espèces dans leurs milieux naturels et de documenter les espaces dont dépend leur existence.

Mais derrière les portraits végétaux se dessine une autre réalité : celle des pressions exercées sur les habitats. Agriculture, défrichement, carrières, incendies, urbanisation ou encore projets de barrages figurent parmi les transformations susceptibles d’affecter ces milieux fragiles. Le dossier souligne qu’une espèce ne disparaît pas isolément : avec elle, c’est tout un ensemble de relations entre l’eau, le sol, la lumière, le territoire et les autres organismes vivants qui peut être fragilisé.

Photographier pour apprendre à voir

« Le Déclic » ne se présente pas comme une simple exposition documentaire. Christina Abena photographie les plantes comme des portraits, en accordant une attention particulière à leurs formes, leurs textures, leur lumière et leur environnement. L’objectif est de transformer une connaissance scientifique parfois abstraite en expérience visuelle accessible au public.

Le parcours proposé est construit autour de quatre étapes : l’ignorance, la rencontre, la fragilité et le soin. Le visiteur est d’abord confronté à des espèces qu’il peut ne jamais avoir remarquées, avant de découvrir leurs caractéristiques, leurs habitats et les menaces qui pèsent sur elles. La dernière étape ouvre sur la possibilité d’agir : connaître, transmettre, protéger et participer.

Au-delà des photographies, la programmation prévoit également des visites guidées, des rencontres thématiques, des ateliers et des échanges avec les écoles, les universités, les chercheurs, les ONG et le grand public. L’ambition est de créer un espace où création artistique, connaissance scientifique et sensibilisation écologique peuvent se rencontrer.

Pour Christina Abena, l’enjeu dépasse donc la photographie. Il s’agit de faire évoluer le regard porté sur un patrimoine végétal souvent ignoré. Car, comme le résume la démarche curatoriale de Max Mbakop, « avant de protéger, il faut connaître. Avant de connaître, il faut parfois apprendre à voir ».

Albert BOMBA