JOURNÉE DU PATRIMOINE CULINAIRE EN VOIE DE Disparition : « Ce que nos grands-mères savent, aucun livre ne l’a écrit »

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En prélude à la Journée du patrimoine culinaire, du 13 au 15 octobre 2026 au Centre International de l’Artisanat, la CRESPAC est allée à la rencontre des aînées du centre LAFTA. Ndolè d’antan, condiments oubliés, gestes qui s’effacent : leurs voix donnent le ton d’un événement placé sous le haut patronage du Ministère du Tourisme et des Loisirs.

Avant le village, la parole des anciennes

Avant d’ouvrir ses portes au public, la CRESPAC a fait une descente au centre de l’association LAFTA, où des personnes âgées suivent un programme de réadaptation. L’équipe y a recueilli l’avis de nos grands-mères sur la menace qui pèse sur les mets d’autrefois. Autour d’une natte et de quelques marmites évoquées en souvenir, la conversation a vite pris la forme d’un inventaire de ce qui disparaît.

« On ne cuisine plus, on réchauffe »

Le constat revient dans toutes les bouches. « Aujourd’hui, les enfants veulent le riz et le spaghetti parce que c’est vite fait. Mais le kondre bien mijoté, le mbongo tchobi pilé à la main, qui en prépare encore ? », s’interroge Mama Thérèse, 78 ans. Pour Mama Joséphine, l’urbanisation a fait le reste : « À Yaoundé, on n’a plus de bois, plus de cour, plus de temps. Alors la recette reste dans la tête de la grand-mère, et elle s’en va avec elle. »

Le feu, la pierre, les feuilles : des gestes qui font le goût

Les aînées insistent sur ce que le mixeur et la gazinière ne remplacent pas. « Le koki ou le mets de pistache cuit dans les feuilles de bananier, ça n’a pas le même parfum que dans le papier aluminium », assure l’une d’elles. Une autre regrette la pierre à piler et la marmite en terre, qui donnaient aux sauces leur onctuosité. Piler, tamiser, fumer : ces gestes, rappellent-elles, s’apprennent en regardant, pas en lisant.

Conserver sans frigo : la science des anciens

Sécher le poisson, fumer la viande, fermenter le manioc, conserver les graines : Mama Hélène se souvient d’une époque où rien ne se perdait. « Chez nous, on stockait pour la saison sèche. Maintenant on achète tout au marché, et on jette ce qui reste. » Ces techniques économes, estiment les aînées, répondent déjà au gaspillage et à la cherté de la vie dont se plaignent aujourd’hui les ménages.

Transmettre avant qu’il ne soit trop tard

Toutes réclament la même chose : que les jeunes reviennent à la cuisine. « Qu’ils viennent s’asseoir à côté de nous, qu’ils nous regardent faire, qu’ils goûtent », résume Mama Thérèse. Elles saluent l’initiative de la CRESPAC et se disent prêtes à partager recettes, proverbes et rituels, à l’image de ces repas qui accompagnaient autrefois un mariage, un deuil ou une naissance.

Un événement pour faire de la mémoire une source d’avenir

Ces témoignages éclairent le sens de la Journée : alerter sur la disparition des plats, produits et savoir-faire, mais surtout proposer des solutions concrètes pour les sauvegarder. Du 13 au 15 octobre, le public retrouvera au Centre International de l’Artisanat :

Le village du patrimoine culinaire : cuisiniers, artisans, producteurs et associations réunis pour des échanges entre générations et communautés.

Les produits du terroir made in Cameroun : épices, tubercules, huiles, condiments et boissons traditionnelles, vitrine pour les producteurs locaux.

Feu et modes de cuisson : bois, braise, étouffée, feuilles et marmites en terre.

Gestes et savoir-faire ancestraux : piler, moudre, tamiser, râper, emballer, fumer.

Conservation, semences et produits en voie de disparition : sécher, fumer, saler, fermenter, et sauver les semences locales.

La mémoire des anciens : rencontres où les aînés racontent recettes, anecdotes et rituels.