Maladies à transmission vectorielle : La recherche au cœur des stratégies pour faire face aux défis climatiques

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Réunis du 27 au 28 octobre 2026 à Yaoundé, à l’occasion de la première rencontre régionale francophone du CSID-Net et de la quatrième conférence scientifique de PAMCA, les acteurs de la recherche entendent renforcer les collaborations et promouvoir des solutions innovantes pour accélérer l’élimination des maladies transmises par les vecteurs.

Les changements climatiques compliquent davantage la lutte contre les maladies à transmission vectorielle en Afrique. L’évolution des températures et des régimes de précipitations favorise, dans certaines conditions, la multiplication des moustiques et modifie leur répartition géographique. Face à cette menace, la communauté scientifique africaine est appelée à renforcer ses capacités de recherche, de surveillance et d’intervention. C’est l’un des principaux enjeux de la rencontre organisée du 27 au 28 octobre 2026 à Yaoundé, autour du thème : « Maladies à transmission vectorielle et changements climatiques : défis et innovations pour progresser vers les objectifs d’élimination ».

Cette rencontre constitue un cadre d’échanges entre chercheurs, spécialistes de la lutte antivectorielle, institutions et partenaires engagés dans la prévention des maladies infectieuses sensibles aux variations climatiques comme Impact Santé Afrique.

Pour le Pr Christophe Nkondjio, président de PAMCA, l’enjeu dépasse les frontières nationales. « Avec les changements climatiques, il est possible que les maladies à transmission vectorielle gagnent en intensité. Il devient important pour nous d’avoir une démarche proactive pour ces défis », souligne-t-il. Il estime que la lutte contre ces affections ne peut plus reposer sur les efforts isolés des États ou des organismes. « La solidarité entre chercheurs et États n’est plus seulement une exigence morale, elle constitue une exigence stratégique et une exigence de survie », insiste-t-il.

Cette nécessité de mutualiser les compétences est également défendue par un représentant du CSID-Net, qui attire l’attention sur les conséquences des modifications du régime des pluies. « Pendant les pluies et les longues saisons pluvieuses, les moustiques ont plus de temps pour grandir et plus d’espaces pour vivre. En Afrique centrale et au Cameroun aussi, nous voyons les conséquences de cela dans nos infrastructures et dans nos communautés », relève-t-il. D’où l’intérêt de développer des outils de surveillance et de prévision capables d’anticiper les risques sanitaires liés au climat.

Le CRID mise sur les données scientifiques et l’innovation

Dans cette dynamique, le Centre de recherche sur les maladies infectieuses (CRID) entend apporter une contribution axée sur la production de données probantes et le développement de technologies adaptées aux réalités africaines. Son directeur exécutif, Pr Charles Wondji rappelle que les maladies transmises par les moustiques et d’autres vecteurs continuent de provoquer environ 700 000 décès chaque année dans le monde. Malgré les progrès enregistrés, le fardeau du paludisme demeure particulièrement élevé au Cameroun. « C’est un moment clé pour fédérer nos énergies, réfléchir ensemble et voir comment nous pouvons contribuer à mieux lutter contre les maladies à transmission vectorielle, principalement celles transmises par les moustiques », explique-t-il. Pour le responsable, la recherche doit notamment permettre d’évaluer l’efficacité des outils de prévention et de suivre l’évolution des vecteurs face aux nouvelles méthodes de lutte.

Parmi les pistes explorées par le CRID figurent les répulsifs spatiaux, des dispositifs destinés à diffuser continuellement des substances insecticides dans les habitations pendant une période pouvant atteindre 12 mois. À la suite d’une recommandation provisoire conditionnelle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’institution a obtenu un financement international pour produire des données scientifiques sur les conditions d’utilisation de cette technologie au Cameroun et en Afrique. Les recherches devront notamment déterminer les possibilités de l’associer à la chimioprévention du paludisme saisonnier ou aux moustiquaires imprégnées.

Le renforcement des capacités technologiques constitue un autre axe d’intervention. Grâce à une subvention de la Fondation Gates, le CRID a mis en place une plateforme génomique permettant de réaliser différents types de séquençage, notamment le séquençage ciblé et celui de nouvelle génération. Cette infrastructure doit faciliter la production de données en temps réel et accompagner les chercheurs dans leurs travaux. « Nous pouvons accompagner la communauté scientifique à générer des données en temps réel et accélérer la prise de décision », précise son directeur exécutif.

Faire de l’Afrique centrale un pôle de recherche

Au-delà des initiatives nationales, les organisateurs ambitionnent de renforcer les échanges scientifiques entre les pays africains, particulièrement en Afrique centrale où les données disponibles sur les maladies vectorielles restent insuffisantes. Pour le directeur exécutif du CRID, cette situation constitue un frein à l’élaboration de stratégies adaptées. « Lorsqu’on arrive au niveau de l’Afrique centrale, qu’est-ce qu’il y a souvent en matière de données ? Il y a un vide, pas d’information », déplore-t-il.

La rencontre de Yaoundé entend ainsi favoriser le partage des connaissances autour de plusieurs axes : la résistance des vecteurs aux insecticides, leur bioécologie, l’approche « Une seule santé », la modélisation, les innovations technologiques, les maladies émergentes et les liens entre biodiversité et changements climatiques.

Pour le président de PAMCA, Pr Christophe Nkondjio, cette conférence doit surtout poser les bases d’une coopération durable et performante entre les différents acteurs. « Elle doit nous permettre de poser les fondements d’une collaboration solide, cohérente, plus performante et d’avant-garde, adaptée aux défis de notre temps », affirme-t-il.

À travers cette mobilisation scientifique, PAMCA Cameroun et ses partenaires entendent contribuer à faire du Cameroun un moteur régional de la lutte antivectorielle. Une ambition qui repose sur la complémentarité des expertises, l’innovation et la transformation des résultats de la recherche en interventions concrètes au bénéfice des populations.

Albert BOMBA