23ème congrès de l’AAEA : L’appel de Yaoundé pour une souveraineté hydrique africaine

Au cœur du 23ème congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), une nouvelle ère se dessine. Entre plaidoyer politique auprès de l’Union Africaine et projets d’infrastructures pharaoniques au Cameroun, le secteur de l’eau quitte le domaine du social pour devenir le pivot de la transformation économique du continent.
L’AAEA ne veut plus seulement être un observateur technique, mais un acteur politique majeur. Depuis la tribune de Yaoundé, l’association a lancé un message clair : l’eau doit être intégrée aux cadres stratégiques permanents de l’Union Africaine (UA). L’objectif est d’obtenir une reconnaissance institutionnelle renforcée, assortie de financements pérennes. Pour l’AAEA, l’Afrique ne peut plus « subir son destin hydrique ». Elle doit le gouverner. Ce changement de paradigme considère l’eau non plus comme une « dépense sociale », mais comme un investissement stratégique au même titre que l’énergie ou la défense.
Le Cameroun, laboratoire des solutions à grande échelle
Le choix de Yaoundé pour ce congrès n’est pas fortuit. Le pays hôte multiplie les projets d’envergure, sous l’impulsion du Président Paul Biya, pour répondre à l’explosion démographique urbaine. Dans son discours d’ouverture du congrès de l’AAEA, Dr Blaise MOUSSA, président de l’association et par ailleurs directeur général de la Camwater a annoncé qu’une convention de financement de 103 milliards de FCFA sera signée durant ce congrès. Elle permettra d’étendre le réseau de transport et de stockage vers les agglomérations périphériques, avec un début de travaux sous 45 jours.
La ville de Yaoundé dispose désormais du PAEPYS, l’une des infrastructures les plus imposantes du continent avec une capacité actuelle de 300 000 m³ d’eau par jour et un potentiel extensible évalué à 400 000 m³. Douala, la capitale économique du Cameroun n’est pas en reste. De mégaprojets sont en ligne de mire. Le gouvernement a annoncé la construction d’une infrastructure miroir de celle de Yaoundé, capable de produire 400 000 m³ par jour. En attendant, le projet Japoma (achevé à 70 %) devrait injecter 70 000 m³ supplémentaires dès juillet 2026.
Solidarité et Performance : Un modèle social renforcé
Le déploiement technique s’accompagne d’une stratégie d’accès pour tous notamment, une campagne d’envergure avec un objectif d’un million de branchements sur 5 ans (200 000 pour la phase 1) ; des bornes fontaines avec un lancement de 1 000 points d’eau publics pour garantir la solidarité avec les couches les plus vulnérables ; une réforme par la performance (P4R) avec une approche novatrice où l’appui financier de l’État aux opérateurs est désormais conditionné par leurs résultats réels sur le terrain.
La sécurité hydrique sur 10 ans avec le projet SEA WASH
Le soutien de la Banque mondiale via le projet SEA WASH vient sceller une vision à long terme. Ce programme décennal vise à sécuriser l’eau et l’assainissement non seulement dans les grandes métropoles, mais aussi dans les zones périurbaines et rurales, là où le besoin de dignité humaine est le plus criant. Le message de Yaoundé est clair : l’eau est le socle de la résilience africaine. Le 23ème congrès marque ce “point de bascule” où l’expertise technique rencontre enfin la volonté politique de fer.
Françoise ESSONO



















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