
À travers un nouveau Manuel de Procédures du Système de Gestion Environnementale et Sociale, le gouvernement entend concilier modernisation des infrastructures électriques, protection des populations et préservation de l’environnement.
Le Cameroun poursuit la transformation de son secteur électrique en intégrant davantage les préoccupations environnementales et sociales dans la mise en œuvre de ses projets énergétiques. Dans le cadre du Programme de Réformes du Secteur de l’Électricité au Cameroun (PRSEC-PforR), soutenu par la Banque mondiale, le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a élaboré un Manuel de Procédures du Système de Gestion Environnementale et Sociale (SGES), destiné à encadrer l’exécution des investissements du secteur.
À travers cet outil stratégique, les autorités camerounaises ambitionnent de garantir que la modernisation du réseau électrique national s’effectue dans le respect des populations, des travailleurs et de l’environnement, tout en favorisant un développement plus inclusif et durable.
Anticiper les risques liés aux projets électriques
La réforme du secteur électrique engagée par le gouvernement prévoit d’importants investissements dans la modernisation des infrastructures, l’extension des réseaux de distribution et l’introduction de nouvelles technologies destinées à améliorer la qualité du service offert aux usagers.
Toutefois, ces projets peuvent engendrer des impacts environnementaux et sociaux qu’il convient d’anticiper et de maîtriser. C’est dans cette perspective que le Manuel de Procédures du SGES met en place un mécanisme de sélection préalable des projets. Cette étape permet d’identifier les activités susceptibles de présenter des risques importants pour les populations ou pour les écosystèmes naturels.
Les projets jugés incompatibles avec les exigences environnementales et sociales du programme peuvent ainsi être exclus dès la phase de planification, réduisant les risques de conflits ou de dégradations environnementales.
Renforcer la sécurité sur les chantiers
Le dispositif accorde également une place importante à la santé et à la sécurité des travailleurs. Les entreprises intervenant dans le cadre des projets du PRSEC-PforR sont tenues de respecter des normes strictes en matière de prévention des risques professionnels. Elles doivent notamment fournir les équipements de protection individuelle nécessaires et mettre en œuvre des procédures adaptées afin de limiter les accidents sur les chantiers.
Cette approche vise à instaurer une culture de prévention durable au sein des entreprises du secteur énergétique et à améliorer les conditions de travail des personnels impliqués dans les projets.
Une gestion plus responsable des déchets
Le Manuel de Procédures du SGES introduit par ailleurs des mesures spécifiques relatives à la gestion des déchets produits par les activités du secteur électrique.
Une attention particulière est accordée aux déchets électroniques, aux équipements hors d’usage et aux substances potentiellement dangereuses pouvant présenter des risques pour l’environnement ou la santé publique.
À travers ces dispositions, le MINEE souhaite réduire l’empreinte écologique des projets énergétiques et promouvoir des pratiques conformes aux principes du développement durable. Le système prévoit également des mécanismes permanents de suivi, d’évaluation et de contrôle permettant d’améliorer continuellement les performances environnementales et sociales des interventions réalisées sur le terrain.
Les populations au centre de la réforme
Au-delà des aspects techniques, le nouveau cadre de gestion place les communautés au cœur du processus de transformation du secteur électrique. Le manuel encourage la participation active des populations concernées à travers des consultations régulières avec les différentes parties prenantes locales. Cette démarche vise à renforcer la transparence des projets, à mieux prendre en compte les préoccupations des communautés et à favoriser leur adhésion aux réformes engagées.
Les populations disposent également d’un Mécanisme de Gestion des Plaintes qui leur permet de signaler toute difficulté ou tout dysfonctionnement lié à l’exécution des projets. Accessible gratuitement, ce dispositif garantit un traitement transparent des réclamations dans des délais définis et contribue à prévenir les tensions susceptibles d’apparaître autour des investissements réalisés.
Tolérance zéro contre les violences basées sur le genre
L’une des innovations majeures du Manuel de Procédures du SGES réside dans l’intégration d’un dispositif spécifique de prévention et de gestion des Violences Basées sur le Genre (VBG), de l’Exploitation et des Abus Sexuels (EAS) ainsi que du Harcèlement Sexuel (HS).
Reposant sur le principe de tolérance zéro, ce mécanisme prévoit la mise en place de procédures de signalement sécurisées, la protection de la confidentialité des victimes, l’accompagnement des survivantes et l’application de sanctions contre les auteurs de comportements répréhensibles. Cette dimension reflète la volonté des autorités de faire de la protection des droits humains une composante essentielle de la gouvernance des projets énergétiques.
Favoriser l’inclusion économique des jeunes et des femmes
Le programme accorde également une attention particulière à l’inclusion sociale et économique. Le SGES encourage la promotion de l’emploi local ainsi qu’une participation accrue des femmes et des jeunes aux opportunités économiques générées par les projets du secteur électrique. L’objectif est de faire de la réforme énergétique un véritable moteur de développement local, de création d’emplois et de réduction des inégalités.
Cette approche vise notamment à renforcer les capacités économiques des groupes souvent sous-représentés dans les grands projets d’infrastructures et à assurer une répartition plus équitable des bénéfices issus des investissements publics.
Une vision durable de la transition énergétique
À travers la mise en œuvre du Manuel de Procédures du SGES, le ministère de l’Eau et de l’Énergie affirme sa volonté d’inscrire la transformation du secteur électrique dans une logique de développement durable. Pour les autorités, la réussite de la réforme ne doit pas être évaluée uniquement à l’aune des performances techniques ou de l’amélioration de l’offre énergétique. Elle doit également se mesurer à sa capacité à protéger les populations, à préserver les ressources naturelles et à promouvoir une croissance inclusive.
En intégrant les dimensions environnementales, sociales et économiques au cœur de ses interventions, le Cameroun se dote ainsi d’un cadre moderne de gouvernance destiné à accompagner durablement la modernisation de son système électrique et à répondre aux défis du développement énergétique du pays.
Jean NDI



















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