Agro-industrie : Le groupe Fotso Jean II lance un projet de 39 milliards FCFA pour révolutionner la filière palmier à huile

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Face au défi structurel de la souveraineté alimentaire, le secteur privé camerounais passe à l’offensive. Le groupe Fotso Jean II, acteur majeur de la transformation des oléagineux, vient de sceller un partenariat stratégique avec l’État pour sécuriser son approvisionnement en matière première et réduire la dépendance du pays aux importations d’huile de palme brute.

Le 19 mars 2026, un protocole d’accord (MoU) historique a été signé à Yaoundé entre le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) et la société SCS ALID, filiale du groupe Fotso. Ce projet ambitieux prévoit l’aménagement de plantations industrielles sur une superficie de 25 000 hectares dans la localité de Yoko, région du Centre.

L’accord repose sur un partage clair des responsabilités. L’État camerounais s’engage à garantir l’accès au foncier, à faciliter les démarches administratives locales et à valider les aspects techniques du projet ; le groupe Fotso, représenté par la présidente de son conseil d’administration, Edith Rachelle Fotso, et son directeur général, Patrick Fotso, mobilisera un investissement colossal de 39,4 milliards FCFA.

Ce financement, soutenu par des partenaires de poids comme la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), servira non seulement à la création des plantations mais aussi au développement des infrastructures de transformation industrielle associées.

Vers une réduction massive des importations

Le Cameroun traverse une crise de disponibilité de l’huile de palme brute. Selon l’Association des Raffineurs des Oléagineux du Cameroun (ASROC), les besoins annuels culminent à 1,18 million de tonnes, alors que la production nationale plafonnait à environ 447 000 tonnes en 2024. Ce déficit contraint les industriels à importer massivement d’Asie ou d’Afrique de l’Ouest.

L’impact attendu du projet SCS ALID est majeur. Les premières récoltes sont prévues dès la 6ème année avec 60 000 tonnes de noix. La pleine maturité devrait être atteinte à la 8ème année, avec un potentiel de 216 000 tonnes d’huile brute. Egalement, avec un impact macroéconomique, une contribution directe à la réduction d’environ 40 % des importations nationales actuelles est prévue. « Les options retenues dans la Stratégie de Développement du Secteur Rural 2020-2030 visent à accroitre la production d’huile de palme de 600 000 tonnes en 2030. Cette dynamique vise à réduire le déficit structurel d’huile de palme, ceci dans le but ultime de mettre à la disposition des industries utilisatrices, la matière première de qualité en quantités suffisantes pour impulser l’économie agricole locale », a déclaré Gabriel Mbairobe

Une stratégie d’intégration verticale

Pour le groupe Fotso Jean II, ce projet est le chaînon manquant d’une stratégie d’intégration industrielle réussie. Déjà propriétaire de la marque d’huile raffinée Star Oil et de la Société camerounaise de savonnerie (SCS), le groupe a récemment renforcé ses capacités de transformation avec une nouvelle raffinerie à Douala capable de traiter 500 tonnes par jour.

En devenant producteur de sa propre matière première, le groupe sécurise non seulement ses marges face à la volatilité des cours mondiaux, mais il s’impose également comme un pilier de la nouvelle économie agricole camerounaise, capable de fournir des huiles de qualité en quantités suffisantes pour le marché local et sous-régional.

Françoise ESSONO

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