Désenclavement des routes du Grand Nord : Le cri d’alarme de la Sodecoton face à la sous-compensation de l’État

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Le Directeur Général de la Sodecoton, Mohammadou Bayero, pointe du doigt un déficit de financement chronique dans l’entretien des pistes rurales. Alors que l’entreprise assure la maintenance de milliers de kilomètres pour garantir la survie de la filière, l’accompagnement financier de l’État est jugé largement insuffisant.

L’effort consenti par le géant du coton camerounais pour maintenir l’accessibilité des zones de production pèse lourdement sur sa trésorerie. Sur le plan financier, il chiffre l’effort à environ 6,5 milliards FCFA pour une compensation publique limitée à 2 milliards FCFA. La différence, soit 4,5 milliards FCFA, constitue selon lui une sous-compensation récurrente au regard du volume de pistes entretenues et des coûts associés.

En 2007, l’allocation via les fonds Contrat de désendettement et de développement (C2D) alloué par le Ministère des travaux public, dépassait les 4 milliards FCFA, contre des engagements ponctuels de seulement 200 millions FCFA signés en 2022 pour des périmètres restreints. Ces engagements concerne l’entretien de 467 km de routes cotonnières dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord.

Une mission de service public à bout de souffle

La Sodecoton ne se contente pas de produire du coton, elle pallie les carences en infrastructures dans des régions souvent enclavées. Dans le Nord et l’Extrême-Nord, plus de 9 000 km de pistes entretenus chaque année. À ce jour, 7 000 km ont déjà été remis en état pour la campagne actuelle, il reste environ 2 500 km à couvrir. Le Directeur Général de la Sodecoton déplore que ces missions d’intérêt général, essentielles au désenclavement des populations, ne soient pas rétribuées à leur juste valeur par le ministère des Travaux publics. « Nous entretenons plus de 9 000 km de pistes chaque année pour désenclaver toutes les trois régions septentrionales, moins l’Adamaoua parce que nous sommes présents sur une toute petite partie de la Vina et nous ne sommes pas présents dans le Logone et Chari », affirme-t-il.

Un géant national au cœur de la survie de 3 millions de personnes

Depuis la renationalisation en 2025 (rachat des parts de Geocoton pour 46 milliards FCFA), la Sodecoton est plus que jamais un pilier de l’économie camerounaise. A ce jour, l’État détient désormais 89 % du capital. L’entreprise emploie 6 000 personnes (dont 2 500 permanents) et encadre 150 000 producteurs. On estime que 3 millions de Camerounais vivent directement ou indirectement de l’activité cotonnière dans le septentrion.

L’état des routes est le nerf de la guerre ; sans pistes praticables, l’évacuation du coton vers les usines d’égrenage devient impossible, menaçant les revenus des paysans et la compétitivité de l’entreprise.

Françoise ESSONO

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