Lionnes Indomptables : Ce que le sacre peut changer

En remportant pour la première fois la Coupe d’Afrique des nations féminine, le Cameroun n’a pas seulement décroché un trophée. Le sacre des Lionnes remet au premier plan une question plus profonde : comment transformer cette victoire historique en progrès durable pour les femmes, les jeunes filles et toute une filière sportive ?
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Le 16 août 2026 restera comme une date majeure dans l’histoire du sport camerounais. À Rabat, les Lionnes Indomptables ont dominé le Malawi (3-0) et remporté, pour la première fois, la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Après trois finales perdues, en 2004, 2014 et 2016, le Cameroun décroche enfin le titre continental.

Mais au-delà du trophée, des buts de Marie Ngah Manga et de la ferveur qui accompagne le retour des championnes au pays, cette victoire raconte une autre histoire : celle d’un football féminin qui cherche depuis plusieurs années à se structurer et à gagner sa place dans un environnement sportif encore largement dominé par les hommes.

La question qui se pose désormais n’est donc plus seulement de savoir comment les Lionnes ont gagné. Mais ce que cette victoire peut changer.

Une victoire qui arrive après des années de reconstruction

Le sacre camerounais n’est pas né de nulle part. Pour la première fois, le Cameroun disposait notamment d’un groupe dans lequel le championnat national occupait une place significative. Sur les 26 joueuses retenues pour la CAN 2026, *sept évoluaient dans la Guinness Super League*, selon une analyse publiée avant la finale. Plusieurs venaient des clubs de tête du championnat, dont le FC Ebolowa, Lékié FF, Dja Sport Academy et les Amazones FAP.

Cette présence du vivier local est loin d’être anecdotique. Elle montre que la professionnalisation progressive du championnat commence à produire des résultats visibles au niveau continental. On a la Guinness Super League qui compte actuellement 12 clubs, selon le règlement de la compétition 2025-2026 publié par la FECAFOOT. C’est dire que le partenariat conclu entre la FECAFOOT et Guinness en 2020 a également apporté des ressources nouvelles au championnat. Selon Flashscore, l’accord représentait alors près de 278,5 millions de FCFA par saison, avec des dotations destinées aux clubs et à la Fédération.

Ces chiffres racontent quelque chose d’essentiel : le talent ne suffit pas. Pour qu’une joueuse devienne une athlète de haut niveau, il faut un championnat, des clubs, des entraîneurs, des infrastructures, des moyens financiers et un environnement permettant de pratiquer régulièrement.

Valentine Nguélé : un symbole au-delà du banc

En juin dernier, Valentine Nguélé est devenue la première femme nommée sélectionneuse principale des Lionnes Indomptables. Sa nomination avait été présentée comme une avancée symbolique pour la reconnaissance des compétences féminines dans le football camerounais. Et deux mois plus tard, elle conduit l’équipe nationale au sommet du football africain.

Une jeune fille qui regarde aujourd’hui les images de Valentine Nguélé sur le banc des Lionnes ne voit plus seulement une entraîneuse. Elle voit une possibilité : celle qu’une femme puisse diriger une équipe nationale au plus haut niveau et remporter un titre continental.

C’est précisément l’une des dimensions que les Nations unies mettent en avant lorsqu’elles parlent du sport comme outil d’égalité : les femmes et les filles qui évoluent dans le sport peuvent contribuer à faire évoluer les normes sociales et devenir des modèles pour les générations suivantes.

Le sport féminin, un enjeu de l’ODD 5

L’Objectif de développement durable n°5, vise l’égalité entre les sexes et l’autonomisation de la femme et de la fille. Appliqué au sport camerounais, cet objectif dépasse la question de savoir combien de femmes jouent au football. Il se pose des questions beaucoup plus concrètes notamment, les filles disposent-elles des mêmes possibilités de formation ? Peuvent-elles accéder aux infrastructures sportives ? Sont-elles suffisamment accompagnées lorsqu’elles choisissent une carrière sportive ? Ont-elles accès aux mêmes opportunités professionnelles et médiatiques ? Et surtout : combien d’entre elles pourront vivre durablement de leur talent ?

L’UNESCO rappelle que le sport peut contribuer à l’autonomisation des femmes et des filles, tout en soulignant la persistance des obstacles liés aux discriminations, au sexisme, au harcèlement et aux inégalités d’accès.

Le sacre des Lionnes offre donc une occasion de faire évoluer le récit : les footballeuses ne doivent plus être regardées uniquement comme des héroïnes occasionnelles lorsqu’elles remportent un titre. Elles doivent pouvoir devenir des professionnelles dans un écosystème durable.

De la médaille à l’emploi : le défi de l’ODD 8

Le football féminin n’est peut-être pas uniquement une activité sportive. Il génère des métiers : joueuses, entraîneuses, préparatrices physiques, kinésithérapeutes, arbitres, journalistes, communicantes, administratrices, analystes vidéo ou encore responsables de clubs. Le développement de cette filière peut donc contribuer à l’ODD 8, consacré au travail décent et à la croissance économique.

Oui, le championnat camerounais donne déjà quelques signes de professionnalisation. Le partenariat avec Guinness a contribué à améliorer la visibilité des rencontres et leur diffusion médiatique. Flashscore rapporte également que les douze clubs de la Guinness Super League bénéficient de soutiens financiers et matériels.

Mais soulignons que la professionnalisation ne peut pas s’arrêter à la sélection nationale. Une championne d’Afrique ne devrait pas être le sommet d’une pyramide fragile. Elle devrait être l’aboutissement visible d’une chaîne solide allant des écoles et centres de formation aux clubs professionnels, puis aux sélections nationales.

Encore faut-il avoir les moyens de grandir

La qualification du Cameroun pour la Coupe du monde féminine 2027 ouvre à cet égard une nouvelle perspective. Elle devrait également apporter des ressources supplémentaires au football camerounais. Selon Flashscore, la dotation minimale liée à la qualification est estimée à 1,5 million de dollars, soit environ 900 millions de FCFA.

La question sera alors celle de l’utilisation de ces ressources. Investir dans les centres de formation ? Améliorer les infrastructures ? Renforcer les salaires ? Développer les compétitions jeunes ? Ce sont les choix effectués aujourd’hui qui déterminent la solidité du football féminin camerounais de demain.

Enfin, il existe une dimension moins quantifiable, mais peut-être tout aussi importante : la représentation. Lorsque les Camerounaises ont célébré leurs championnes, elles ne célébraient pas uniquement onze joueuses et leur staff. Elles célébraient une histoire de réussite féminine devenue visible à l’échelle nationale et continentale.

Le parcours de Monique Ngock, désignée meilleure joueuse de la CAN, ou celui de Michaely Bihina, récompensée comme meilleure gardienne, renforce cette dimension. Le Cameroun a occupé plusieurs places parmi les distinctions individuelles du tournoi. Ces figures peuvent désormais devenir des références pour des générations de jeunes filles qui hésitent encore à entrer dans un terrain de football parce qu’elles ne s’y sentent pas légitimes.

Le sport agit alors comme un espace de transformation culturelle. Il change les représentations. Il rend certaines trajectoires possibles. Il montre que les femmes peuvent occuper la scène, diriger, gagner, être rémunérées pour leur compétence et devenir des modèles.

Et après les célébrations ?

Le premier titre continental des Lionnes constitue une victoire historique. Mais son véritable impact se mesurera dans les années qui viennent.

Si cette Coupe d’Afrique des Nations entraîne davantage de filles vers les clubs, améliore les conditions de formation, attire de nouveaux partenaires, renforce la professionnalisation et permet à davantage de femmes d’accéder aux postes techniques et décisionnels, alors le trophée remporté à Rabat aura produit bien plus qu’une étoile. Il aura contribué à faire progresser l’égalité, l’emploi et l’inclusion. En fait, tout l’enjeu des Objectifs de Développement Durable : transformer les succès ponctuels en changements durables.

Les Lionnes ont remporté une Coupe d’Afrique certes, mais à présent, au Cameroun, reste à gagner le match de l’après-victoire.

 

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