Corne de l’Afrique : El Niño fait craindre un dernier trimestre 2026 plus chaud et plus pluvieux

Les pays de la Corne de l’Afrique se préparent à un dernier trimestre 2026 marqué par des précipitations supérieures aux normales et des températures plus élevées. Les prévisions de l’ICPAC mettent en évidence à la fois des opportunités pour les activités agropastorales et un risque accru d’inondations, de maladies et de perturbations des services essentiels.
La Corne de l’Afrique pourrait connaître une fin d’année 2026 particulièrement humide et chaude. D’octobre à décembre, période qui constitue une saison des pluies majeure pour plusieurs pays de la région, les conditions météorologiques devraient être fortement influencées par le renforcement du phénomène El Niño, auquel pourrait s’ajouter une phase positive du dipôle de l’océan Indien (IOD).
Ces perspectives ont été présentées les 17 et 18 août à Kigali, au Rwanda, à l’occasion du Forum sur les perspectives climatiques de la Corne de l’Afrique, organisé par le Centre de prévision et d’applications climatiques de l’IGAD (ICPAC), en collaboration avec les services météorologiques et hydrologiques nationaux de la région. Les prévisions saisonnières font état d’une probabilité accrue de précipitations supérieures à la normale dans une grande partie de la Corne de l’Afrique. Cette situation pourrait avoir des effets importants sur l’agriculture, l’élevage, les ressources en eau, la santé et la sécurité alimentaire.
Une saison des pluies déterminante pour plusieurs pays
La période d’octobre à décembre revêt une importance particulière dans les régions équatoriales et méridionales de la Corne de l’Afrique. Dans certaines zones de l’Éthiopie, du Kenya et de la Somalie, les précipitations enregistrées durant ces trois mois peuvent représenter jusqu’à 70 % des précipitations annuelles. L’enjeu est également considérable pour le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda, où cette période peut fournir jusqu’à 40 % des précipitations annuelles dans certaines parties des territoires.
Dans ce contexte, l’arrivée de pluies plus abondantes pourrait constituer une opportunité pour les populations rurales. Une meilleure disponibilité de l’eau et une régénération plus importante des pâturages pourraient notamment soutenir l’élevage et améliorer les conditions de production agricole. Les prévisions régionales indiquent ainsi une forte probabilité de conditions plus humides que la normale dans plusieurs zones. Selon l’ICPAC, les probabilités d’augmentation des précipitations atteignent 90 % dans le sud de l’Éthiopie, le centre et le sud de la Somalie ainsi que dans le nord-est du Kenya.
Plus de 400 mm de pluie attendus dans certaines zones
Les projections font également apparaître une forte probabilité d’enregistrer des précipitations saisonnières supérieures à 400 millimètres dans plusieurs territoires. Sont notamment concernés certaines parties du centre et du sud de la Somalie, le centre du Kenya, la région du bassin du lac Victoria, le Burundi, l’ouest du Rwanda ainsi que l’ouest de la Tanzanie. Cette abondance pluviométrique pourrait contribuer à améliorer les réserves en eau et les conditions pastorales. Elle comporte cependant un revers important : lorsque les précipitations deviennent excessives, elles peuvent rapidement transformer un avantage climatique en menace pour les populations.
Les risques d’inondations pourraient notamment augmenter, avec des conséquences potentiellement lourdes sur les vies humaines, les cultures, les infrastructures et les moyens de subsistance. Les fortes pluies pourraient également favoriser la propagation de certaines maladies hydriques et vectorielles et compliquer l’accès aux services de santé et de nutrition.
El Niño et le dipôle de l’océan Indien en renfort
Cette évolution attendue des conditions météorologiques est notamment associée au phénomène El Niño, qui s’est développé et devrait continuer à se renforcer d’ici la fin de 2026. À cette influence s’ajoute celle d’une phase positive du dipôle de l’océan Indien, attendue entre août et octobre. La combinaison de ces deux phénomènes climatiques est généralement associée à une augmentation des précipitations dans certaines parties de la Corne de l’Afrique.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) doit publier sa prochaine mise à jour consacrée à El Niño le 3 septembre 2026. Cette actualisation fournira un cadre de référence à l’échelle mondiale pour accompagner les décisions des gouvernements, des organisations humanitaires et des autres acteurs concernés. Les informations produites par les centres climatiques régionaux et les forums régionaux sur les perspectives climatiques constituent notamment des outils importants pour anticiper les effets du phénomène et préparer les réponses adaptées.
Des températures également supérieures aux normales
Le scénario attendu ne concerne pas uniquement les précipitations. Les prévisions indiquent également une probabilité accrue de températures supérieures à la moyenne dans une grande partie de la région. Les probabilités les plus élevées concernent notamment l’est de la Corne de l’Afrique, avec l’est du Kenya, l’Éthiopie, l’Érythrée, Djibouti et une grande partie de la Somalie particulièrement exposés à cette tendance.
La combinaison de températures élevées et de fortes précipitations pourrait ainsi produire des situations météorologiques contrastées selon les territoires, nécessitant une surveillance renforcée des conditions locales.
Des précédents qui servent de référence
Pour mieux appréhender la situation attendue, les experts de l’ICPAC ont identifié 1997 et 2023 comme années analogues présentant certaines caractéristiques climatiques comparables. Au cours de ces deux années, des conditions plus humides que la normale avaient été observées dans une grande partie de la région durant la période concernée. Ces précédents permettent d’éclairer la préparation, même si les spécialistes rappellent que chaque épisode El Niño possède ses propres caractéristiques.
Les années analogues constituent donc un outil complémentaire d’aide à la planification. La prévision saisonnière publiée pour 2026 demeure toutefois la principale référence pour orienter les décisions concernant les prochains mois.
Anticiper plutôt que subir les conséquences
Face à ces perspectives, l’enjeu consiste désormais à transformer les informations climatiques en mesures concrètes de prévention. Les autorités et les acteurs humanitaires devront notamment surveiller les zones exposées aux inondations, renforcer les systèmes d’alerte précoce et préparer les communautés susceptibles d’être affectées.
Une attention particulière devra également être accordée à la sécurité alimentaire, à la protection des cultures, à la santé publique, à la gestion des ressources hydriques et à la préservation des infrastructures essentielles. Le Forum de Kigali a justement réuni des représentants des dix pays de la région notamment Burundi, Djibouti, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Tanzanie et Ouganda ainsi que des acteurs issus de secteurs fortement dépendants des conditions météorologiques. Agriculture et sécurité alimentaire, élevage, ressources en eau, santé, gestion des risques de catastrophe, action humanitaire, médias et développement figuraient parmi les domaines représentés.
Les services météorologiques appelés à préciser les risques
Les prochaines étapes devraient permettre de traduire les perspectives régionales en informations directement utilisables par les populations et les décideurs. Les services météorologiques et hydrologiques nationaux doivent ainsi publier des prévisions et des avis spécifiques à chaque pays. Cette approche doit permettre de mieux tenir compte des différences locales, car le calendrier des pluies ne sera pas uniforme dans toute la région. Un début de saison précoce ou normal est notamment considéré comme plus probable dans une grande partie de la Somalie, du centre et de l’est du Kenya, du sud de l’Éthiopie ainsi que dans une grande partie de la Tanzanie.
Dans une région régulièrement confrontée aux crises alimentaires, aux déplacements de populations et aux catastrophes liées aux aléas climatiques, l’anticipation apparaît donc comme un levier essentiel. Les nouvelles prévisions de l’ICPAC offrent aux gouvernements et aux partenaires humanitaires une fenêtre pour préparer leurs interventions avant que les éventuels épisodes de fortes pluies et de chaleur ne produisent leurs effets.
L’objectif est désormais de faire de la prévision climatique un outil opérationnel afin de protéger les populations vulnérables, préserver les moyens de subsistance et réduire les conséquences d’un dernier trimestre 2026 qui s’annonce particulièrement contrasté.
Albert BOMBA



















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