Réfugiés du thermomètre : Le Cameroun et l’OIM décryptent les lignes de l’exode climatique

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Les inondations, les sécheresses et la dégradation de l’environnement modifient progressivement les dynamiques migratoires au Cameroun. Pour mieux comprendre ces phénomènes et renforcer les capacités de réponse des pouvoirs publics, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) organise, du 3 au 7 novembre 2026, à Yaoundé et à Ebolowa, un atelier national consacré au renforcement des capacités et à l’harmonisation des données sur la mobilité climatique. La cérémonie d’ouverture est présidée par Paul Tchawa, secrétaire général du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (MINEPDED).

Les conséquences du changement climatique ne se limitent plus aux perturbations des écosystèmes et des activités économiques. Elles influencent également les mouvements de populations, particulièrement dans les zones déjà confrontées à des difficultés socio-économiques et sécuritaires.

Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les épisodes récurrents d’inondations, les périodes de sécheresse et la dégradation des ressources naturelles contribuent à fragiliser les moyens de subsistance des communautés. Ces phénomènes, combinés à d’autres facteurs de vulnérabilité, peuvent contraindre les populations à quitter leurs lieux de résidence, à rechercher de nouvelles opportunités économiques ou à franchir les frontières. Cette évolution impose aux pouvoirs publics de disposer d’informations fiables pour comprendre les facteurs qui déclenchent les déplacements, identifier les populations exposées et anticiper les besoins humanitaires et socio-économiques.

La donnée comme outil d’anticipation des crises

C’est autour de cet impératif que s’articule l’atelier ouvert sous la présidence de Paul Tchawa. L’initiative vise à renforcer les compétences des institutions nationales dans la collecte, l’analyse et l’interprétation des données relatives aux interactions entre changement climatique et mobilité humaine.

Elle permettra notamment de présenter la méthodologie révisée de suivi des flux migratoires mise en place par l’OIM dans le cadre de son Programme Changement climatique et données sur la migration (CCMD). Fondé sur une approche par itinéraires, ce dispositif permet de suivre les mouvements transfrontaliers le long des principaux corridors migratoires et de recueillir des informations sur les profils des migrants, leurs parcours, les facteurs de mobilité ainsi que leurs caractéristiques socio-économiques et leurs besoins en matière de protection.

Ces données constituent un outil d’aide à la décision pour mieux cerner les liens entre les changements environnementaux et les déplacements humains, tout en tenant compte des autres facteurs qui influencent les migrations.

L’autre enjeu majeur porte sur la coordination des producteurs de données. Plusieurs institutions camerounaises, notamment le MINEPDED, l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) et l’Institut national de la statistique (INS), disposent de ressources statistiques et techniques importantes. Mais leur dispersion et leur exploitation insuffisamment intégrée limitent leur contribution à une compréhension globale de la mobilité climatique.

Durant cinq jours, les administrations publiques, les organismes spécialisés, les universités, les centres de recherche, les partenaires internationaux et les organisations de la société civile sont ainsi appelés à travailler à une meilleure harmonisation des systèmes d’information.

Une initiative inscrite dans une stratégie régionale

L’atelier camerounais s’inscrit dans le cadre du Programme Changement climatique et données sur la migration, déployé par l’OIM en Afrique du Nord, de l’Est, de l’Ouest et en Afrique centrale. Conformément à son Plan stratégique 2024-2028, l’organisation entend accompagner les gouvernements et les communautés dans la compréhension des effets du changement climatique et de la dégradation de l’environnement sur la mobilité humaine, tout en renforçant la recherche et les systèmes de données migratoires.

Mis en œuvre dans plus de 17 pays africains, ce programme ambitionne de promouvoir une gestion des migrations fondée sur des données probantes et de réduire les risques de migration irrégulière et de déplacement dans le contexte des catastrophes, des changements climatiques et de la dégradation environnementale. Il concerne les pays d’origine, de transit et de destination situés le long des principales routes migratoires du continent.

Financé par le ministère des Affaires étrangères du Danemark, dans le cadre de la stratégie d’engagement de ce pays auprès de l’OIM pour la période 2023-2026, le programme contribue également à la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ainsi que des Objectifs de développement durable (ODD).

Sa démarche repose sur le renforcement des partenariats entre les gouvernements, les autorités locales, les organisations de la société civile, les communautés économiques régionales, notamment l’IGAD et la CEDEAO, les agences des Nations unies, les universités, les organisations non gouvernementales et le secteur privé. L’objectif est de favoriser le dialogue politique, le partage des connaissances et l’élaboration de solutions durables centrées sur les personnes affectées par les mutations environnementales.

Vers une feuille de route nationale sur la mobilité climatique

Au Cameroun, les travaux porteront également sur l’identification des lacunes statistiques, le partage des données et l’interopérabilité des systèmes d’information. Les participants examineront notamment le prototype du Mécanisme national permanent de collecte des données migratoires et travailleront à la validation des indicateurs destinés au rapport national sur les migrations.

À l’issue de l’atelier, plusieurs résultats sont attendus : une cartographie des données migratoires, climatiques, environnementales et socio-économiques disponibles, des recommandations pour améliorer leur coordination, ainsi que le perfectionnement des outils nationaux de collecte et de gestion des informations.

L’élaboration d’une feuille de route nationale pour la gouvernance des données sur la mobilité climatique constitue également l’un des principaux résultats attendus.

Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse ainsi la simple production de statistiques. Il s’agit de transformer les informations disponibles en instruments d’anticipation, de prévention et de planification, afin de mieux protéger les populations exposées aux risques climatiques et de renforcer leur résilience face aux déplacements induits par les bouleversements environnementaux.

Martial Obiono