ZLECAF : LE PATRONAT CAMEROUNAIS ALERTE SUR LES OBSTACLES À LA COMPÉTITIVITÉ DES ENTREPRISES

0
13

À l’occasion de la 12e édition du Cameroon Business Forum, tenue le 22 octobre 2026 à Douala, le Gecam a interpellé le gouvernement sur les défaillances des infrastructures, le coût de l’énergie, les difficultés de financement et les arriérés de paiement de l’État. Des contraintes qui compromettent la capacité des entreprises à conquérir les marchés africains.

Les entreprises camerounaises risquent de manquer les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) si les obstacles structurels à leur compétitivité ne sont pas rapidement levés. C’est l’alerte lancée par Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), le 22 octobre 2026 à Douala, à l’ouverture de la 12e édition du Cameroon Business Forum (CBF), présidée par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute.

Après six années sans session plénière, cette rencontre constitue une occasion de relancer le dialogue entre le secteur privé et les pouvoirs publics autour des réformes nécessaires à l’amélioration du climat des affaires. Pour le patronat, l’ouverture des marchés africains ne pourra profiter aux opérateurs locaux que si ceux-ci disposent des capacités de production, de financement et d’acheminement nécessaires pour affronter la concurrence.

Au premier rang des préoccupations figure la dégradation du réseau routier. Célestin Tawamba déplore notamment l’état des axes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri. Le trajet entre les deux principales villes économiques et politiques du pays nécessite désormais six à huit heures, tandis que celui vers Bafoussam peut atteindre huit à dix heures. Ces difficultés perturbent le transport des marchandises, allongent les délais de livraison et augmentent les charges supportées par les entreprises.

L’énergie et le financement, autres handicaps majeurs

L’approvisionnement électrique constitue également un frein important à l’activité industrielle. Se référant aux enquêtes de la Banque mondiale, le Gecam indique que 65 % des entreprises camerounaises utilisent des groupes électrogènes pour assurer la continuité de leurs activités. Cette autoproduction leur revient entre 200 et 350 FCFA le kilowattheure, contre des tarifs industriels de 50 à 99 FCFA sur le réseau électrique.

Les données de l’enquête Enterprise Surveys 2024 de la Banque mondiale confirment l’ampleur du problème. Sur les 615 entreprises formelles interrogées, 93,3 % déclarent avoir subi des interruptions d’électricité, avec une moyenne de 10,4 coupures par mois. À cette contrainte s’ajoute l’accès difficile au crédit. Selon la même enquête, 40,6 % des entreprises interrogées identifient le financement comme leur principal obstacle. Le patronat dénonce également les retards de règlement des factures dues par l’État à ses fournisseurs, qui fragilisent davantage la trésorerie du secteur privé.

Sur le plan fiscal, Célestin Tawamba s’inquiète de la progression de 12,5 % de l’objectif de recettes fiscales en 2026, alors que la croissance économique réelle est projetée à 3,5 %. Il redoute une pression fiscale supplémentaire sur les entreprises formelles, déjà confrontées à des charges d’exploitation élevées.

Des recommandations assorties d’échéances

Pour le Gecam, ces difficultés deviennent particulièrement préoccupantes avec la mise en œuvre de la Zlecaf. Depuis octobre 2022, le Cameroun participe aux échanges commerciaux sous ce régime préférentiel. Des entreprises comme GIC Afatex, Cameroon Tea Estate, Ndawara Tea Estate et Alucam ont déjà réalisé des opérations d’exportation vers le Ghana ou l’Algérie. Toutefois, ces premières expériences ne suffisent pas à mesurer l’appropriation effective du dispositif par les entreprises nationales. « Si nous ne sommes pas prêts à exporter, d’autres seront prêts à nous vendre, chez nous », a averti le président du Gecam, appelant à accélérer les réformes pour éviter que l’ouverture commerciale ne profite davantage aux opérateurs étrangers.

Le patronat propose ainsi de retenir une dizaine de recommandations prioritaires à l’issue du CBF, chacune assortie d’un responsable, d’une échéance et d’un indicateur de suivi. Il souhaite également la présentation d’un premier bilan public dans un délai de six mois. Parmi les mesures sollicitées figurent l’augmentation des dépenses d’investissement dans le budget 2027, la publication d’un calendrier d’apurement des dettes de l’État et le remboursement des crédits de TVA dans les délais réglementaires.

Sur ce dernier point, les chiffres illustrent les difficultés persistantes. En 2025, seuls 49 milliards de FCFA de crédits de TVA ont été remboursés sur une enveloppe prévue de 84 milliards, soit un taux d’exécution d’environ 58 %. Au premier trimestre 2026, les remboursements se sont établis à 11,1 milliards de FCFA, contre 20,4 milliards à la même période de l’année précédente, soit une baisse de 45,7 %.

Dans sa circulaire du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget de l’État pour 2027, le président de la République, Paul Biya, a pourtant instruit le remboursement des crédits de TVA dans les meilleurs délais. Pour le Gecam, l’enjeu est désormais de traduire cette orientation en paiements effectifs. La compétitivité des entreprises camerounaises et leur capacité à tirer profit du marché continental dépendront largement de la mise en œuvre de ces engagements.

Françoise ESSONO