Homosexualité chez les primates : Les facteurs environnementaux et sociaux influencent l’adoption de ces comportements

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Selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature Ecology & Evolution le 12 janvier 2026, les facteurs environnementaux et sociaux influencent l’adoption des comportements homosexuels chez les primates, notamment les gorilles de montagnes vivant dans les forêts montagneuses d’Afrique centrale.

Grâce à un outil statistique, les chercheurs ont analysé les relations entre différentes espèces de primates et ont découvert que les comportements sexuels entre individus de même sexe sont plus fréquents chez les espèces vivant dans des environnements hostiles, avec des ressources alimentaires limitées. Cette étude révèle notamment la complexité du paysage génétique des primates et souligne l’importance à préserver leur diversité génétique, pour mieux comprendre les différentes causes de l’homosexualité. « L’objectif était d’observer comment les primates, avec leur comportement homosexuel, répondent aux changements de l’environnement selon l’évolution du temps et de l’espace. L’homosexualité favorise potentiellement la formation d’alliances chez certains individus et gère des hiérarchies sociales des groupes de gorilles hautement structurés » affirme Vincent Savolainen, auteur principal de l’étude et professeur au Département des sciences de la vie à l’Imperial College London, au Royaume-Uni.

Selon l’étude, les différentes espèces de primates notamment les gorilles et les chimpanzés retrouve généralement en Afrique centrale, forment parfois des liens monogames, les espèces vivant généralement en couples ou en petits groupes familiaux. Cependant, pour les gorilles qui vivent en groupes soudés et stables avec une hiérarchie définie, la recherche indique que le rôle du père, particulièrement celui du mâle dominant à dos argenté, est essentiel dans la défense du groupe familial contre les prédateurs et les invasions d’autres mâles.

Jonah Henri Ratsimbazafy, un primatologue malgache de marque et dirigeant du Groupe d’étude sur les primates non humains à Madagascar (GERP), soutient que l’homosexualité chez les primates découle du fait que certains individus ont uniquement tendance à se soutenir mutuellement, en particulier face aux enjeux sociaux spécifiques auxquels ils pourraient être confrontés.

Selon le Président de la Société internationale de primatologie (IPS, sigle en anglais), par ailleurs chercheur malgache, si le mâle dominant est le seul ayant droit de reproduction exclusive avec les femelles du groupe, parfois cette polygamie pousse les femelles à quitter cette famille pour rechercher d’autres copines avec lesquelles elles créent des relations intimes. « Pour cette espèce, l’homosexualité est plus souvent observée chez les femelles que chez les mâles qui sont parfois agressifs », dit-il à Mongabay.

Une homosexualité liée à une coalition

Dans cette étude, les auteurs mettent en évidence que chez les macaques rhésus de Porto Rico, les mâles qui ont des relations sexuelles entre eux peuvent constituer des alliances. Cela pourrait éventuellement leur donner l’opportunité d’attirer davantage de femelles et, par conséquent, d’augmenter le nombre de leurs progénitures.

Le Professeur Ratsimbazafy met en évidence que des comportements homosexuels se manifestent chez les gorilles de montagne d’Afrique centrale, dans des groupes uniquement composés de mâles. D’après lui, les mâles à dos argenté peuvent parfois se rapprocher de leurs partenaires du même sexe plus jeunes en produisant des sons comparables à ceux qu’ils émettent lors de l’accouplement avec les femelles. En dépit de cette conduite des gorilles mâles, le Professeur Ratsimbazafy regrette que l’un des actes cruels, fortement enracinés dans la bataille pour la reproduction et la suprématie, soit l’infanticide. « Face à une intense compétition pour l’accès aux femelles et à la nourriture, certains mâles dominants sont toujours responsables de la mort des nourrissons du même sexe », souligne-t-il.

Variation de l’homosexualité chez les primates selon le climat

La recherche révèle que la fréquence de l’homosexualité chez les primates fluctue en fonction des climats froids et chauds, où elle était nettement plus probable parmi les espèces résidant dans des environnements plus humides.

Dans une interview, Chloe Coxshall, doctorante en Sciences biologiques à l’Imperial College London au Royaume-Uni et co-auteure de l’étude, souligne que l’homosexualité semble davantage probable chez les espèces qui vivent dans des conditions écologiques leur permettant d’adapter leur comportement. « Suite aux conséquences du changement climatique, les primates figurent parmi les espèces confrontées à des conditions de plus en plus rudes et imprévisibles, et l’homosexualité pourrait justifier l’un des comportements façonnés par ces pressions naturelles », affirme-t-elle.

Toutefois, Dr Andrew Seguya, Secrétaire exécutif de la Collaboration transfrontalière du Grand Virunga (GVTC), une organisation intergouvernementale regroupant l’Ouganda, le Rwanda et la République Démocratique du Congo autour de la conservation de la faune et de la flore sauvages, affirme que les comportements des grands singes de la sous-région sont distincts.

Françoise ESSONO

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