Thyroïde au Cameroun : Alumathyr brise le tabou de la maladie

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À l’occasion de la Journée mondiale de la thyroïde célébrée à Yaoundé, la présidente de l’association, Dina Agathe epse Soya, livre un plaidoyer poignant pour la vulgarisation de cette pathologie méconnue et coûteuse.

​La ville de Yaoundé a vibré au rythme de la célébration de la Journée mondiale de la thyroïde. Cet événement international a servi de tribune à l’Association de lutte contre les maladies de la thyroïde, dénommée Alumathyr, pour jeter un coup de projecteur sur une problématique de santé publique encore largement ignorée par les populations locales. Au cœur de ce combat se trouve Dina Agathe Soya, épouse Soya, présidente de cette jeune organisation, qui a accepté de décrypter les enjeux liés au dysfonctionnement de cette glande essentielle à la vie humaine.

​Considérée par le corps médical comme le véritable chef d’orchestre du métabolisme humain, la thyroïde est une petite glande nichée à la base du cou. Sa mission fondamentale consiste à réguler l’ensemble des fonctions de notre organisme. Pourtant, en dépit de ce rôle central, les affections qui la touchent demeurent classées parmi les maladies orphelines, voire rares, dans le contexte africain.

​Pour Dina Agathe Soya, cette situation paradoxale s’explique avant tout par un déficit criant de vulgarisation, qui condamne les patients à s’ignorer eux-mêmes. Dans de nombreuses communautés au Cameroun et plus largement en Afrique, le manque d’informations objectives favorise des interprétations mystiques, reléguant parfois ces pathologies au rang de manifestations de sorcellerie. Une grande majorité de citoyens ignore qu’une simple anomalie de cette glande peut engendrer des ravages physiologiques et psychologiques considérables. C’est précisément pour déconstruire ces croyances et sensibiliser la population qu’Alumathyr a initié une marche sportive axée sur l’importance de l’hygiène de vie, couplée à une causerie éducative de grande envergure.

L’éducation sanitaire comme préalable indispensable au dépistage

​Face à l’absence de campagnes de dépistage de masse, la présidente d’Alumathyr oppose une logique de pragmatisme social. Selon ses termes, il est impossible de proposer un dépistage pour une maladie dont le grand public ignore jusqu’à l’existence. Présenter brutalement une telle démarche à des personnes non informées pourrait être perçu comme une agression psychologique ou mentale. La priorité absolue réside donc dans l’apprentissage et la compréhension de la maladie. Les Camerounais doivent d’abord assimiler le fonctionnement de la thyroïde et apprendre à déceler les signes de détresse chez leurs proches. La causerie éducative organisée à Yaoundé s’inscrit dans cette démarche pédagogique, renforcée par l’encadrement de spécialistes de la santé mentale et d’endocrinologues, les médecins experts des troubles hormonaux.

​Cette détermination farouche trouve sa source dans l’histoire personnelle de Dina Agathe Soya. Loin d’être un simple engagement associatif désincarné, ce combat est le sien. En tant que patiente vivante elle-même avec une affection thyroïdienne, elle témoigne sans fard de la complexité de cette réalité quotidienne. Le dysfonctionnement de la thyroïde revêt plusieurs formes cliniques distinctes, à l’instar de l’hypothyroïdie, qui plonge l’organisme dans un état de ralentissement général, ou de l’hyperthyroïdie, caractérisée par une surproduction hormonale qui accélère le rythme métabolique. À ces troubles s’ajoutent le goitre, qui se manifeste par un gonflement visible du cou, ainsi que les nodules thyroïdiens. Chaque cas génère des manifestations spécifiques dont les répercussions s’avèrent dévastatrices sur les plans physique, physiologique et mental. Créer Alumathyr était donc un impératif personnel et social pour sortir la maladie des sentiers battus.

Une première édition sous le signe de l’hygiène de vie et du plaidoyer institutionnel

​Fondée au tout début de l’année, en janvier, Alumathyr signe avec cette commémoration sa toute première grande action publique au Cameroun. Pour cette édition inaugurale, l’association a choisi d’axer ses réflexions sur la relation étroite entre les maladies de la thyroïde et l’hygiène de vie. Cette thématique est jugée cruciale pour guider les patients sur les comportements à adopter dès l’établissement du diagnostic, notamment face à des symptômes trompeurs qui se confondent souvent avec le stress de la vie quotidienne, tels que la fatigue chronique, l’irritabilité ou la chute de cheveux.

​Au-delà de la sensibilisation de proximité, l’association formule un plaidoyer rigoureux en direction des autorités publiques, et singulièrement du ministère de la Santé publique. Dina Agathe Soya insiste sur le fait que la confirmation d’une pathologie thyroïdienne requiert une batterie de trois à quatre examens biologiques et d’imagerie complexes, incluant le dosage de l’hormone de stimulation de la thyroïde, la TSH. Ces procédures médicales représentent un coût financier particulièrement lourd pour les bourses moyennes. L’accompagnement de l’État s’avère donc indispensable pour mener des investigations épidémiologiques approfondies sur le terrain, afin de cartographier avec précision le nombre de malades au Cameroun et de structurer une prise en charge accessible et subventionnée.

Albert BOMBA

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