Agriculture en Afrique : Le secteur peine à devenir le moteur de la transformation économique malgré son potentiel

Faibles investissements, changements climatiques, insécurité et faible productivité continuent de freiner le développement agricole africain, selon la Banque africaine de développement.
L’agriculture demeure l’un des secteurs stratégiques pour le développement économique et social de l’Afrique. Véritable pilier de la sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la lutte contre la pauvreté, elle constitue une source essentielle de revenus pour des millions de ménages, notamment en milieu rural. Toutefois, malgré son rôle central dans les économies africaines, le secteur continue de faire face à de nombreuses contraintes qui limitent son potentiel de croissance et sa capacité à répondre aux besoins alimentaires d’une population en constante augmentation.
C’est le constat dressé par la Banque africaine de développement (BAD) dans son rapport intitulé « Revue annuelle sur l’efficacité du développement (RAED) – Édition 2026 », publié le 28 mai 2026. Le document met en lumière les difficultés persistantes auxquelles est confrontée l’agriculture africaine, tout en soulignant l’urgence de renforcer les investissements et les politiques publiques en faveur de la transformation des systèmes agroalimentaires du continent.
Une contribution économique en légère baisse
Selon les données présentées dans le rapport, le secteur agricole représente environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique en 2025, contre 18 % en 2020. Bien que cette baisse puisse paraître limitée, elle reflète les difficultés rencontrées par un secteur qui peine à suivre le rythme des mutations économiques et démographiques du continent.
Pour la BAD, cette situation résulte d’un ensemble de facteurs structurels qui freinent la modernisation agricole. Parmi eux figurent notamment le faible niveau des investissements publics et privés, l’insuffisance des infrastructures rurales, l’accès limité aux technologies modernes, ainsi que les conséquences grandissantes des changements climatiques.
À ces défis s’ajoutent les crises sécuritaires qui affectent plusieurs régions du continent. Les conflits armés et l’instabilité politique perturbent les activités agricoles, entravent les chaînes d’approvisionnement et réduisent les capacités de production, notamment dans des zones stratégiques comme le Sahel, le Soudan ou encore la région des Grands Lacs. « Face à ces crises de plus en plus régionales, prolongées et interconnectées, les vulnérabilités structurelles des systèmes alimentaires africains s’en trouvent amplifiées, mettant en péril les progrès vers la transformation agricole et la sécurité alimentaire à long terme », souligne la BAD dans son rapport.
Une productivité agricole encore largement inférieure aux standards mondiaux
L’un des principaux défis identifiés par l’institution financière concerne la faible productivité agricole du continent. Malgré les efforts engagés ces dernières années, les rendements agricoles demeurent relativement faibles comparativement aux autres régions du monde.
Selon le rapport, les rendements céréaliers atteignent en moyenne 1,68 tonne par hectare en 2024, un niveau pratiquement inchangé depuis 2020. À titre de comparaison, la moyenne mondiale est estimée à environ 4,2 tonnes par hectare, soit plus du double des performances enregistrées en Afrique.
Cet écart illustre les difficultés persistantes liées à la mécanisation agricole, à l’utilisation limitée d’intrants de qualité, à l’insuffisance des systèmes d’irrigation et à l’accès encore restreint aux innovations technologiques.
Un continent riche en terres mais dépendant des importations alimentaires
Paradoxalement, l’Afrique dispose d’atouts considérables pour devenir l’un des principaux greniers du monde. Le continent concentre près de 65 % des terres arables non cultivées de la planète, un potentiel foncier exceptionnel qui pourrait contribuer à répondre à la demande alimentaire mondiale dans les décennies à venir.
Cependant, cette richesse naturelle contraste avec une forte dépendance aux importations alimentaires. Chaque année, les pays africains dépensent près de 70 milliards de dollars pour importer des produits alimentaires destinés à couvrir leurs besoins de consommation.
Cette dépendance expose les économies africaines aux fluctuations des prix internationaux et aux perturbations des marchés mondiaux, comme cela a été observé lors des crises alimentaires récentes provoquées par la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques ou encore les événements climatiques extrêmes.
Plus de 300 millions de personnes confrontées à la faim
Les conséquences de ces fragilités structurelles sont particulièrement visibles sur le plan de la sécurité alimentaire. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près de 307 millions de personnes souffrent actuellement de faim ou de sous-alimentation en Afrique.
Cette situation demeure préoccupante alors que la population africaine continue de croître rapidement. Les projections internationales indiquent par ailleurs qu’à l’horizon 2030, près de 60 % des personnes exposées à la faim chronique dans le monde pourraient vivre sur le continent africain.
Ces chiffres soulignent l’ampleur des défis à relever pour garantir un accès durable à une alimentation suffisante, saine et nutritive pour l’ensemble des populations.
Des initiatives pour accélérer la transformation agricole
Face à ces enjeux, plusieurs programmes continentaux et internationaux ont été mis en place afin de soutenir le développement du secteur agricole africain.
Depuis 2003, l’Union africaine met en œuvre le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (CAADP), qui encourage les États membres à consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux au financement du secteur agricole.
Parallèlement, des initiatives comme le programme « Accélérer les impacts de la recherche climatique du CGIAR pour l’Afrique » (AICCRA), soutenu par la Banque mondiale, visent à promouvoir l’agriculture climato-intelligente et à renforcer la capacité des agriculteurs à s’adapter aux effets du changement climatique.
Ces programmes ambitionnent notamment d’améliorer les rendements agricoles, de renforcer la résilience des exploitations et d’accélérer l’adoption des innovations technologiques dans les zones rurales.
Mobiliser 100 milliards de dollars pour transformer les systèmes alimentaires
Malgré ces efforts, la BAD estime que les perspectives économiques mondiales restent marquées par de nombreuses incertitudes. Le durcissement des conditions de financement, la volatilité des marchés internationaux et la multiplication des crises climatiques ou géopolitiques pourraient continuer à peser sur les investissements agricoles.
Pour relever ces défis, les dirigeants africains misent sur le nouveau plan stratégique du CAADP pour la période 2026-2035. Celui-ci prévoit la mobilisation d’environ 100 milliards de dollars destinés à accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires africains, renforcer la sécurité alimentaire et soutenir une croissance agricole durable et inclusive.
À travers cette ambitieuse feuille de route, l’Afrique entend faire de son agriculture un véritable moteur de développement économique, capable de nourrir sa population, de créer des millions d’emplois et de réduire durablement sa dépendance alimentaire vis-à-vis du reste du monde.
Françoise ESSONO



















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