Huilerie de la Sodecoton : Un financement de 12 milliards de FCFA pourrait provenir de la BEAC

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La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pourrait jouer un rôle majeur dans le financement du futur complexe huilier que la Société de développement du coton (Sodecoton) envisage de construire à Ngaoundéré, chef-lieu de la région de l’Adamaoua. Ce projet industriel, dont le coût est estimé à 20 milliards de FCFA, s’inscrit dans la stratégie de transformation locale des produits agricoles et de renforcement de la chaîne de valeur du coton au Cameroun.

Selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, la Sodecoton a engagé des démarches auprès d’Afriland First Bank afin de mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation de cette infrastructure. Dans le cadre de cette opération, l’établissement bancaire a sollicité l’appui de la Banque des États de l’Afrique centrale à travers son « guichet spécial de refinancement », un mécanisme destiné à soutenir les investissements productifs dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).

Le guichet spécial de refinancement de la BEAC, anciennement connu sous l’appellation de « guichet B », permet à la banque centrale de refinancer les crédits à moyen terme accordés par les banques commerciales pour des projets jugés productifs et structurants pour les économies de la sous-région.

Conformément aux règles en vigueur, l’intervention de la BEAC ne peut dépasser 60 % du coût global d’un projet. Dans le cas de l’huilerie de la Sodecoton, cela signifie que la banque centrale pourrait mettre à disposition jusqu’à 12 milliards de FCFA, tandis que le reste du financement serait assuré par les banques commerciales impliquées dans le consortium financier.

Cette éventuelle participation de la BEAC constituerait un levier important pour accélérer la concrétisation du projet, dont l’objectif est de renforcer les capacités nationales de transformation des graines de coton et de réduire la dépendance aux importations de produits dérivés.

Un outil longtemps méconnu du secteur bancaire

Bien qu’opérationnel depuis les années 1990, le guichet spécial de refinancement est longtemps resté sous-utilisé par les établissements bancaires de la sous-région. Cette situation a été mise en lumière par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, lors d’une conférence de presse organisée à Yaoundé le 29 septembre 2025, à l’issue de la troisième session du Comité de politique monétaire de l’institution.

Le responsable de la banque centrale a révélé qu’une rencontre organisée à Bangui en juin 2025 avec les principaux acteurs bancaires de la Cemac avait permis de constater une méconnaissance quasi générale de cet instrument financier. « Nous avons réuni toutes les banques à Bangui et présenté le guichet B, qui a vocation à financer des projets productifs. Le constat était amer : les banques ont totalement méconnu l’existence de cet instrument », avait alors déclaré le gouverneur.

Selon lui, sur une période de trois ans, seuls deux projets portés par deux banques camerounaises avaient bénéficié du refinancement offert par ce mécanisme.

Un regain d’intérêt des banques après la campagne de sensibilisation

Depuis la campagne d’information menée par la BEAC, les établissements financiers manifestent un intérêt croissant pour ce dispositif. L’année 2025 a marqué un tournant dans l’utilisation du guichet spécial de refinancement, avec plusieurs opérations d’envergure validées par la banque centrale.

Ainsi, la BEAC a approuvé le refinancement de crédits bancaires d’un montant de 41,2 milliards de FCFA destinés au développement du projet d’exploitation du gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi au Cameroun. Dans le secteur des télécommunications, elle a également validé le refinancement de prêts totalisant 31,3 milliards de FCFA pour soutenir le programme d’investissement de Cameroon Telecommunications (Camtel).

Par ailleurs, CCA Bank a obtenu l’autorisation de mobiliser 30 milliards de FCFA auprès de la banque centrale pour participer au financement d’un important projet minier en République du Congo.

La Sonara également dans le viseur de la BEAC

Au-delà des projets miniers, agricoles et télécoms, la BEAC souhaite également mettre cet instrument au service de la relance industrielle. La banque centrale s’intéresse notamment à la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara), dont les infrastructures ont été lourdement endommagées par l’incendie survenu en mai 2019.

Yvon Sana Bangui a indiqué que la banque centrale avait pris l’initiative d’approcher les autorités camerounaises afin de présenter les possibilités offertes par ce mécanisme de préfinancement. « Pour le cas de la Sonara, nous avons nous-mêmes pris l’initiative de nous rapprocher des autorités pour leur présenter cet instrument qui pourrait accompagner la réhabilitation de la Sonara », a-t-il expliqué.

Un soutien stratégique à l’industrialisation de la Cemac

À travers la promotion du guichet spécial de refinancement, la BEAC entend renforcer son rôle dans le financement de l’économie réelle et accompagner les ambitions d’industrialisation des États membres de la Cemac. L’éventuelle participation au financement de l’huilerie de la Sodecoton s’inscrit ainsi dans une dynamique visant à soutenir les investissements créateurs de valeur ajoutée, d’emplois et de croissance durable.

Si l’opération venait à être validée, le projet de Ngaoundéré pourrait devenir l’un des exemples les plus emblématiques de l’utilisation de cet instrument financier au service du développement industriel et agroalimentaire de la sous-région.

Albert BOMBA

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