Canicule permanente en Afrique : Quand la terre devient un piège à chaleur

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Une étude révolutionnaire menée par une équipe d’hydroclimatologues révèle que les vagues de chaleur en Afrique ne seront bientôt plus des épisodes passagers, mais une composante permanente du climat. En cause, un cocktail explosif entre émissions mondiales de carbone et déforestation locale.

La canicule a été longtemps perçu comme une parenthèse brûlante. Pourtant, les projections pour la période 2065-2100 décrivent une réalité bien plus sombre : la majeure partie du continent africain pourrait subir des vagues de chaleur 250 à 300 jours par an.

Dans certaines zones, notamment la partie occidentale de l’Afrique australe, la fréquence et la durée des épisodes de chaleur extrême pourraient être multipliées par douze. Ce n’est plus un simple réchauffement, mais une mutation profonde du cadre de vie où le corps humain, privé de périodes de fraîcheur, n’aura plus le temps nécessaire pour récupérer de son stress thermique.

L’IA au service d’une cartographie ultra-locale du risque

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont développé un cadre d’analyse inédit reposant sur l’intelligence artificielle. Plutôt que de se fier à un seul modèle global, l’équipe a croisé dix modèles climatiques mondiaux, ajustés aux réalités locales (vent, rayonnement, humidité du sol).

L’IA a permis de quantifier un phénomène jusqu’ici sous-estimé : l’impact de l’utilisation des sols. L’étude démontre que la chaleur ne tombe pas seulement “du ciel” ; elle est amplifiée “par le bas” selon la façon dont l’homme transforme son environnement immédiat.

La forêt, ce climatiseur naturel

L’étude souligne un principe physique crucial : la forêt est un bouclier. Sous un couvert forestier intact, l’ombre et l’évapotranspiration maintiennent la température et l’humidité sous un seuil supportable.

Cependant, lorsque la forêt est abattue pour faire place à l’agriculture, l’équilibre bascule. On observe une humidité piégée rejetant ainsi les cultures et de grandes quantités d’eau dans l’air, saturant l’atmosphère ; une absorption thermique. Sans ombre, le sol se réchauffe violemment le jour et ne refroidit plus la nuit ; l’effet de serre local dont la chaleur et l’humidité s’auto-entretiennent, créant un “piège à chaleur” là où l’air était autrefois respirable.

Le “seuil mortel” : Une menace invisible mais précise

Contrairement à la “chaleur sèche” des déserts, le danger en Afrique de l’Ouest et du Sud-Est provient de combinaisons spécifiques. Par exemple, une température de seulement 26,5 °C couplée à 75 % d’humidité peut suffire à déclencher une vague de chaleur de plus de 30 jours consécutifs, rendant les conditions de vie précaires pour les agriculteurs et les habitants des zones urbaines informelles.

Le message des scientifiques est un appel à l’action immédiate sur deux niveaux. Le premier niveau est le front mondial qui permet de poursuivre la réduction drastique des émissions de combustibles fossiles pour limiter l’amplitude globale du réchauffement. Le second est le front local qui permet de reconnaître que chaque hectare de forêt préservé est une mesure de santé publique. La restauration de la végétation et l’adoption de l’agroforesterie (cultiver à l’ombre des arbres) agissent comme des barrières directes contre l’intensité des canicules.

Si les pays africains ne peuvent pas, à eux seuls, stopper le réchauffement de l’atmosphère, ils disposent d’un pouvoir immense sur la réaction de leur propre sol. La préservation du “climatiseur naturel” qu’est la forêt n’est plus une option environnementale, c’est une condition de survie.

Albert BOMBA

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