Changement climatique : Le Cameroun vise jusqu’à 41 % de réduction des émissions des gaz à effet de serre

À travers la présentation de son premier Rapport biennal sur la transparence (BTR1), de sa Note d’information nationale (NID) et de sa Contribution déterminée au niveau national de troisième génération (CDN 3.0), le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Réunis le 6 août 2026 à Yaoundé, les acteurs de la lutte contre les changements climatiques ont notamment examiné les engagements du pays, qui entend porter son ambition de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 41 %.
Le Cameroun veut accélérer sa réponse face à l’urgence climatique. Le ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (MINEPDED), avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a organisé le 6 août 2026 à Yaoundé un atelier consacré à la présentation des principaux documents nationaux relatifs aux changements climatiques. Au centre des échanges : le Premier Rapport biennal sur la transparence (BTR1), la Note d’information nationale (NID) et la Contribution déterminée au niveau national de troisième génération (CDN 3.0). Des documents qui doivent contribuer à mieux orienter l’action climatique du Cameroun et à renforcer la cohérence entre ses engagements internationaux et ses politiques nationales de développement.
L’enjeu est d’autant plus important que le pays, bien que faiblement émetteur de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, figure parmi les États fortement exposés aux conséquences du dérèglement climatique. Sécheresses prolongées, inondations, avancée du désert, multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes et risques de catastrophes constituent désormais des menaces croissantes pour les populations, les écosystèmes et les activités économiques.
Une ambition climatique revue à la hausse
La présentation de la CDN 3.0 marque notamment une évolution dans les engagements du Cameroun en matière de réduction des émissions. Selon Timothé Kangonbe, point focal de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le pays est progressivement passé d’un objectif de réduction de ses émissions de 32 % dans sa première CDN à 35 %, puis à une ambition pouvant atteindre 38 %, voire 41 %.
Cette évolution traduit, selon lui, le relèvement progressif de l’ambition climatique du Cameroun dans le cadre de l’Accord de Paris. « Dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, chaque pays l’ayant ratifié a l’obligation d’élaborer chaque cinq ans » sa Contribution déterminée au niveau national, a-t-il expliqué, soulignant que les objectifs actuels ont été définis en tenant compte des réalités et des orientations stratégiques du pays.
L’augmentation de cette ambition ne devrait toutefois pas être considérée comme une contrainte isolée pour l’économie camerounaise. Les objectifs de réduction des émissions sont conçus pour s’articuler avec les politiques nationales de développement, notamment la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) et le Plan national climat (PNC).
L’approche retenue repose ainsi sur deux principaux leviers : l’adaptation, destinée à réduire la vulnérabilité des populations et des secteurs économiques aux impacts climatiques, et l’atténuation, qui vise à réduire ou à limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Un pays vulnérable malgré de faibles émissions
La question climatique présente un paradoxe pour le Cameroun et, plus largement, pour le continent africain. Alors que les pays africains contribuent relativement peu aux émissions mondiales, ils figurent parmi les territoires les plus exposés aux effets du dérèglement climatique.
Le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable, Hele Pierre, a rappelé cette réalité au cours de la rencontre. Selon lui, la compréhension du changement climatique a progressivement évolué au niveau international. Longtemps considérés comme essentiellement naturels, certains phénomènes sont désormais largement associés aux activités humaines et à l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Cette prise de conscience a conduit à l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1992, avant plusieurs étapes majeures de la gouvernance climatique mondiale, notamment les accords et engagements adoptés à Paris. Pour le ministre, la responsabilité climatique doit toutefois être appréciée au regard de la contribution réelle de chaque pays aux émissions mondiales. Les pays africains restent parmi les moins responsables des émissions historiques, alors même que leurs populations subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique.
Les forêts camerounaises jouent notamment un rôle important dans la séquestration du carbone, ce qui renforce l’intérêt stratégique de leur préservation dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Le BTR1, un nouvel outil de transparence
Le Premier Rapport biennal sur la transparence constitue l’un des principaux documents présentés lors de l’atelier de Yaoundé. Son élaboration répond aux exigences de l’Accord de Paris, notamment celles relatives au renforcement de la transparence des actions climatiques et des progrès réalisés par les États parties.
Pour le Cameroun, ce rapport doit permettre de disposer d’une meilleure visibilité sur l’évolution des émissions, la vulnérabilité du pays, les mesures d’adaptation et d’atténuation mises en œuvre ainsi que les besoins nécessaires à l’atteinte des objectifs climatiques.
Au-delà de sa dimension institutionnelle, le document est présenté comme un outil de pilotage susceptible d’aider les administrations publiques, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers à mieux orienter leurs interventions. Il doit notamment permettre d’identifier les priorités nationales en matière de lutte contre les changements climatiques et de les intégrer dans les projets et programmes de développement.
Le climat désormais intégré aux politiques nationales
La stratégie climatique du Cameroun ne repose pas uniquement sur ses engagements internationaux. Le pays entend également intégrer les enjeux climatiques dans ses politiques publiques. Cette orientation est notamment inscrite dans la SND30, qui considère les changements climatiques et les Objectifs de développement durable comme des dimensions transversales du processus de développement. L’objectif est de faire en sorte que les politiques sectorielles prennent davantage en compte les risques climatiques et les impératifs de transition vers un modèle de développement plus résilient et moins carboné.
Dans cette perspective, le Cameroun a également élaboré un Plan national climat, destiné à structurer les priorités nationales en matière d’adaptation et d’atténuation, tout en prenant en compte les besoins de financement et les mécanismes institutionnels nécessaires à la mise en œuvre des actions.
Des appuis internationaux pour renforcer le dispositif
L’élaboration de ces documents a bénéficié de plusieurs appuis techniques et financiers internationaux. En 2024, le Cameroun a notamment bénéficié du soutien du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), à travers le PNUE, pour l’élaboration de sa Quatrième Communication nationale sur les changements climatiques et de son premier Rapport biennal sur la transparence. La Central African Forest Initiative (CAFI) et le Centre de collaboration régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RCC WAC) ont également apporté un appui technique et financier à l’élaboration et à la validation de la CDN 3.0.
Par ailleurs, le Cameroun a sollicité, dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), un accompagnement destiné à renforcer son cadre institutionnel de gouvernance et de coordination des politiques climatiques. Cette démarche s’est notamment traduite par la signature, le 21 mai 2024, de l’arrêté n°00002/CAB/MINEPDED portant création, organisation et fonctionnement du cadre institutionnel de coordination et de suivi de la mise en œuvre de l’agenda climatique au Cameroun.
Vers un développement plus résilient
À travers ces différents instruments, le Cameroun entend désormais disposer d’un cadre plus cohérent pour planifier et coordonner son action climatique. La CDN 3.0, le BTR1 et le Plan national climat doivent ainsi permettre de mieux articuler les engagements internationaux du pays avec les impératifs nationaux de développement. L’enjeu consiste à réduire la vulnérabilité des populations tout en poursuivant les objectifs de croissance économique et de développement social.
La nouvelle ambition de réduction des émissions, qui pourrait atteindre 41 %, devra donc s’accompagner d’actions concrètes dans les secteurs les plus concernés : énergie, agriculture, transport, foresterie, gestion des déchets, industrie et aménagement du territoire. Pour le Cameroun, l’urgence n’est plus seulement de constater les effets du changement climatique. Il s’agit désormais de transformer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris en politiques publiques, en projets financés et en résultats mesurables sur le terrain.
Albert BOMBA



















Green And Health news a été crée afin de contribuer au developpement médiatique au Cameroun.