Epidémie d’Ebola : Africa CDC et OMS dénoncent le « blocus » des restrictions de voyage

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Alors que l’est de la République démocratique du Congo affronte une flambée critique d’Ebola Bundibugyo, l’Afrique CDC et l’OMS montent au créneau contre le retour des restrictions de voyage internationales, jugées contre-productives. Entre l’urgence de cette riposte à 319 millions de dollars et les ambitions nationales à long terme contre le choléra, le VIH ou l’hépatite, le continent tente d’imposer sa propre feuille de route pour s’affranchir des vieux réflexes isolationnistes occidentaux.

L’actualité sanitaire du continent africain est marquée cette semaine par une double dynamique majeure. D’un côté, les autorités font face à la gestion dans l’urgence d’une flambée épidémique complexe de virus Ebola en zone de conflit. De l’autre, les gouvernements déploient des stratégies de long terme visant à éradiquer des pathologies endémiques telles que le choléra, le VIH et l’hépatite. Alors que la solidarité continentale s’organise pour contenir ces menaces, la riposte se heurte une nouvelle fois à des décisions unilatérales internationales qui sont vivement dénoncées par les instances scientifiques et politiques du continent.

La crise la plus aiguë se déroule dans la région des Grands Lacs, où l’épidémie de maladie à virus Ebola causée par la souche rare Bundibugyo connaît une progression alarmante. Déclarée à la mi-mai 2026 dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, l’épidémie a rapidement franchi la barre symbolique des mille cas pour s’établir à plus de mille trente cas, dont de nombreux suspects et plus d’une centaine de confirmations formelles. Le bilan humain s’alourdit rapidement avec des centaines de décès déjà enregistrés, ce qui a poussé l’Organisation mondiale de la santé à relever son niveau de risque pour le pays de élevé à très élevé. L’épicentre initial s’est étendu aux provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que la porosité des frontières a entraîné des contaminations en Ouganda, qui enregistre ses premiers cas et un décès liés à des déplacements transfrontaliers.

Face à cette absence de vaccin ou de traitement homologué pour la souche spécifique de Bundibugyo, la communauté scientifique internationale tente d’accélérer le calendrier de la recherche clinique. L’OMS a réuni en urgence ses comités techniques afin de recommander l’évaluation sur le terrain de trois candidat thérapeutiques prometteurs, à savoir les anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab, ainsi que l’antiviral remdésivir. Ces produits seront exclusivement administrés dans le cadre d’essais cliniques stricts pour garantir la robustesse des données. Parallèlement, les experts étudient l’opportunité d’utiliser les vaccins existants conçus pour la souche Zaïre, bien que leur efficacité croisée reste encore à démontrer.

L’autre front de cette crise est diplomatique et logistique. Copiant une approche déjà critiquée lors de crises antérieures, quinze pays, menés par les États-Unis, le Canada, les Bahamas, la Jordanie et Bahreïn, ont imposé des restrictions de voyage strictes aux ressortissants de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, alors même que ce dernier ne compte aucun cas suspect. Depuis Kinshasa, le directeur général de l’Africa CDC, le Docteur Jean Kaseya, a vivement condamné ces mesures en déclarant : « Nous ne pouvons pas stopper cette épidémie avec des restrictions de voyage que les pays occidentaux ont commencé à imposer à l’Afrique. Voir un pays comme le Soudan du Sud, avec zéro cas suspect, sous restriction de voyage, c’est inacceptable. »

Le responsable africain a également rappelé au passage que la grande épidémie d’Ebola de 2018 en Afrique de l’Ouest avait amputé le produit intérieur brut régional de 12 %, représentant une perte abyssale de cinquante-trois milliards de dollars.

Le directeur général de l’OMS, le Docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a pleinement appuyé cette position depuis Kinshasa en rappelant que son organisation ne recommande aucune interdiction de circuler et en estimant que ces barrières n’aident pas à contenir le virus. Il a tenu à préciser sa pensée face à la presse en affirmant : « Nous sommes confrontés à une épidémie extrêmement grave et difficile. La situation va empirer avant de s’améliorer. Mais nous connaissons ce virus, et nous savons comment l’arrêter ». Selon les instances mondiales, ces mesures restrictives ne font qu’asphyxier inutilement les économies locales sans apporter de réelle plus-value sanitaire.

Pour financer la riposte sur une période de six mois, l’Africa CDC a évalué le plan budgétaire continental à près de trois cent dix-neuf millions de dollars. La majeure partie de cette enveloppe est directement fléchée vers les opérations de terrain en RDC et en Ouganda pour la prise en charge des patients, les centres de traitement et la surveillance épidémiologique, tandis que le reste servira à renforcer la préparation de dix pays limitrophes jugés à haut risque. Le financement reste cependant instable car, après avoir culminé à près de cinq cents millions de dollars de promesses, les engagements fermes sont redescendus autour de deux cent quatre-vingt-dix millions de dollars. Pour pallier ce manque, l’Afrique du Sud a doublé sa contribution, la Fondation Gates a injecté quinze millions de dollars répartis entre l’OMS et l’Africa CDC, et la Banque mondiale a activé ses mécanismes d’urgence pour moderniser le laboratoire de biosécurité de l’Est de la RDC, devenu le pivot du diagnostic régional.

Au-delà de l’urgence d’Ebola, d’importantes réformes et feuilles de route nationales témoignent d’une volonté de transformation structurelle à travers le continent. En Afrique australe, le Mozambique a présenté à Genève son Plan national d’élimination du choléra, doté d’un budget de cents millions de dollars sur cinq ans. Le pays, qui concentre 90 % des cas de la sous-région, ambitionne d’éradiquer la maladie d’ici 2030 grâce à des investissements massifs dans les infrastructures d’eau et d’assainissement. Plus au nord, le Niger engage une réforme de son offre de soins de proximité en annonçant le recrutement de plus de coute mille agents de santé pour désenclaver les zones rurales. De son côté, le Togo réaffirme son ambition politique de mettre fin à l’épidémie de VIH/SIDA d’ici la fin de la décennie en mettant l’accent sur l’accès universel aux traitements antirétroviraux.

Enfin, le dernier Rapport mondial sur l’hépatite vient rappeler la lourde charge sanitaire à long terme qui pèse sur l’Afrique subsaharienne, mettant en exergue le décalage persistant entre l’existence de solutions médicales et leur déploiement effectif. La région se retrouve au cœur de cette épidémie silencieuse, concentrant à elle seule 68 % des nouvelles infections mondiales à hépatite B, alors que seulement 17 % des nouveau-nés reçoivent la dose de vaccin nécessaire à la naissance et que moins de 5 % des malades chroniques bénéficient d’un traitement. La situation de l’hépatite C est tout aussi préoccupante car, bien qu’un traitement curatif efficace à 95 % existe depuis plus de dix ans, seulement 20 % des patients africains ont pu en bénéficier. Ce bilan global rappelle aux ministères de la Santé du continent que l’atteinte des objectifs de développement à l’horizon 2030 nécessitera un financement pérenne, souverain et équilibré, capable de gérer les crises aiguës tout en consolidant les soins de santé primaires.

Jean Luc Atangana 

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