Économie circulaire : Le plan de Yaoundé pour créer des milliers d’emplois verts pour les jeunes et les femmes

Le Cameroun passe officiellement de l’économie linéaire du produire, consommer, jeter à un modèle de circularité. En lançant sa Feuille de route nationale pour l’économie circulaire le 22 mai 2026 à Yaoundé, les autorités publiques actent un changement de paradigme macroéconomique. L’ambition est de concilier impératif de croissance, résilience climatique et création de richesses locales, en parfaite droite ligne avec la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Soutenu par la Banque Africaine de Développement (BAD), ce plan d’action vise à transformer les résidus en opportunités économiques et en emplois verts.
Ce document stratégique marque l’aboutissement d’un long processus technique et diplomatique amorcé le 22 octobre 2024. Le Cameroun s’impose ainsi comme l’un des pionniers continentaux de cette mutation, faisant partie des fins connaisseurs des enjeux du futur. Le pays figure en effet parmi les cinq nations africaines rigoureusement sélectionnées pour bénéficier de la facilité africaine pour l’économie circulaire, un programme pilote de la Banque Africaine de Développement (BAD). « Cette feuille de route identifie des priorités tout à fait précises, à savoir optimiser les processus de production en valorisant la totalité de la matière et en limitant drastiquement la production des déchets ; améliorer les systèmes de collecte et de gestion des déchets ; structurer les filières de recyclage et de valorisation ; attirer des investissements dans les secteurs à fort potentiel circulaire, mais aussi intégrer progressivement les principes de la circularité dans nos politiques sectorielles » a indiqué Jean TCHOFFO, Secrétaire général du Minepat et par ailleurs représentant du Ministre.
L’objectif principal est de soutenir l’industrialisation du pays en mettant un accent particulier sur le développement de l’agro-industrie et la valorisation du capital humain. À travers l’alliance africaine pour l’économie circulaire qui fédère aujourd’hui 23 pays africains, la Banque participe également à porter la voie collective par laquelle l’Afrique converge. Capitalise ses expériences et s’impose comme interlocuteur international dans les arènes internationales sur la stratégie agricole. « Sur le capital humain d’abord, en 2025, la Banque a financé le projet de développement des compétences de l’extrême nord, qui forme 6 000 jeunes aux métiers de l’économie réelle et génie 5 000 emplois décents, dont 40 % sont réservés aux femmes. Ce projet prépare une génération à produire, à transformer, à innover. La feuille de route lui confère maintenant un cadre stratégique » a déclaré Pierre OLLAME BEKALE, Chargé des programmes pays à la BAD lors de son discours.
Face à l’asphyxie des déchets, l’urgence du recyclage
Le diagnostic qui a imposé cette réforme est avant tout sanitaire et environnemental. Boosté par l’urbanisation rapide et la modification des modes de consommation, le Cameroun génère désormais plus de 6 millions de tonnes de déchets chaque année avec un taux de recyclage inférieur à 10%, 1300t de plastiques rejetés quotidiennement et 56 000 ha de forêt perdus par an à travers la déforestation.
Jusqu’ici, une part importante de cette masse restait hors des circuits de collecte ou s’entassait dans des décharges sauvages, polluant les cours d’eau, saturant les sols et provoquant de graves crises de santé publique dans les grands centres urbains. La nouvelle feuille de route entend stopper cette trajectoire en réintégrant ces volumes de détritus directement dans les cycles de production nationaux. « A travers cette feuille de route, le Cameroun passe d’une logique de projet isolé à une stratégie nationale intégrée. A l’horizon 2035, le Cameroun vise des résultats concrets. 300 entreprises circulaires formelles en activité, une part d’emploi circulaire de 25%, un taux de recyclage de 25% et une collecte des matières en fin de cycle atteignant jusqu’à 80% en zone urbaine » Chargé des programmes pays à la BAD.
Une thérapie de choc pour la transformation structurelle
L’approche défendue par le MINEPAT dépasse la simple politique de salubrité publique, elle est pensée comme un véritable levier de souveraineté économique. Dans cette optique, le premier axe stratégique impose l’éco-conception et l’optimisation des procédés industriels, afin de pousser les entreprises locales à valoriser davantage leurs matières premières tout en réduisant la production de résidus directement à la source. En aval, le plan prévoit la structuration de véritables filières de valorisation industrielle, indispensables pour organiser le traitement et le recyclage à grande échelle des plastiques, des déchets électroniques et des résidus industriels. « À côté de l’action publique, quelques initiatives du secteur privé sont également à saluer. Elles portent sur le recyclage des déchets plastiques, la valorisation des rebus en bois ou encore la transformation des déchets agricoles en engrais. Cette feuille de route traduit par ailleurs une volonté politique de changement d’approche pour s’investir effectivement dans la circularité à travers une approche holistique mettant en cohérence l’ensemble des initiatives en cours pour un meilleur impact économique, environnemental, sanitaire et social » affirme Jean TCHOFFO.
Sur le plan social, cette dynamique permettra la création d’emplois inclusifs par le financement et l’encadrement du secteur informel de la récupération, générant ainsi des emplois verts durables qui cibleront en priorité l’insertion des jeunes et des femmes au sein de nouvelles filières d’emplois verts hautement qualifiés. Enfin, cette feuille de route s’impose comme un outil majeur de résilience climatique, qui permettra au Cameroun de respecter ses engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
L’harmonisation des forces publiques et privées
L’ensemble de cette dynamique trouve sa cohérence politique dans son alignement structurel avec la Stratégie Nationale de Développement, la SND30, qui ambitionne de transformer en profondeur le tissu économique camerounais à l’horizon 2030. Pour soutenir techniquement et financièrement cette transition, le Cameroun s’appuie sur son partenariat solide avec la Banque Africaine de Développement, qui lui garantit un accès direct aux guichets de la Facilité africaine pour l’économie circulaire.
Ce nouveau cadre stratégique va également servir de colonne vertébrale à des initiatives comme la Bourse nationale des déchets gérée par le ministère de l’Environnement (MINEPDED), ou les conclusions des États généraux sur la gestion des ressources en déchets portés par le ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU). En y associant le dynamisme des start-ups et des opérateurs privés qui s’illustrent déjà dans la transformation des déchets agricoles et plastiques, le Cameroun se dote d’un écosystème complet et résolument tourné vers l’avenir.
En faisant le pari de la circularité, le Cameroun transforme son fardeau environnemental en un gisement de croissance, prouvant que l’avenir industriel de l’Afrique s’écrira sous le signe de la durabilité.
Albert BOMBA



















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