Biodiversité : Deux nouvelles espèces de chauves-souris découvertes au Cameroun

Le Cameroun continue de révéler les richesses insoupçonnées de sa biodiversité. Une équipe de chercheurs, conduite par la zoologiste camerounaise Aicha Gomeh-Djame, affiliée à l’université de Yaoundé I, a identifié deux nouvelles espèces de chauves-souris jamais décrites auparavant. Les résultats de cette découverte ont été publiés le 15 juin 2026 dans la revue scientifique ZooKeys, renforçant ainsi l’importance des forêts camerounaises dans la recherche sur la biodiversité mondiale.
Les nouvelles espèces, baptisées Glauconycteris baka et Glauconycteris lobeke, ont été découvertes au cours de campagnes de prospection menées dans le Parc national de Lobéké, situé dans le sud-est du Cameroun. Cette aire protégée, réputée pour sa richesse écologique, a permis aux chercheurs de capturer plusieurs spécimens rares appartenant au genre Glauconycteris, un groupe de chauves-souris insectivores vivant principalement dans les forêts tropicales d’Afrique subsaharienne.
Selon Aicha Gomeh-Djame, ce sont des analyses approfondies combinant la morphologie, l’acoustique et la génétique qui ont permis de démontrer que deux des spécimens collectés appartenaient à des espèces jusqu’alors inconnues de la science. « Ces découvertes ont été faites lors de prospections de terrain dans une zone forestière reculée, notamment le Parc national de Lobéké, où, parmi les nombreuses chauves-souris capturées, nous avons recueilli des spécimens rares de Glauconycteris. Des analyses morphologiques, acoustiques et d’ADN détaillées ont révélé, que deux d’entre elles appartenaient à des espèces nouvelles pour la science », explique à Mongabay.
Un hommage au peuple Baka et au Parc national de Lobéké
Le choix des noms attribués aux deux nouvelles espèces n’est pas anodin. Les chercheurs ont nommé Glauconycteris baka en hommage au peuple autochtone Baka, reconnu pour son lien ancestral avec les forêts du bassin du Congo et son rôle dans la préservation de ces écosystèmes.
La seconde espèce, Glauconycteris lobeke, tire son nom du Parc national de Lobéké, où elle a été identifiée, soulignant ainsi l’importance de cette aire protégée comme refuge de nombreuses espèces encore méconnues.
Ces chauves-souris se caractérisent notamment par leur petite taille, leurs larges ailes favorisant les déplacements en milieu forestier et leur régime alimentaire essentiellement composé d’insectes capturés en plein vol.
Une espèce rare identifiée pour la première fois au Cameroun
Au-delà de ces deux nouvelles espèces, les chercheurs ont également réalisé une autre découverte importante en identifiant pour la première fois au Cameroun Glauconycteris superba, une chauve-souris particulièrement rare. « En nous appuyant sur ce travail, nous visons à améliorer encore les connaissances en matière de conservation des chauves-souris forestières dans la région guinéo-congolaise, à mieux comprendre leurs rôles écologiques et leur importance pour les communautés locales, telles que le peuple Baka et les gardes forestiers », explique Gomeh-Djame
Jusqu’à présent, cette espèce n’avait été officiellement observée que dans sept localités réparties entre la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Ghana et la République centrafricaine. Avec cette nouvelle observation, le Cameroun devient le cinquième pays africain à enregistrer officiellement sa présence.
Pour les scientifiques, cette découverte confirme le rôle majeur des forêts camerounaises dans la conservation d’espèces rares et encore peu étudiées.
Une contribution à la connaissance et à la conservation
Les auteurs de l’étude estiment que ces travaux permettront d’améliorer les connaissances sur les chauves-souris forestières de la région guinéo-congolaise, tout en renforçant les stratégies de conservation de ces mammifères souvent méconnus.
Ils souhaitent également mieux comprendre leur rôle écologique, notamment dans la régulation des populations d’insectes, ainsi que leur importance pour les communautés locales, en particulier le peuple Baka et les gardes forestiers qui participent à la protection des espaces naturels.
Pour le professeur Eric Bertrand Fokam, chef du Département de biologie animale et de conservation de l’université de Buéa, cette découverte illustre le potentiel scientifique encore largement inexploité de la biodiversité africaine. Selon lui, les écosystèmes du Cameroun continuent de receler de nombreuses espèces encore inconnues, preuve que les recherches sur la faune du pays demeurent essentielles pour enrichir les connaissances scientifiques et mieux préserver ce patrimoine naturel exceptionnel. « Ces travaux montrent que la faune africaine en général et celle du Cameroun en particulier ont encore beaucoup de surprises à révéler à la science en termes de richesses d’espèces », a-t-il expliqué à Mongabay.
Ces découvertes illustrent une nouvelle fois le potentiel exceptionnel des écosystèmes forestiers camerounais. Elles rappellent surtout que la poursuite des recherches scientifiques et le renforcement des efforts de conservation demeurent essentiels pour préserver une biodiversité dont une partie reste encore à découvrir.
Albert BOMBA



















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