Mangroves : Une résilience inattendue qui redonne espoir aux écosystèmes côtiers

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Longtemps considérées comme des écosystèmes en déclin sous l’effet du changement climatique et des activités humaines, les mangroves démontrent aujourd’hui une capacité de résilience bien plus importante qu’on ne le pensait. C’est ce que révèle une étude publiée le 4 juin 2026 dans la revue scientifique Science par des chercheurs de la Tulane University, aux États-Unis. Les travaux montrent que, grâce aux efforts de conservation et à leur remarquable capacité de régénération naturelle, les mangroves regagnent progressivement du terrain à l’échelle mondiale, renforçant ainsi leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et la protection des littoraux.

Les chercheurs soulignent que leurs résultats remettent en question certaines perceptions alarmistes sur l’avenir de ces forêts côtières. « Nos résultats révèlent la résilience sous-estimée d’un écosystème fortement menacé, mettent en évidence les premiers effets positifs des actions de conservation et soulignent que l’arrêt de la déforestation constitue une priorité pour atteindre les objectifs de conservation grâce à la régénération naturelle », indique l’étude.

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont exploité des images satellitaires couvrant la période de 1984 à 2023. Cette analyse leur a permis d’évaluer l’évolution des superficies de mangroves à travers le monde, ainsi que les variations de leur couverture végétale, notamment la densité de leur canopée.

Les résultats montrent que les mangroves ont effectivement subi des pertes importantes de densité végétale, principalement sous l’effet des phénomènes climatiques extrêmes tels que les cyclones tropicaux. Selon les auteurs de l’étude, ces dégradations liées aux aléas climatiques ont été plus étendues que celles causées directement par la déforestation.

Toutefois, malgré ces perturbations, les mangroves ont démontré une remarquable capacité à se rétablir. Les forêts ayant résisté aux pressions climatiques et aux activités humaines ont continué à se densifier au fil du temps, accumulant davantage de biomasse et renforçant leur structure écologique.

Une capacité naturelle de régénération

L’un des enseignements majeurs de l’étude réside dans la faculté des mangroves à recoloniser spontanément des espaces qu’elles avaient auparavant perdus. Dans plusieurs régions du monde, ces écosystèmes ont réussi à reconquérir d’anciens habitats dégradés et à s’étendre vers de nouvelles zones côtières.

Cette dynamique naturelle a permis de compenser une part significative des pertes enregistrées au cours des dernières décennies. Les chercheurs estiment ainsi que les mangroves disposent d’un potentiel de restauration à grande échelle, à condition que les pressions qui s’exercent sur elles soient réduites.

Les efforts de conservation commencent à porter leurs fruits

Pour Liyabin Noundja, docteur en écologie et spécialiste de l’aménagement et de la gestion des écosystèmes au Laboratoire de botanique et d’écologie végétale de l’Université de Lomé au Togo, ces résultats reflètent également une évolution des comportements et des politiques de gestion.

Selon lui, les campagnes de sensibilisation, les initiatives de restauration et les programmes de conservation mis en œuvre dans plusieurs pays commencent à produire des effets tangibles. Il observe notamment une prise de conscience croissante de l’importance écologique et économique des mangroves auprès des populations locales. « Au Togo, par exemple, la valorisation des produits forestiers non ligneux issus des mangroves a contribué à renforcer leur conservation tout en améliorant la résilience socio-économique des communautés locales. Conscientes que la dégradation des mangroves menace directement leurs moyens de subsistance, ces communautés s’impliquent davantage dans leur protection », explique-t-il.

Maintenir les efforts pour préserver un allié du climat

Les conclusions de l’étude invitent toutefois à la prudence. Si les mangroves démontrent une capacité exceptionnelle à se régénérer, leur survie dépend encore largement des politiques de protection mises en place par les États et les acteurs locaux.

Les auteurs recommandent de faire de la préservation des mangroves existantes une priorité, estimant que ces écosystèmes possèdent déjà les ressources nécessaires pour se restaurer naturellement lorsqu’ils sont protégés des principales menaces.

Pour Liyabin Noundja, l’avenir des mangroves passe par une stratégie globale associant conservation, restauration écologique et gestion durable des ressources. Il plaide ainsi pour « une approche intégrée combinant restauration écologique, réduction des pressions exercées sur les mangroves et mesures de gestion durable ».

À l’heure où les écosystèmes côtiers subissent les effets croissants du changement climatique, la capacité des mangroves à se régénérer rappelle que la nature dispose encore d’importantes ressources pour se reconstruire, à condition que les actions humaines lui en donnent l’opportunité.

Françoise ESSONO 

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