Maroc : Entre soulagement agricole et chaos climatique

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Après sept années d’une sécheresse historique, le Royaume chérifien fait face à un retour brutal des précipitations. Si la pluie était attendue comme une bénédiction, elle se transforme en épreuve de force pour les autorités : plus de 143 000 personnes ont déjà été évacuées dans les plaines du Nord-Ouest.

Le chiffre, communiqué ce jeudi 5 février par le ministère de l’Intérieur, témoigne de l’ampleur de la crise : 143 000. C’est le nombre de citoyens déplacés, souvent dans l’urgence, pour échapper à la montée des eaux dans les plaines du Nord-Ouest.

Sur le terrain, le gouvernement a déclenché une réponse massive. Pour vider les zones menacées par la crue des rivières et le trop-plein des barrages arrivés à saturation après des semaines de pluies diluviennes les forces de sécurité et l’armée sont sur le pont. Des centaines de bus sillonnent les routes inondées pour acheminer les sinistrés vers des centres d’accueil temporaires installés à Larache, Asilah et Tanger.

Ksar El Kébir : L’épicentre de la détresse

C’est dans la région du Loukkos que le scénario est le plus dramatique. La ville de Ksar El Kébir, véritable carrefour historique, vit des heures sombres. Sous la pression de précipitations continues depuis la fin du mois de janvier, l’oued local est sorti de son lit avec une violence inédite. Dans cette cité de 120 000 habitants, l’eau a envahi les quartiers bas, transformant les rues en torrents de boue. Les opérations d’évacuation préventive s’y poursuivent jour et nuit, alors que le ciel refuse toujours de s’éclaircir durablement.

Il y a encore quelques semaines, ces pluies étaient pourtant espérées comme un miracle. Depuis décembre 2025, le pays célébrait la fin d’un cycle de sept ans de sécheresse qui avait exsangue le secteur agricole, pilier de l’économie marocaine. Mais l’euphorie a laissé place à une gestion de crise complexe.

Le spectre du changement climatique

Cette situation n’est pas qu’une simple météo capricieuse ; elle est le reflet d’une nouvelle réalité géophysique. Comme le soulignait le 6e rapport d’évaluation du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat), le bassin méditerranéen est un “point chaud” du dérèglement climatique.

Le phénomène observé au Maroc illustre parfaitement cette intensification du cycle de l’eau. L’atmosphère plus chaude retient davantage d’humidité, ce qui rend les périodes de sécheresse plus longues et les épisodes pluvieux, lorsqu’ils surviennent, infiniment plus violents. Le Royaume, bien que préparé, se retrouve en première ligne face à cette alternance brutale d’extrêmes hydrologiques.

 

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