Filière bovine : Lumière sur la hausse du prix de la viande au Cameroun

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Au Cameroun, le prix de la viande ne cesse de grimper et pèse lourdement sur le budget des ménages. Entre sous-production nationale, dépendance aux importations tchadiennes, chaîne d’intermédiaires et pratiques de « pénurie artificielle », les causes sont multiples. Dans cette interview accordée à Green And Health News, Gnambi Mominou, président du Syndicat des bouchers du Cameroun, qui prend actuellement part à la foire promotionnelle initiée par le ministère du Commerce au boulevard du 20-Mai à Yaoundé, tire la sonnette d’alarme et appelle l’État à prendre des mesures urgentes pour relancer l’élevage local et protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.

Président, on constate depuis plusieurs mois une flambée du prix de la viande dans nos marchés. À quoi est dû ce problème qui perdure ?

Il faut déjà dire que c’est la viande, certes, mais cela découle surtout du prix du bœuf, qui constitue la matière première et qui est devenu aujourd’hui trop cher en raison de la sous-production nationale. Aujourd’hui, naturellement, les bêtes consommées ici proviennent en majorité de l’extérieur, particulièrement du Tchad. C’est ce qui explique la cherté à laquelle nous faisons face.

Nous observons aussi des pratiques déloyales qui ne répondent pas à nos aspirations ni à nos traditions. Malheureusement, nous ne cessons de poser ces problèmes aux pouvoirs publics et nous espérons que des solutions seront trouvées.

Le prix varie d’une ville à l’autre. Pourquoi, dans une ville comme Yaoundé, ces prix sont-ils élevés ?

Quand vous prenez le cas de Yaoundé, qui est le marché terminal, d’autres personnes venant d’ailleurs s’y approvisionnent avant de transporter ces bêtes vers d’autres localités. Cela explique que d’autres charges s’ajoutent : le transport, les manutentions et les réalités fiscales.

Ce prix n’arrange personne. Moi qui vends, est-ce qu’en vendant même à 4 000 francs sur le marché ordinaire, j’arrive réellement à vendre ? Je n’y arrive pas, parce que le pouvoir d’achat des ménages est limité. On essaie simplement de jongler pour écouler les stocks.

Pourtant, on voit beaucoup de monde s’approvisionner en ce lieu. Comment l’expliquez-vous ?

Parce que le prix ici est accessible. Par exemple, on passe de 3 500 voire 4 000 francs dans les marchés ordinaires à 3 000 francs le kilo sans os. Avec os, le prix passe de plus de 3 000 francs à 2 700 francs, de manière exceptionnelle.

C’est l’occasion de dire infiniment merci à Monsieur le ministre du Commerce, qui supporte en grande partie cette charge. Notre souhait est que cela soit ainsi partout.

Quelles solutions proposez-vous pour stabiliser les prix de la viande ?

Il faut des bases solides et durables. Je prends un cas pratique : nous achetons une bête sur pied et, en aval, nous détaillons au kilogramme. Pourquoi ne pas introduire le kilogramme en amont afin de déterminer le poids de la bête à l’achat ? Cela rendrait le système plus rationnel.

On aurait ainsi le prix du brut, le prix de la carcasse et, enfin, le prix du kilo sur les étals. C’est important.

L’achat sur pied crée une longue chaîne d’intermédiaires qui renchérissent les prix. Quelqu’un achète, puis revend à un autre, qui revend à son tour, et ainsi de suite.

On parle beaucoup de l’influence des commerçants étrangers. Quel est le problème ?

Quand je dis qu’au Cameroun, ce sont les Tchadiens qui ont élu domicile ici, c’est parce qu’ils dictent leurs lois. Ils vendent à leurs frères et ont même écarté plusieurs compatriotes camerounais qui exerçaient dans ce domaine.

Au niveau de la frontière, ils paient leurs impôts de l’autre côté. Mais ici, certaines associations camerounaises leur facilitent les choses. Ils ne paient rien, obtiennent leurs documents et opèrent. Du coup, ils deviennent « camerounais » parce qu’on leur a établi une carte. Ils dictent leurs lois sur nos marchés avec la contribution de certains Camerounais. Nous perdons en économie et en identité. Cela nous préoccupe.

Et la question de la pénurie artificielle ?

Il y a des associations qui s’érigent parfois en pouvoirs publics pour faciliter des pratiques déloyales. Les bêtes qui arrivent et qui sont destinées à la commercialisation sont parfois retenues. C’est ce qu’on appelle la pénurie artificielle. C’est une forme de spéculation sur le marché.

Quand ici on ajoute cent francs, là-bas ils ajoutent cent mille francs sur la bête. Si rien n’est fait, le kilo pourrait atteindre 10 000 francs.

Le Cameroun ne peut-il pas relancer sa production locale ?

Il faut relancer la production nationale. Il faut aussi limiter les exportations massives.

On parle de la zone de libre-échange dans la sous-région, mais il faut également protéger la consommation nationale. Peut-on tout donner aux autres ?

Il faut développer un élevage industriel capable de répondre à la demande nationale. À Yaoundé seulement, l’abattoir abat six cents bêtes par jour. Pendant les fêtes, ce chiffre dépasse mille bêtes par jour. Imaginez combien de devises s’envolent. Nous avons le climat, la végétation et toutes les ressources nécessaires pour ne pas nous retrouver dans cette situation.

Pourquoi ne ressent-on pas d’actions fortes de la part des syndicats comme le vôtre ?

Nous avons une mission d’information et de dénonciation, mais nous n’avons pas un pouvoir de décision.

Depuis quinze ans, nous posons la question des ponts-bascules pour déterminer le poids des bêtes. Nous avons également proposé la mise sur pied d’une interprofession bovine. Il faut que le secteur soit bien structuré afin d’avoir des interlocuteurs directs avec lesquels l’État pourra discuter.

Nous jouons notre rôle. Si nous ne le faisions pas, vous ne seriez pas là aujourd’hui. Il faut impliquer les acteurs dans la prise de décision.

Avez-vous un appel à lancer en guise de dernier mot ?

Notre dernier mot est que nous souhaitons que l’État se penche sur ces problèmes et apporte des solutions afin que ce produit soit accessible à tous. Quand le produit est accessible, j’écoule facilement mes stocks. Le consommateur achète, les populations vivent mieux et cela stimule notre économie.

Nous invitons chacun à faire son travail. Il faut porter les problèmes et les résoudre, surtout lorsqu’on dispose des moyens de le faire. Pour le pouvoir exécutif, il suffit d’une volonté politique pour que ces problèmes soient résolus.

Propos recueillis par Germaine Ngo Holl

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