Climat : Le réveil nécessaire des métropoles africaines face au désengagement des grandes puissances

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Alors que les États-Unis confirment leur retrait des accords climatiques mondiaux, les villes africaines, en première ligne face aux catastrophes, doivent passer de la résilience passive à l’offensive stratégique. Le temps de l’attente est révolu : la survie économique du continent se joue désormais à l’échelle locale.

​Selon l’institut d’étude de sécurité, les villes africaines subissent de plein fouet le changement climatique et ne peuvent pas attendre une solidarité internationale incertaine. L’annonce du retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations unies (CCNUCC) et de 65 autres cadres internationaux marque un point de rupture. Avec la perte d’un contributeur historique pesant 20 % du budget de base, c’est tout l’édifice de la justice climatique qui vacille.

​Ce virage isolationniste, marqué par l’approche « America First », réduit les budgets de développement au profit des intérêts sécuritaires. Pour l’Afrique, le message est clair : la solidarité internationale est un horizon qui s’éloigne. Les cités africaines ne peuvent plus fonder leur avenir sur des promesses de financements extérieurs incertains.

​Les villes africaines, épicentres de la vulnérabilité

​Le paradoxe urbain est frappant : si les villes génèrent 80 % du PIB mondial, elles sont aussi responsables de 70 % des émissions. En Afrique, cette équation est aggravée par une croissance démographique galopante (3,5 % par an). Sur les 100 villes à la croissance la plus rapide au monde, 86 sont africaines ; 83 % des métropoles du continent sont classées en zone de « risque climatique extrême » ; plus de 265 millions de personnes vivent dans des quartiers précaires, souvent situés sur des terrains inconstructibles, sans infrastructures de drainage ni services de base.

L’impasse des « Pertes et Dommages »

​Le concept de « pertes et dommages » ces impacts climatiques irréversibles que l’adaptation ne peut plus prévenir est au cœur des débats. Pourtant, les outils de mesure actuels ignorent largement la réalité urbaine. En novembre 2025, le Fonds d’intervention (FRLD) n’avait recueilli que 817 millions de dollars, une goutte d’eau face aux besoins estimés entre 128 et 937 milliards de dollars. Il n’existe pas encore de « science des pertes » spécifique aux villes. Les calculs se basent sur le PIB national, oubliant que la destruction d’un quartier d’affaires ou d’un pôle industriel urbain paralyse l’économie tout entière.

​Les leviers d’une nouvelle souveraineté urbaine

​Face à l’urgence, les municipalités et les gouvernements nationaux doivent adopter une approche proactive. Le rapport de l’Institut d’études de sécurité propose quatre axes de mobilisation : mener des diagnostics locaux incluant les pertes économiques (infrastructures) mais aussi non économiques (santé, culture, lien social) ; les maires africains doivent s’unir via des réseaux internationaux pour peser sur les décisions de la CCNUCC, malgré leur absence de statut de « partie » aux conventions ; aligner les plans d’urbanisme locaux avec les stratégies nationales (CDN) pour débloquer des financements cohérents ; créer des mécanismes de partage de ressources et d’expertise entre les villes du Sud pour pallier le retrait des experts du Nord ; transformer l’urbanisation, aujourd’hui perçue comme un risque, en un moteur de résilience. Si les villes africaines parviennent à gérer leur densité et à sécuriser leurs infrastructures, elles deviendront les forteresses de la prospérité continentale de demain.

Albert BOMBA

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