Lutte contre la fraude électrique au Cameroun : Le REDCO redoute un embrasement social

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Alors que le ministère de l’Eau et de l’Énergie lance une vaste campagne de répression contre les branchements illicites, le Réseau des Défenseurs des Droits des Consommateurs (REDCO) monte au créneau. Si l’organisation salue l’assainissement du secteur, elle appelle Yaoundé à privilégier la pédagogie pour éviter que la traque aux « fraudeurs » ne vire à l’affrontement dans les quartiers populaires.

​Le compte à rebours a commencé. Depuis le 15 mars 2026, les équipes de contrôle sont déployées sur le terrain pour démanteler les réseaux de fraude à l’électricité, surnommés « réseaux parallèles ». Une initiative du ministère de l’Eau et de l’Énergie qui vise à sécuriser les installations et à éponger les lourdes pertes financières du secteur. Mais pour le REDCO, cette offensive, si elle reste purement répressive, ressemble à une étincelle jetée sur un baril de poudre.

​Un constat partagé, une méthode contestée

​Dans un communiqué publié ce 16 mars, Marie Hélène Ebieline, coordinatrice du REDCO, ne conteste pas la légitimité de l’opération. La fraude est un fléau : elle met en péril la sécurité des riverains et fragilise l’équilibre économique de la filière. Cependant, le réseau souligne que cette campagne intervient dans un climat de défiance profonde entre les usagers et l’opérateur historique, Eneo Cameroon.

​« Les consommateurs sont à bout », semble prévenir l’organisation. Entre délestages chroniques, surfacturations jugées arbitraires et dommages causés aux appareils électroménagers par les variations de tension, le quotidien des Camerounais est déjà lourdement impacté. Pour beaucoup, la “fraude” est perçue, à tort ou à raison, comme une réponse désespérée à un service public défaillant et à des procédures d’abonnement kafkaïennes.

​Le spectre des tensions sociales

​Le REDCO tire la sonnette d’alarme : intervenir brutalement dans les quartiers sans dialogue préalable pourrait provoquer des scènes d’hostilité. Dans des zones où la frustration est à son comble, la vue des agents de répression risque d’être le catalyseur de tensions sociales majeures.

​Pour éviter ce scénario, le Réseau préconise une approche en trois piliers. Le premier pilier est d’expliquer les dangers réels de la fraude (incendies, électrocutions) plutôt que de simplement punir ; impliquer les chefs de quartiers, les leaders d’opinion et les associations de consommateurs dans le processus de sensibilisation ; le REDCO estime que la lutte contre l’illégalité ne peut être dissociée d’une amélioration concrète de la qualité du service et d’une plus grande transparence tarifaire.

​Pour un contrat de confiance

​En appelant à l’inclusion de la société civile, Marie Hélène Ebieline propose une main tendue au gouvernement. L’objectif est clair : transformer une opération de police en un projet de citoyenneté partagée. « La lutte contre la fraude est une responsabilité collective », rappelle le communiqué, tout en insistant sur le fait que l’État doit d’abord restaurer la confiance pour obtenir l’adhésion des populations.

​Le défi pour les autorités est désormais de naviguer entre fermeté nécessaire et apaisement social, dans un secteur de l’énergie où chaque étincelle peut provoquer un court-circuit politique.

Jean NDI

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