Bois et mobilier : Le bois présenté comme un levier stratégique pour la construction et l’économie camerounaise

La valorisation du bois comme matériau de construction durable et moteur de développement économique était au cœur des échanges lors de la 9ᵉ édition du Salon du bois et du mobilier, organisée par l’Association Artisan au féminin en marge de la 10ᵉ édition du Salon international de l’entreprise, de la PME et du partenariat (PROMOTE 2026). L’événement s’est tenu au Palais des Congrès de Yaoundé autour du thème : « Le bois, un atout pour l’économie camerounaise face aux défis environnementaux et économiques ».
Cette rencontre a réuni des professionnels du secteur forestier, des artisans, des architectes, des ingénieurs ainsi que des acteurs institutionnels venus réfléchir aux opportunités qu’offre le bois dans un contexte marqué par les enjeux de développement durable, de transition écologique et de diversification économique.
Parmi les intervenants, Winnie Zambo, ingénieur senior de génie civil, a plaidé pour une nouvelle perception du bois au Cameroun. Selon elle, ce matériau demeure encore largement associé à la fabrication de meubles, d’objets décoratifs ou à des usages artisanaux, alors qu’il possède un potentiel considérable dans le domaine de la construction et des infrastructures.
Au cours de sa présentation, l’experte a invité les participants à changer de paradigme en considérant le bois non plus seulement comme un matériau de finition ou de décoration, mais comme un véritable élément structurel capable de répondre aux exigences techniques des ouvrages modernes. « Il était question de présenter les avantages et les perspectives du bois dans notre contexte camerounais. Nous devons dépasser la vision traditionnelle qui limite son utilisation au mobilier ou aux éléments décoratifs pour envisager davantage ses applications structurelles », a-t-elle expliqué.
Des exemples concrets d’utilisation du bois comme matériau structurel
Pour illustrer son propos, Winnie Zambo a présenté plusieurs réalisations démontrant les capacités techniques du bois dans le secteur du bâtiment. Le premier exemple concernait une maison construite sur pilotis, dont les fondations reposent sur une structure en bois. Cette approche met en évidence la résistance et l’adaptabilité du matériau dans certaines configurations architecturales et environnementales.
L’ingénieure a également cité la Basilique Marie-Reine des Apôtres de Nkolbisson, à Yaoundé, comme l’un des projets emblématiques de l’utilisation du bois dans les grandes infrastructures. Construite il y a près de vingt ans, cette imposante bâtisse se distingue par ses dimensions impressionnantes, avec une hauteur d’environ 32 mètres et une largeur de 75 mètres.
La particularité de cet édifice réside dans sa majestueuse charpente réalisée grâce à la technique du lamellé-collé, un procédé consistant à assembler plusieurs couches de bois afin d’obtenir des éléments de grande portée et à haute résistance mécanique.
Pour la spécialiste, cette réalisation constitue une preuve tangible que le bois peut être utilisé dans des ouvrages complexes et de grande envergure, bien au-delà des usages classiques auxquels il est généralement associé au Cameroun.
Un potentiel encore sous-exploité
Au-delà des exemples pratiques, l’intervention a mis en lumière les nombreuses perspectives qu’offre le bois pour le secteur de la construction au Cameroun. Doté d’importantes ressources forestières, le pays dispose d’un avantage comparatif susceptible de soutenir le développement d’une industrie locale de transformation à forte valeur ajoutée.
L’utilisation accrue du bois dans les bâtiments pourrait également contribuer à réduire l’empreinte carbone du secteur du BTP, tout en favorisant la création d’emplois dans les filières forestières et industrielles. Cependant, selon Winnie Zambo, le développement de cette filière passe nécessairement par un meilleur encadrement technique et réglementaire.
Vers l’élaboration de normes adaptées aux bois tropicaux
L’ingénieure a ainsi appelé les autorités compétentes et les organismes de normalisation à renforcer le cadre normatif relatif à l’utilisation du bois dans les constructions. Elle recommande notamment une adaptation des standards internationaux au contexte camerounais, en s’inspirant des dispositions de l’Eurocode 5, référence européenne en matière de conception et de calcul des structures en bois.
Ce référentiel définit les exigences techniques permettant de garantir la sécurité, la durabilité et la performance des ouvrages réalisés à partir de ce matériau. Selon elle, l’élaboration de normes tenant compte des spécificités des essences tropicales locales constituerait une étape majeure pour encourager l’intégration du bois dans les projets de construction modernes. « Si le Cameroun parvient à s’arrimer à ce type de référentiel, tout en l’adaptant à ses réalités climatiques et à ses essences forestières, cela représenterait une innovation importante et une véritable avancée pour le secteur », a-t-elle souligné.
Un enjeu économique et environnemental
À travers cette 9ᵉ édition du Salon du bois et du mobilier, les organisateurs ont voulu démontrer que le bois peut jouer un rôle déterminant dans la transformation économique du Cameroun. En favorisant une exploitation durable de la ressource forestière et en développant de nouveaux usages à forte valeur ajoutée, le pays pourrait renforcer sa compétitivité tout en répondant aux défis environnementaux actuels.
Les échanges ont ainsi mis en évidence la nécessité de promouvoir davantage l’innovation, la recherche et la normalisation afin de faire du bois un matériau incontournable de la construction durable au Cameroun.
Jean Luc Atangana



















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