Agroécologie : Inades-Formation Cameroun plaide pour réduire les intrants chimiques

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À l’occasion de la deuxième conférence du bassin du Congo sur l’agroécologie et les systèmes alimentaires durables, Martial Mvondo, responsable plaidoyer à Inades-Formation Cameroun, revient sur les actions menées par l’organisation auprès des producteurs. Entre promotion des alternatives aux pesticides et engrais chimiques, restauration des sols et défense des peuples autochtones, l’organisation entend accélérer la transition vers une agriculture plus durable.

La réduction de l’utilisation des intrants chimiques de synthèse constitue aujourd’hui l’un des principaux axes du plaidoyer d’Inades-Formation Cameroun. Présente à Yaoundé dans le cadre de la deuxième conférence du bassin du Congo, l’organisation, membre du comité d’organisation et partenaire de la rencontre, entend promouvoir des pratiques agricoles susceptibles de concilier production, santé et protection de l’environnement. « Notre combat actuel, c’est qu’on est en train de se lancer vers la réduction de l’utilisation des intrants chimiques de synthèse, c’est-à-dire les pesticides et les engrais chimiques », explique Martial Mvondo, responsable plaidoyer à Inades-Formation Cameroun.

L’organisation travaille directement avec les producteurs dans plusieurs domaines, notamment l’agroécologie, l’agriculture, la microfinance communautaire et l’économie redistributive. Pour accompagner cette transition, Inades-Formation Cameroun met en avant des solutions alternatives aux produits chimiques. Parmi celles-ci figurent le compostage, notamment le compost produit en 21 jours, ainsi que les biopestifuges. Un choix de vocabulaire qui traduit une philosophie : en agroécologie, l’objectif n’est pas nécessairement de détruire les organismes présents dans les champs, mais de limiter leur impact sur les cultures tout en préservant les équilibres naturels.

Cette approche part du constat que les insectes jouent également un rôle essentiel dans les écosystèmes agricoles, notamment dans la pollinisation. Pour Inades-Formation Cameroun, une agriculture durable doit donc chercher à maîtriser les ravageurs sans compromettre les auxiliaires indispensables à la production.

Restaurer les sols plutôt que rechercher uniquement le rendement

La transition vers les intrants organiques se heurte toutefois à une difficulté majeure : convaincre les producteurs de modifier leurs habitudes. Lorsqu’un agriculteur obtient plusieurs tonnes de production grâce aux engrais chimiques, l’adoption immédiate du compost peut lui sembler économiquement peu avantageuse si les rendements diminuent au cours des premières campagnes. « Si quelqu’un est habitué à utiliser son engrais chimique et qu’il produisait huit tonnes de maïs, tu lui demandes d’utiliser le compost qui va donner trois à quatre tonnes, il va regarder la rentabilité », relève Martial Mvondo.

Pour l’organisation, cette comparaison doit cependant être élargie. Le rendement immédiat ne constitue pas le seul indicateur à prendre en compte. La santé des consommateurs, la fertilité des sols et la préservation de l’environnement doivent également entrer dans l’évaluation. Selon Inades-Formation Cameroun, les intrants organiques présentent ainsi un double avantage : ils nourrissent les plantes tout en contribuant à la restauration des sols. Les premières années peuvent être marquées par des rendements plus faibles, mais la fertilité du sol est progressivement reconstituée. À l’inverse, l’utilisation prolongée d’intrants chimiques peut contribuer à la dégradation des terres et fragiliser durablement les systèmes de production.

Cette transition reste néanmoins confrontée à des contraintes matérielles et financières. Certains producteurs sont disposés à adopter les pratiques agroécologiques, mais ne disposent pas des équipements ou des ressources nécessaires pour produire suffisamment de compost ou d’autres alternatives organiques. L’accompagnement technique et le financement apparaissent donc comme des conditions essentielles à l’élargissement de ces pratiques.

Défendre les savoirs et les droits des communautés

Le plaidoyer d’Inades-Formation Cameroun dépasse par ailleurs la seule question des intrants. En 2024, l’organisation a lancé l’initiative « Aliment Terre », fondée sur l’idée que l’alimentation constitue un droit et que les choix des consommateurs peuvent influencer les systèmes de production. Elle encourage ainsi un retour aux pratiques agricoles ancestrales et à la valorisation des savoir-faire locaux.

L’organisation intervient également dans la protection des droits des peuples autochtones. Elle accompagne notamment les communautés Baka dans la région de l’Est et dans le Sud du Cameroun, en lien avec les mécanismes de protection de leurs droits.

À travers ces différentes actions, Inades-Formation Cameroun veut contribuer à une transformation progressive des systèmes alimentaires. Son plaidoyer s’inscrit désormais autour d’une priorité clairement assumée : réduire les intrants chimiques de synthèse et favoriser l’agroécologie comme modèle de production plus respectueux des sols, de l’environnement et de la santé.

Jean NDI

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