Angola : Douze girafes réintroduites dans le parc national de Bicuar

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Après plusieurs décennies de déclin liées notamment à la guerre civile, au braconnage et à la dégradation des habitats, l’Angola poursuit ses efforts pour restaurer ses populations de girafes. Douze individus de l’espèce angolaise ont été transférés de Namibie vers le parc national de Bicuar, dans le cadre d’un programme national de conservation couvrant la période 2026-2030.

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la restauration de la faune sauvage en Angola. Début août 2026, douze girafes angolaises (Giraffa giraffa angolensis) ont été transférées depuis la Namibie vers le Parc national de Bicuar, situé dans le sud-ouest du pays. Cette opération est portée conjointement par la Giraffe Conservation Foundation (GCF), organisation consacrée à la conservation des girafes sauvages en Afrique, et l’Instituto Nacional da Biodiversidade e Áreas de Conservação (INBAC), chargé de la gestion des aires protégées angolaises. Elle s’inscrit dans le cadre du Plan d’action national pour la conservation des girafes en Angola 2026-2030, approuvé par le président João Lourenço.

La réintroduction intervient dans un pays où les populations de girafes ont été durement affectées par plusieurs décennies de conflit armé. La guerre civile, qui a ravagé l’Angola de 1975 à 2002, a notamment favorisé le braconnage et contribué à la dégradation de nombreux habitats naturels. La disparition progressive de certaines espèces emblématiques a ainsi laissé des zones autrefois occupées par les girafes sans populations viables. La restauration de ces animaux constitue aujourd’hui l’un des objectifs du programme national de conservation.

Le transfert vers Bicuar ne constitue toutefois pas une opération isolée. Il s’appuie sur les résultats obtenus lors de précédentes translocations réalisées dans le Parc national d’Iona, dans le sud-ouest de l’Angola, à proximité de la frontière namibienne. Deux troupeaux de girafes angolaises y avaient été réintroduits avec succès en 2023 et 2024. Ces expériences ont permis de renforcer les connaissances sur les conditions nécessaires à la réinstallation durable de l’espèce dans les paysages angolais.

Des girafes placées sous surveillance permanente

Une fois installés dans leur nouvel environnement, les douze animaux feront l’objet d’un suivi régulier assuré sur le terrain par les équipes de l’INBAC. Pour renforcer cette surveillance, chaque girafe a été équipée d’une balise GPS alimentée à l’énergie solaire et fixée à la queue. Ce dispositif permettra de suivre leurs déplacements et de recueillir des informations sur leur adaptation au nouvel habitat.

Stéphanie Fennessy, cofondatrice et directrice générale de GCF, explique que son organisation poursuivra également un suivi à distance, en collaboration avec l’INBAC. Cette surveillance doit permettre de mieux comprendre les mouvements des animaux, leurs zones de fréquentation et leur adaptation aux conditions écologiques du parc. Le recours aux nouvelles technologies constitue ainsi un outil important pour accompagner la réintroduction et intervenir rapidement en cas de problème.

L’importance des études scientifiques avant toute réintroduction

Pour les spécialistes de la conservation, le transfert d’animaux sauvages ne peut toutefois se limiter à leur déplacement vers une aire protégée. La réussite d’une telle opération dépend également de la qualité de l’habitat, de la disponibilité des ressources et de la capacité du territoire à accueillir durablement une nouvelle population.

L’écologiste américaine Shannon Boudreaux estime notamment qu’une évaluation scientifique de l’adéquation de l’habitat à l’échelle du paysage ainsi qu’une analyse de la viabilité future de la population peuvent contribuer à déterminer si une réintroduction est pertinente et à identifier les sites les plus appropriés. Elle insiste également sur la nécessité d’étudier les activités humaines susceptibles d’affecter les animaux après leur introduction. L’exploitation forestière, le braconnage et d’autres activités socio-économiques peuvent en effet compromettre la sécurité des girafes et limiter les chances de constitution d’une population durable.

La conservation doit donc prendre en compte non seulement les animaux, mais également les communautés et les activités qui se développent autour des espaces protégés.

Les communautés, un maillon essentiel de la conservation

Au-delà du suivi scientifique, la sensibilisation des populations locales apparaît comme une composante importante du programme. La protection à long terme des girafes dépendra notamment de la capacité des gestionnaires à maintenir un environnement favorable autour des zones où les animaux évoluent.

La lutte contre le braconnage, la préservation des habitats et la réduction des pressions humaines nécessitent ainsi une implication des communautés riveraines. Pour les spécialistes, l’élaboration de plans de gestion détaillés, associés à un suivi continu des animaux réintroduits, doit permettre d’identifier rapidement les menaces et d’adapter les mesures de conservation.

Des « ingénieurs » indispensables aux écosystèmes

La réintroduction des girafes ne répond pas uniquement à un objectif de restauration d’une espèce emblématique. Ces grands herbivores jouent également un rôle écologique important dans les savanes africaines. En se nourrissant dans les parties supérieures des arbres, les girafes contribuent à modifier la structure de la végétation. Leur broutage favorise notamment la croissance de nouvelles pousses, réduit la densité du feuillage dans certaines zones et permet à la lumière d’atteindre davantage le sol. Elles participent également à la pollinisation de certains arbres à fleurs. Leur grande taille leur permet d’atteindre des parties de la végétation difficilement accessibles à d’autres herbivores.

Leur présence bénéficie par ailleurs à d’autres espèces. Leur hauteur et leur capacité à détecter les prédateurs peuvent servir de système d’alerte pour la faune environnante. Elles constituent aussi, dans certains écosystèmes, des proies pour de grands carnivores. Des oiseaux comme les pique-bœufs peuvent également profiter de leur présence en se nourrissant des parasites présents sur leur corps. La conservation de la girafe contribue donc à maintenir plusieurs interactions au sein des écosystèmes de savane.

Une espèce encore vulnérable

Malgré les efforts de conservation engagés dans plusieurs pays, les populations de girafes demeurent fragiles. Selon la GCF, l’Afrique compterait environ 140 000 girafes, tandis que la population de girafes angolaises est estimée à environ 15 600 individus. L’UICN classe par ailleurs la girafe dans la catégorie « vulnérable » sur sa Liste rouge des espèces menacées.

La situation varie toutefois fortement selon les sous-populations et les régions. Certaines connaissent une progression grâce aux programmes de protection et de réintroduction, tandis que d’autres restent confrontées à la perte d’habitat, au braconnage et aux pressions liées aux activités humaines.

Bicuar, une étape avant d’autres réintroductions

L’arrivée des douze girafes constitue ainsi une nouvelle étape du programme angolais de restauration de l’espèce. Les autorités et leurs partenaires envisagent déjà d’autres opérations de translocation dans les prochaines années. Le Parc national de Kissama, situé au nord-ouest du pays, ainsi que le Parc régional de Chimalavera, dans le centre-ouest, figurent parmi les sites envisagés pour les prochaines phases du programme.

À travers ces différentes opérations, l’Angola cherche à reconstituer des populations viables de girafes dans plusieurs régions du pays. L’objectif est également de renforcer la connectivité des habitats et de restaurer progressivement les fonctions écologiques assurées par ces grands herbivores. Avec la réintroduction à Bicuar, le pays poursuit donc une stratégie de long terme : passer d’initiatives ponctuelles de retour de la faune à un véritable programme national de restauration des populations de girafes, fondé sur la science, le suivi technologique, la protection des habitats et l’implication des acteurs locaux.

Albert BOMBA

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