Aquaculture : La contre-offensive du Cameroun pour briser le cycle des importations

0
21

Face à un déficit de 270 000 tonnes de poisson par an, le gouvernement camerounais accélère la formation de ses cadres techniques. Objectif : transformer la pisciculture locale en un levier de souveraineté pour stopper l’hémorragie des devises.

Le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA) vient de franchir une étape clé dans sa stratégie de conquête halieutique. Le 1er février dernier, une trentaine d’agronomes et de professionnels venus des dix régions du pays ont achevé une formation intensive de quatre jours à Yaoundé.

Soutenu par la Caisse de Développement de la Pêche Maritime, cet atelier n’était pas une simple session théorique. Il s’agissait de doter ces “bras armés” de l’État de compétences pointues notamment sur la gestion optimisée des étangs et la reproduction artificielle et techniques post-récolte. L’enjeu est de taille : limiter les pertes après capture, notamment via le fumage, pour garantir un produit local de haute qualité sur les étals.

La guerre de l’aliment : Le verrou de la rentabilité

Le véritable nerf de la guerre pour les pisciculteurs camerounais reste le coût de la nourriture pour poissons. Actuellement, la dépendance aux intrants importés plombe la rentabilité des fermes.

L’atelier a donc consacré un volet crucial à la fabrication locale d’aliments. En apprenant aux ingénieurs à formuler des rations à partir de ressources locales, le gouvernement espère faire baisser drastiquement les charges de production. C’est la condition sine qua non pour que le poisson d’élevage camerounais devienne compétitif face au poisson congelé importé.

Horizon 2030 : L’ambition du “presque 100% local”

La stratégie du MINEPIA s’inscrit dans une vision macroéconomique claire, dictée par le Plan intégré agropastoral (PIISAH) 2024-2026 et la SND30. Le constat est que le Cameroun consomme 500 000 tonnes de poisson par an, mais n’en produit que la moitié. L’objectif est d’atteindre une production de 450 000 tonnes d’ici 2030 et réduire la dépendance aux importations à seulement 3 % des besoins, contre plus de 50 % aujourd’hui.

Un enjeu de devises et de nutrition

Au-delà des chiffres, c’est une question de sécurité nationale. Avec une consommation de 15,4 kg par habitant et par an, le poisson est la principale source de protéines animales des ménages camerounais. Chaque tonne importée représente une ponction sur les réserves de change du pays.

Pour les participants à cet atelier, le sentiment d’urgence est partagé. « Cette mise à niveau technique nous permet de retourner sur le terrain avec des solutions concrètes pour les producteurs », confie l’un des agronomes. En transformant la structure de sa production, le Cameroun ne cherche pas seulement à nourrir sa population, mais à protéger son économie et à créer des emplois ruraux durables.

Leave a reply