Dangote Cement Cameroun : Les ventes de ciment chutent de 13,1% malgré les ambitions d’expansion

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La filiale camerounaise de Dangote Cement a enregistré un net repli de ses ventes au cours des six premiers mois de l’année 2026. Selon les résultats financiers semestriels non audités publiés le 29 juillet 2026 par le groupe nigérian, l’entreprise a commercialisé 596 800 tonnes de ciment entre janvier et juin, contre environ 686 800 tonnes à la même période en 2025, soit une baisse de 13,1 %.

Cette contre-performance intervient pourtant dans un contexte où le cimentier affiche de grandes ambitions sur le marché camerounais. En juin dernier, le groupe avait annoncé son intention de doubler sa capacité de production dans le pays, en la portant de 1,5 million à 3 millions de tonnes par an d’ici 2028. Toutefois, les chiffres du premier semestre montrent que l’entreprise devra d’abord renouer avec une dynamique commerciale plus favorable avant de concrétiser cet objectif.

Les résultats publiés par Dangote Cement indiquent que la filiale camerounaise avait écoulé 300 000 tonnes de ciment au premier trimestre 2026. Par différence, les ventes du deuxième trimestre s’établissent à 296 800 tonnes, soit un léger recul de 1,1 % par rapport aux trois premiers mois de l’année. Cette évolution traduit une absence de reprise de l’activité commerciale. Malgré un ralentissement du rythme de la baisse par rapport au début de l’année, les volumes restent inférieurs à ceux enregistrés au premier trimestre, confirmant que le marché demeure peu dynamique. Sur l’ensemble du semestre, la filiale a perdu près de 90 000 tonnes de ventes en comparaison avec la même période de 2025.

Les estimations issues des données publiées montrent néanmoins que la contraction semble progressivement s’atténuer. Alors que les ventes avaient chuté de près de 15,8 % au premier trimestre, le recul observé entre avril et juin serait proche de 10 %, selon les calculs réalisés à partir des chiffres communiqués par le groupe. Cette amélioration reste toutefois insuffisante pour parler d’un véritable rebond de l’activité.

Un marché pénalisé par le ralentissement des investissements

Dangote Cement attribue cette baisse de ses performances à plusieurs facteurs conjoncturel. Dans son rapport semestriel, le groupe évoque notamment le ralentissement de l’activité de construction observé dans le contexte post-électoral, les retards enregistrés dans l’exécution des dépenses publiques ainsi que le ralentissement de plusieurs projets d’infrastructures. Pour le cimentier, cette situation demeure temporaire et devrait progressivement s’améliorer avec la reprise attendue des investissements publics et l’accélération des grands chantiers.

Toutefois, ces explications reflètent l’analyse de l’entreprise. En l’absence de statistiques consolidées sur les ventes de l’ensemble des producteurs présents sur le marché camerounais, il est difficile de déterminer dans quelle mesure cette baisse résulte uniquement du ralentissement de la demande ou d’une éventuelle redistribution des parts de marché entre les différents opérateurs. Les données disponibles ne permettent pas non plus de conclure à une diminution équivalente de la consommation nationale de ciment.

Un objectif de trois millions de tonnes encore éloigné

Les résultats du premier semestre illustrent également l’ampleur du défi que devra relever Dangote Cement pour atteindre l’objectif de trois millions de tonnes de capacité annoncé pour 2028. En extrapolant mécaniquement les ventes réalisées au cours des six premiers mois, la filiale écoulerait environ 1,194 million de tonnes sur l’ensemble de l’année 2026. Ce volume représente près de 80 % de la capacité actuelle de production de l’usine de Douala, fixée à 1,5 million de tonnes par an.

En revanche, il ne correspondrait qu’à environ 40 % de la capacité visée à l’horizon 2028. Ces chiffres ne traduisent toutefois pas le taux réel d’utilisation des installations industrielles. Les états financiers du groupe ne fournissent aucune indication sur la production effectivement réalisée par l’usine, ni sur les niveaux de stocks disponibles. Ils permettent néanmoins de mesurer l’effort commercial que devra fournir l’entreprise. À rythme constant, Dangote devrait multiplier ses ventes par environ deux fois et demie pour absorber une capacité de trois millions de tonnes.

Une dépendance persistante au clinker importé

L’organisation industrielle de Dangote Cement au Cameroun explique en partie cette stratégie d’expansion. Contrairement à une cimenterie intégrée, l’usine de Douala est une unité de broyage. Le clinker, principal composant entrant dans la fabrication du ciment, est importé depuis les installations du groupe au Nigeria avant d’être broyé avec de la pouzzolane locale et du gypse.

Cette organisation permet au groupe nigérian d’optimiser l’utilisation de ses importantes capacités de production de clinker tout en limitant les investissements nécessaires dans chacun des pays où il est implanté. Les résultats semestriels montrent ainsi que les usines nigérianes de Dangote ont exporté 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana au cours des six premiers mois de 2026, soit une progression de 56,7 % par rapport à l’année précédente.

Le groupe ne précise toutefois pas la répartition exacte de ces volumes entre les deux marchés. Cette stratégie confirme le rôle du Cameroun comme plateforme de broyage au sein du dispositif industriel régional de Dangote, tandis que la production du clinker demeure concentrée au Nigeria.

Une dépendance qui pèse sur la balance commerciale

Cette configuration industrielle maintient également le Cameroun dans une forte dépendance vis-à-vis des importations de clinker. Selon les données provisoires de l’Institut national de la statistique (INS), le pays a importé 3,1 millions de tonnes de clinker en 2025, pour une valeur estimée à 97,3 milliards de FCFA. Ces importations ont progressé de plus de 20 % en volume par rapport à 2024 et représentent désormais près de 2 % de la valeur totale des importations du Cameroun.

Dans ce contexte, la nature du futur investissement annoncé par Dangote revêt une importance particulière. Si le projet consiste uniquement à construire une nouvelle unité de broyage, les capacités locales de fabrication de ciment augmenteront certes, mais les besoins d’importation de clinker continueront également de croître.

En revanche, la mise en place d’une cimenterie intégrée, dotée d’un four de cuisson et exploitant une carrière de calcaire, permettrait de renforcer davantage l’intégration industrielle de la filière et de réduire progressivement cette dépendance extérieure.

Un projet encore entouré d’incertitudes

L’ambition de porter les capacités camerounaises à trois millions de tonnes n’est pas nouvelle. Dès l’inauguration de son usine en 2015, Dangote évoquait déjà la possibilité d’atteindre ce niveau de production. Pourtant, onze ans plus tard, la capacité officiellement installée demeure fixée à 1,5 million de tonnes par an.

Le projet a été relancé le 21 juillet 2026, à l’issue d’une audience accordée au vice-président du groupe Dangote, Devakumar Edwin, par le Premier ministre Joseph Dion Ngute. À cette occasion, le dirigeant avait annoncé l’intention de construire une nouvelle cimenterie à Douala, précisant que des visites de terrain devaient encore permettre d’identifier le site d’implantation. Cette déclaration montre toutefois que le projet reste à un stade préparatoire.

Aucune information officielle n’a encore été publiée concernant le coût exact de l’investissement au Cameroun, le calendrier de réalisation des travaux, les caractéristiques techniques de la future installation ou encore la présence éventuelle d’un four destiné à produire localement le clinker.

Des interrogations subsistent également sur la localisation du projet. Quelques semaines auparavant, la filiale camerounaise évoquait simultanément l’extension de l’usine de Douala et la relance d’un projet de nouvelle cimenterie dans la zone industrielle de Yaoundé. Le groupe n’a pas encore précisé si ces annonces concernent deux projets distincts ou une évolution de la stratégie initialement envisagée.

L’accord avec Sinoma ne lève pas les incertitudes

Les interrogations demeurent également malgré l’accord signé le 28 février 2026 entre Dangote Cement et le groupe chinois Sinoma International Engineering. Estimé à plus d’un milliard de dollars, cet accord porte sur plusieurs projets de construction, d’extension et de modernisation d’usines dans sept pays africains, dont le Cameroun.

Toutefois, aucun document public ne précise la part exacte des investissements destinée au marché camerounais. Il n’est pas davantage indiqué si les futurs travaux concerneront une simple extension des capacités de broyage ou la construction d’une cimenterie intégrée. En attendant ces précisions, le doublement annoncé des capacités de production demeure un objectif stratégique dont la concrétisation dépendra de décisions industrielles encore attendues.

Au-delà de l’augmentation des capacités, Dangote Cement devra surtout relever un double défi : retrouver une croissance durable de ses ventes sur le marché camerounais et définir un modèle industriel capable de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de clinker, tout en consolidant sa position sur un marché devenu de plus en plus concurrentiel.

Albert BOMBA

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