Centrale de Nachtigal : Un audit financier en préparation pour évaluer la rentabilité et les tarifs de l’électricité

L’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL) franchit une nouvelle étape dans le contrôle de l’un des plus importants investissements énergétiques jamais réalisés au Cameroun. Le régulateur a présélectionné trois cabinets spécialisés pour conduire l’audit du modèle financier de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), la société concessionnaire et exploitante de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, d’une capacité installée de 420 MW.
Selon un communiqué signé le 30 juillet 2026, les cabinets CPCS, KPMG Afrique centrale et le groupement Grant Thornton Conseil–BBI Advisory & Audit ont été retenus à l’issue de l’appel à manifestation d’intérêt lancé le 30 juin 2026. Les trois candidats sont désormais invités à soumettre leurs propositions techniques et financières dans le cadre d’une consultation restreinte, à l’issue de laquelle sera désigné le cabinet chargé de cette mission stratégique. Le financement de la prestation est assuré par le budget 2026 de l’ARSEL.
Contrairement à certaines interprétations, cette procédure ne découle pas des travaux préparatoires engagés en septembre 2025, mais constitue un processus distinct destiné à examiner en profondeur les mécanismes financiers qui sous-tendent l’exploitation de la centrale.
Examiner la solidité financière du projet
La mission confiée au futur consultant ira bien au-delà d’un simple contrôle comptable. Il s’agira d’analyser l’ensemble des modèles financiers élaborés depuis la clôture du financement du projet, leurs différentes mises à jour ainsi que le modèle actuellement en vigueur, afin de vérifier leur conformité avec les engagements contractuels et d’apprécier la cohérence des hypothèses financières retenues.
L’audit devra notamment passer en revue les coûts réels de développement, de construction, d’exploitation et de maintenance de l’ouvrage. Les experts examineront également les décaissements effectués sur les emprunts, les intérêts intercalaires accumulés durant la phase de construction, les éventuels ajustements intervenus dans le calendrier du projet ainsi que les hypothèses de production électrique servant de base aux projections financières.
Le consultant devra aussi évaluer la structure globale du financement, les flux de trésorerie, la rentabilité économique du projet ainsi que les perspectives de rémunération des actionnaires. Les analyses porteront en outre sur le coût du capital, les conséquences d’une évolution des taux d’intérêt, de l’inflation ou des fluctuations des taux de change.
Afin d’évaluer la robustesse du modèle financier, plusieurs simulations et tests de sensibilité seront réalisés pour mesurer la capacité du projet à résister à différents scénarios économiques défavorables.
Des implications directes sur les tarifs de l’électricité
Pour l’ARSEL, cet audit dépasse largement le cadre de la gouvernance interne de NHPC. L’objectif est également d’apprécier les conséquences du modèle financier sur le coût de l’électricité produite par la centrale.
Les experts devront ainsi analyser l’incidence des paramètres financiers sur le tarif de capacité ainsi que sur le prix de l’énergie vendue par NHPC. Ils devront également mesurer les répercussions de ces coûts sur les charges supportées par la Société camerounaise d’électricité (Socadel) et la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), deux acteurs clés de la chaîne électrique nationale.
À travers cette démarche, le régulateur entend s’assurer que les engagements financiers liés au projet demeurent soutenables pour l’ensemble du secteur électrique ainsi que pour les consommateurs. Le cabinet retenu sera chargé d’identifier d’éventuelles incohérences, des fragilités financières ou des écarts entre le modèle financier et les dispositions prévues dans le contrat d’achat d’électricité, la convention de concession ainsi que les différents accords de financement.
Un audit lancé dans un contexte de tensions financières
Cette initiative intervient alors que le secteur de l’électricité continue de faire face à d’importantes difficultés de trésorerie. Lors d’une visite effectuée le 18 mars 2026 sur le site de Nachtigal, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, avait reconnu l’existence de retards de paiement envers NHPC. Le membre du gouvernement avait alors appelé à un assainissement durable des finances du secteur afin de garantir la viabilité des différents opérateurs.
L’audit devrait ainsi permettre de mieux apprécier les contraintes financières qui pèsent sur la filière et d’éclairer les décisions futures en matière de régulation tarifaire.
Deux audits distincts pour un même projet
L’ARSEL tient toutefois à distinguer clairement cette mission d’une seconde procédure engagée simultanément. En effet, le 30 juin 2026, le régulateur a également lancé un autre appel à manifestation d’intérêt portant spécifiquement sur l’audit des coûts de développement et de construction de l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal.
Cette seconde mission, dont la durée est estimée à 24 mois, devra vérifier la conformité des dépenses engagées avec les exigences de la concession ainsi que le respect des cahiers des charges des différents contrats de construction. Elle mobilisera des compétences techniques, financières, juridiques, fiscales, comptables et environnementales.
Les deux audits poursuivent donc des objectifs complémentaires. Tandis que le premier évaluera les performances économiques, l’endettement et les conséquences tarifaires du projet, le second cherchera à établir si les investissements réalisés pour construire les infrastructures sont pleinement justifiés et conformes aux engagements contractuels.
Un investissement stratégique de près de 800 milliards de FCFA
Mise entièrement en service en mai 2025, la centrale hydroélectrique de Nachtigal constitue aujourd’hui la plus puissante infrastructure de production d’électricité du Cameroun avec une capacité installée de 420 MW. À la fin du mois de mai 2026, l’installation avait déjà injecté plus de trois térawattheures d’électricité dans le réseau interconnecté national, contribuant significativement à l’amélioration de l’offre énergétique du pays.
Le coût global du projet est estimé à environ 1,2 milliard d’euros, soit près de 800 milliards de FCFA. Son financement repose sur un montage associant 24 % d’apports en fonds propres et 76 % d’emprunts mobilisés auprès d’institutions financières internationales de développement ainsi que de banques commerciales camerounaises. Le capital de NHPC est réparti entre plusieurs actionnaires de référence. Le groupe EDF détient 40 % des parts, devant la Société financière internationale (20 %). L’État du Cameroun et Africa50 possèdent chacun 15 % du capital, tandis que le fonds d’investissement STOA en détient les 10 % restants.
À travers cet audit financier, l’ARSEL entend renforcer la transparence autour de ce projet emblématique, vérifier que les mécanismes de rémunération des investisseurs restent conformes aux engagements contractuels et s’assurer que le coût de l’électricité produite demeure compatible avec les équilibres financiers du secteur. Les conclusions de cette mission pourraient ainsi influencer les futures décisions relatives aux tarifs réglementés de l’électricité ainsi qu’aux obligations financières des différents acteurs de la chaîne énergétique camerounaise.Si vous le souhaitez, je peux également adopter un style encore plus proche de celui de EcoMatin ou de Business in Cameroon, avec un traitement davantage axé sur l’analyse économique et financière.
Jean NDI



















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