Paludisme : Le climat fait pression sur le mode de transmission

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Selon les experts en climatologie, le réchauffement climatique pourrait accroître la transmission du paludisme chez l’homme dans les zones tropicales et subtropicales déjà endémiques à cette maladie.

Le Cameroun fait partie des quinze pays les plus touchés par le paludisme avec 2,9 de tous les cas de paludisme et de décès dans le monde. Rappelons-le déjà, le paludisme est la maladie endémique la plus répandue au Cameroun. Selon Antonio Christophe NKONDJIO, Entomologiste médical à l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale (OCEAC), basé à Yaoundé, le nombre de cas de paludisme peut effectivement varier en fonction du climat. « Par exemple, le parasite du paludisme ne peut pas se développer chez le moustique en deçà de 17 degrés et au-dessus de 33 degrés. Dans ces deux situations, il y aura une faible transmission parce que la température du moustique ne va pas permettre au parasite de se développer. Le moustique n’a pas de système de régulation naturelle de sa température ».

Pour continuer, l’entomologiste Antonio explique de façon plus précise le comportement de cet anophèle qui s’affaiblit réduisant son accroissement et son espérance vitale selon la température de l’environnement, où il siège : « Quand la température du milieu extérieur évolue, celle-ci affecte les fonctions biologiques du moustique ainsi que son développement. Mais très souvent, pour éviter la surchauffe, le moustique cherche un endroit frais où il ira se reposer. Donc le moustique n’ira jamais se développer dans un environnement à forte température, parce qu’il ne pourra pas résister dans ce milieu ».  Le cycle du parasite qui est de 12 jours à 25 degrés peut passer à plus de 20 jours ou même s’arrêter quand la température extérieure se rapproche de 17 degrés. Dès lors, le climat devient un facteur qui impacte à double sens soit la survie du moustique ou encore le fragilise : « le climat peut donc jouer un rôle négatif dans la transmission de la maladie ». A-t-il ajouté au micro de la rédaction de Mongabay.

Parlant des causes maîtresses qui avantagent cette mise en place des vecteurs de paludisme dans les voisinages, l’humidité apparaît comme la toute première : « le test de corrélation partielle a révélé que globalement l’humidité est l’élément climatique qui agit le plus sur les incidences palustres dans notre zone d’étude (Bénoué au Cameroun, Ndlr). » a déclaré Julius TATA NFOR, climatologue. Bien que les populations camerounaises soient instruites en ce qui concerne ladite maladie, cependant l’expert en climatologie Julius TATA NFOR continue la sensibilisation en insistant sur la nouvelle zone de résidence des moustiques : « On peut également relever que le niveau de connaissance et d’information des populations par rapport au paludisme est globalement satisfaisant. Enfin, compte tenu du fait que les incidences enregistrées suivant l’occurrence des éléments climatiques et également des relations statistiquement significatives qui ont été établies entre les incidences et les éléments du climat, il est recommandé de considérer le climat comme un facteur pouvant contribuer à la pullulation des anophèles dans l’élaboration des stratégies de lutte contre le paludisme. » Néanmoins, la mise en œuvre de nouvelles mesures d’assainissement pour limiter la création des conditions propices au développement des moustiques ont été recommandées par nos experts « Il faut nettoyer son environnement et promouvoir les actions communautaires de nettoyage et de lutte contre les moustiques ». Malheureusement, le Cameroun fait face aux défis d’assainissement. Une situation qui favorise le développement des moustiques. Un rapport réalisé avec l’appui de la Banque Mondiale en 2010, indiquait que l’accès aux latrines seraient améliorées (WC, chasses d’eau et installations sanitaires améliorées) à 75 % pour Yaoundé et Douala, et seulement de 10 % en milieu rural. « Bien qu’il existe au niveau institutionnel et communautaire des mesures de lutte, les résultats restent négatifs à cause de multiples contraintes à la fois environnementales et humaines, qui empêchent de mener une lutte effective contre la propagation. La contribution des paramètres climatiques dans la prévalence du paludisme est positive, mais l’occupation anarchique de l’espace par la population favorise le développement des moustiques à travers les flaques d’eau stagnantes. Les facteurs d’ordre environnementaux (climat, relief, hydrographie), socio-économiques tels que l’insalubrité, la pauvreté, l’automédication et l’inégale répartition des structures sanitaires publiques, sont autant d’obstacles à la lutte effective contre la propagation de cette épidémie palustre. » a précisé Julius TATA NFOR.

Pourtant depuis l’an 2019, le gouvernement camerounais a fait de la lutte contre le paludisme une priorité, notamment dans sa stratégie nationale pour le secteur de la santé. Les régions septentrionales dont l’Extrême-nord et le Nord, restent néanmoins les plus affectées pendant les saisons de pluie allant de juillet jusqu’en  septembre.

Joanita Mbana Elong et Mongabay

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